LE NÉO-THOMISME ESPAGNOL
la matière première — sont principes de son individuation, et il enseigne avec D. Scot que les arguments métaphysiques ont seuls une valeur apodictique dans la démonstration de l'existence de Dieu. En psychologie, bornons-nous à constater que Suarez, par une nouvelle concession au scotisme, reconnaît à rintelligence le pouvoir de se former de Tindividuel une connaissance directe.
Suarez occupe aussi un rang distingué, comme publiciste, dans la phalange des Jésuites qui combattirent les doctrines protestantes sur le terrain social. Il composa un traité de Legibiis, et s'occupa notamment de la célèbre question de l'origine immédiate du pouvoir, mise à l'ordre du jour par les protestants. Avec Bellarmin, il entra en lice pour réfuter la théorie du prétendu « droit divin ^ des rois , à laquelle Jacques P"" d'Angleterre n'avait pas dédaigné d'apporter l'appui de son argumentation théologique. A la conception protestante, suivant laquelle les rois tiendraient leur pouvoir immédiatement de Dieu, Suarez oppose, non sans hardiesse, la thèse de la souveraineté initiale du peuple ; le consentement du peuple forme donc le titre original de toute autorité princière. A fortiori Suarez admet-il, à l'encontro de l'omnipotence gouvernementale, telle que l'entendait Mélanchthon, le droit pour le peuple de déposséder les souverains, devenus indignes du mandat conféré *).
419. Autres néo-thomistes. — Les Cannes se joignirent aux Dominicains et aux Jésuites dans l'œuvre de la restauration thomiste. Ils entreprirent les Disputationes collegii Complu tensis, un commentaire encyclopédique du thomisme. Les Cisterciens — parmi lesquels on cite Angélus Manriquez, B. Gomez, P. de Oviedo — ,et les Bénédictins suivirent les mêmes traditions philosophiques.
420. Influence précaire du néo-thomisme. — La restauration néo-thomiste fut éphémère. Si elle franchit les Pyrénées^),
1) Après Suarez.VALLius (t 1622), A. Rubius (f 16t5), Fr. Alphonsus (1649), P. DE Mkndoza (t 1651), Fr. Gonzalez (f 1661) sont des persounalités secondaires. — 2) Dans les universités des Jésuites, par exemple à Ingolstadt.
elle n enraya pas la marche en avant des idées antiscolas> tiques. La première cause de cet échec relatif gît dans les déchirements religieux de la Réforme. A part l'Espagne, restée fidèle à son passé, les nations d'Europe étaient trop tiraillées entre les multiples tendances du temps pour qu'une union internationale fût possible autour du néo-thomisme. D'ailleurs, les néo-thomistes espagnols et portugais, pas plus que les autres scolastiques, ne prirent contact avec les mouvements d'idées nouveaux qui de toutes parts envahissaient les milieux scientifiques. Ils furent circonscrits par le nombre des adversaires et leur influence alla toujours diminuant.
En même temps, d'autres groupes continuèrent de compromettre la philosophie scolastique par une série de maladresses.
§2. — L'École occamiste
421. Principaux occamistes. — Par leur nombre, les occamistes tiennent tête, dans la plupart des universités, aux autres scolastiques. On les appelle les moderni, leur enseignement est désigné comme la via modemorum, par opposition aux anciens systèmes scolastiques, principalement le thomisme, la via antiqiia.
Petrus Mantuanus, qui professe de 1393 à 1400, Paulus Pergulensis (f 1451), J. Wessel, (-J- 1489), Gabriel Biel (1430-1495) sont des occamistes militants. Le Collecto^mun de Biel, bien connu et souvent édité, ne contient rien d'original, mais passe, à juste titre, pour un des exposés les plus méthodiques et les plus fidèles du terminisme de G. d'Occam. On a appelé Biel le dernier des scolastiques, mais ce titre n'est exact que s'il Mt allusion à la décadence rapide de la philosophie de l'Ecole. Nombreux, en effet, sont les ^ scolastiques " qui suivent Biel, mais combien parmi eux sont digues de ce titre ! Enregistrons quelques-uns de ces noms : Olivier de Siène (vers 1491) et ses disciples Alexandre