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CHAPITRE II

49. Sa vie. — Platon naquit à Athènes, en 427, d'une famille aristocratique. Tandis que les humiliations, infligées à sa patrie au cours de la guerre du Péloponèse, l'éloignèrent des affaires publiques, la rencontre de Socrate le fixa d'une façon décisive dans une autre voie. Toutes les œuvres de Platon accusent la grande influence que son maître a exercée sur sa vocation philosophique.

Socrate mort, Platon se transporta d'abord à Mégare, puis il entreprit des voyages en Egypte et à Cyrène. Après un séjour de huit ans à Athènes, il se rendit (388) en Italie, où il fraya avec des disciples de Pythagore; de là en Sicile, à la cour de Denys l'Ancien. Le langage trop sévère du philosophe ayant déplu au monarque, celui-ci le livra entre les mains d'un Spartiate, qui le vendit comme esclave. Délivré par un cyrénéen, Platon rentra à Athènes, et fonda une école dans le gymnase de l'Académie. Son enseignement fut interrompu par un nouveau séjour à la cour de Sicile, après la mort de Denys l'Ancien. Platon rêvait de faire l'éducation de Denys le Jeune, mais, déçu dans ses espérances, il s'en revint à Athènes, où il continua d'enseigner jusqu'à sa mort en 347.

Si Socrate est le philosophe du peuple, Platon est au contraire un aristocrate dans sa vie et dans sa doctrine.

50. Caractères généraux de sa philosophie. — Platon continue Socrate, mais surtout il le complète.

P La représentation universelle, fruit de nos inductions et de nos définitions, est pour Platon, comme pour Socrate, le point de départ de la philosophie. En outre, Platon enseigne la correspondan(!e rigoureuse de la réalité extramentale et du concept universel, et donne ainsi à la dialectique une valeur métaphysique.

2° Avec lui la confusion de la science et de la morale disparaît. En creusant plus avant la notion du savoir, Platon découvre sa valeur propre. Cependant il est encore trop imbu de l'enseignement de Socrate, pour ne pas chercher dans la vertu le

complément nécessaire de la science. Il appartiendra à Aristote d'établir V indépendance de Tune et de l'autre, tout en définissant leurs vrais rapports.

3° Platon fait un essai de systématisation. Après avoir déterminé la part de vérité et d'erreur que contiennent les systèmes de ses prédécesseurs, il résout les problèmes capitaux que se pose une philosophie intégrale, et aboutit à une synthèse nouvelle, dont les principaux éléments sont dus à son génie.

4"" Parmi les caractères extrinsèques de la philosophie de Platon, on peut citer les procédés auxquels il recourt : l'emploi du dialogue et le mythe.

Le dialogue platonicien n'est pas, comme le dialogue socratique, un feu roulant de conversations; c'est une pièce arrangée — comme une soirée du comte de Maistre; — chaque personnage incarne et exprime une théorie, et toutes leurs conversations convergent vers l'avis du principal interlocuteur, Socrate, qui traduit les idées de Platon lui-même. Si Platon a eu recours au procédé du dialogue, souvent funeste à l'enchaînement et à la précision des idées, c'est qu'en lui, avant tout, le philosophe est doublé d'un artiste. Ses acteurs sont des parleurs élégants qui développent leurs pensées en tirades soutenues, comme des héros de tragédie classique. D'ailleurs, Platon lui-même a compris les imperfections du procédé dialogique en philosophie. Dominant dans les premières œuvres, le dialogue n'apparaît plus dans les dernières que pour donner aux introductions une allure plus aisée, un tour plus avenant. 11 'arrive qu'il fait entièrement défaut : c'est le cas dans les Lois.

Dans les domaines où les données rationnelles lui manquent, Platon, philosophe-poète, recourt trop souvent au mythe. C'est pourquoi il est difficile de préciser dans ses œuvres la limite entre le raisonnement et la fantaisie.

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