‹ Histoire de la philosophie médiévale (volume 2)Chapitre 25 sur 149 · Notion de la philosophie. Propédeutique philosophique · texte numérisé non relu

Notion de la philosophie. Propédeutique philosophique

La philosophie est la science par excellence (È7rtaTyi///j). On ne

s'élève à ses sommets que par une série d'initiations qui sont autant d'étapes successives :

P Le vulgaire cherche la science dans des représentations de la nature extérieure et sensible, la vertu, dans une conduite réglée d'après ces représentations concrètes.

2"" Mais la réflexion apprend bientôt que ni la perception sensible, ni Y opinion basée sur elle ne peuvent nous conduire au vrai. Se fier aux sensations, dit le Tliéétète, c'est dire avec Protagoras, que l'homme est la mesure du vrai et du faux, et par conséquent aussi, la mesure du juste et de l'injuste. En partant de ces prémisses, la sophistique est logique dans ses conclusions.

3° Pour arriver à la vraie science ou à la philosophie, il faut jeter par-dessus bord le faux principe qui inspire la vie vulgaire, et chercher la réalité au-dessus du monde sensible, et en dehors de lui, à savoir dans Y Idée. Car l'opinion n'est que l'ombre de la science, comme le monde sensible n'est que l'ombre du monde idéal ^). Le fondement de la science est l'irrésistible élan de notre nature {iooz) à nous élever au-dessus du périssable, vers la seule réalité. C'est la marche dialectique (ota/sxrt/./] ij.i'^oh:)j qui uous conduit à la contemplation de l'Idée, par le processus de la formation et de la décomposition des représentations universelles ^).

La morale véritable s'établit sur la science de l'Idée. Posez l'Idée comme terme de l'irrésistible tendance de notre être, vous avez la notion platonicienne du bien. Quant à la veiHu, c'est cette tendance même, c'est l'amour de cette confuse vision de l'absolu que jadis nous contemplions en face (59, 1°), et

') République, VII. — 2) Platon a tracé les lignes d'une éducation graduelle correspondant à cette échelle du savoir. Elle commence par mettre les jeunes gens en contact avec le monde sensible, en les initiant à la musique et à la gymnastique. Avec l'étude des sciences et des mathématiques, ils apprennent ultérieurement à se dégager du monde sensible, pour contempler enfin la seule réalité. La philosophie est le terme de l'éducation. SocRATE, dans Eutliydème, l'appelle l'art royal.

l'insatiable désir d'échanger cette vie mortelle contre l'immortalité.

Ainsi la philosophie, chez Platon comme chez Socrate, embrasse la vie entière; elle unit dans une étreinte intime la spéculation et l'action, sans cependant les confondre.

52. Division des œuvres et de la philosophie de Platon. — Les

œuvres de Platon comprennent 35 dialogues, 15 lettres et une collection de définitions, se rapportant principalement à l'Éthique. Platon ne s'étant point arrêté à une division précise des branches philosophiques, il est difficile de classifier ses idées, en groupant des œuvres où les questions les plus diverses sont agitées.

Aristote distingue dans la phiJosophie de son maître, la dialectique, l'éthique, la physique. Cette forme de classification ne se trouve pas chez Platon, mais répond à sa pensée. C'est celle que nous adopterons. Nous y ajouterons quelques principes d'esthétique.

L'Idée est le pivot de la philosophie platonicienne : la dialectique l'étudié en elle-même; la physique, l'éthique et l'esthétique considèrent ses applications dans la nature, dans les actes humains et dans les productions artistiques i).

Page 1