‹ Histoire de la philosophie médiévale (volume 2)Chapitre 29 sur 149 · IV. — l'éthique · texte numérisé non relu

IV. — l'éthique

60. — Platon ne parle pas à' Éthique, mais de Politique. En réalité, il ne s'occupe pas seulement de morale sociale, mais encore de morale individuelle et familiale et aussi des

principes de l'Éthique générale. Prise clans son ensemble, la morale de Platon est une dépendance de la dialectique, au même titre que l'anthropologie.

61. Principes de la morale générale. — La fin de 1 homme consiste dans la contemplation des Idées pures par l'âme, en un état de séparation d'avec le corps. Le sage soupire après la délivrance et, dès cette vie, se dégage des entraves du corps par la culture de la science [Théctùie et Phéclon). Par endroits cependapit [Philèbe), la vie sensible, si dépréciée d'ordinaire, acquiert une valeur morale : la connaissance du monde contingent, où se reflète l'Idée, bien plus le plaisir pondéré, devieimcnt des éléments de la félicité.

Ces deux notions du bien suprême qu'il est difficile de concilier, ont pour pendant une dotible notion de la vertu. La vertu est une disposition de l'âme agissant conformément à sa fin. Rigoureusement, est setile vertueuse l'âme qui se nourrit de la contemplation de l'Idée [V^ notion de la fin). En ce sens, la vertu réside dans la science (Socrate) et porte sa récompense en elle-même. Pltis tard, élargissant sa théorie, Platon admit une pluralité de vertus correspondant aux diverses activités dont l'ensemble harmonieux constitue le bonheur (2^ notion de la fin); la science représenta toujours le degré le pkis élevé dans la hiérarchie des vertus.

62. Politlg[U3 — Platon laisse dans l'ombre la morale individuelle et familiale ; par contre, il rédige un code complet de politique. [Réjjuhlique.)

Bien que cette doctrine aille à lencontre de la politique pratiquée par les Ltats grecs, Platon donne à l'individu le pas sur la collectivité, et dans l'imlividu c'est la formation morale qui le préoccupe principalement. L'impuissance oti se trouve l'individu isolé de pourvoir cà sa vie matérielle [t"" livre de la République), et surtout d'atteindre sa fin morale est le fait primordial qui explique à la fois Y origine de l'Etat, sa mis-

sion et son organisation. Les hommes ne se sont mis en société que pour faciliter et garantir le commerce silencieux et tranquille de l'âme avec les réalités éternelles. L'Etat doit être une école d'éducation et d'instruction, où l'on enseigne la vraie vertu, c'est-à-dire la science des Idées. L'organisation politique et sociale doit servir à l'accomplissement de cette mission. Pour l'assurer, Platon confie le gouvernement aux philosophes, c'est-à-dire à une oligarchie, formée de la plus raffinée des aristocraties, celle de l'intelligence. Ce qui doit guider les philosophes, ce n'est pas la volonté du peuple, mais son intérêt. Libre à eux de faire la révolution, de gouverner en despotes, sans souci de la loi, de la tradition, de la liberté et même de la vie des citoyens : il est impossible que le vrai philosophe qui seul est investi de ce pouvoir absolu, agisse contrairement à la sagesse. Mais comme l'Etat social doit pourvoir secondairement à la subsistance matérielle et à la défense nationale, force est de faire place, à côté de la classe des philosophes, à une classe d'agriculteurs et à une classe de soldats.

Les préoccupations esthétiques ne cessent pas de poursuivre Platon à travers ses théories politico-sociales ; elles se traduisent dans la corrélation qu'il établit entre cette classification et la division tripartite de l'âme et du cosmos. L'État est une image agrandie de l'homme et une image amoindrie de l'univers. En vertu de leur droit souverain, et pour supprimer les causes de discorde dans l'Etat, les philosophes peuvent décréter l'éducation sociale, la propriété nationale des enfants, la suppression de toute relation de famille, l'égalité des sexes, la communauté des femmes et des biens, etc. C'est ainsi que, parti des idées les plus pures, Platon vient s'abîmer dans les plus monstrueuses conséquences. Son Etat est un état idéal, bâti sur les principes exclusifs de sa dialectique ^).

1) C'est dans la République qae Platon esquisse la conception de son état idéal. Plus tard, dans les Lois, œuvre de vieillesse où l'on reconnaît d'ailleurs la retouche d'une main de disciple, Platon a déve]op])é une autre théorie

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