‹ Histoire de la philosophie médiévale (volume 2)Chapitre 30 sur 149 · V. — L ESTHETIQUE · texte numérisé non relu

V. — L ESTHETIQUE

63. Orig"ines de l'Esthétique grecque. — Le Grec est né artiste. Et cependant nous ne trouvons guère avant Platon des théoriciens du beau. C'est que l'idée du beau est enveloppée dans la métaphysique et la psychologie ; elle a besoin, pour se développer, du milieu propice d'une philosophie intégrale (5, 2»).

L'Esthétique de Platon est fragmentaire comme l'esthétique grecque prise dans son ensemble. En effet, laissant dans l'ombre les problèmes subjectifs qu'évoque l'aspect impressif et psychologique du beau, elle s'attache de préférence aux questions métaphysiques, relatives aux éléments objectifs de la beauté. Ces éléments objectifs se résument dans l'ordre et dans la proportion, la symétrie, l'harmonie, principes générateurs de l'ordre ^).

64. Le beau et l'art chez Platon. — Les rapports numériques et géométriques sont pour Platon l'essence même de la beauté. Beau et bien sont identiques (/caXoza^aGia), car le beau n'est qu'un aspect du bien, dans l'ordre physique et surtout dans l'ordre moral.

L'art, simple imitation de la nature sensible, est déprécié par Platon, au nom de la dialectique. 11 est l'ombre d'une ombre, la nature sensible n'étant elle-même qu'un reflet de la réalité spirituelle. L'art ne mérite pas d'ailleurs d'être cultivé pour lui-même ! Étranges discours dans la bouche d'un poète î

de l'État, qu'il est impossible de concilier avec la première. Il a reconnu que l'État philosophique ne répondait i)as à la réelle nature humaine, mais était fait pour des dieux et des fils de dieux. Sa société nouvelle repose non sur la vertu philosophique et la science des Idées, mais sur la vertu vulgaire et la connaissance des choses sensibles. La religion joue un grand rôle dans ce second organisme social, ou plutôt la religiosité, une religiosité de vieillard, ouverte aux superstitions. On y reconnaît aussi l'influence du mysticisme pythagoricien. — ') V. nos Études historiques sur V Esthétique de S. Thomas d'Aquin, Louvain, 1896, pp. 96 et suiv.

L'art n'a de valeur qu'à raison de son pouvoir pédagogique et moralisateur ; comme tel, il est soumis au contrôle de l'État, qui proscrit toute innovation artistique et veille à. ce que l'art ne devienne pas un instrument de corruption morale.

65. Conclusion. — Platon est exclusif et exagéré dans le principe fondamental de la dialectique ; et comme tout est solidaire de la dialectique, cet exclusivisme se répercute dans toutes les parties de sa philosophie. C'est lui qui entraîne Platon dans le dualisme : dualisme de l'Idée du Bien et de Dieu, de l'Idée et de la matière, de l'âme et du corps, de la vertu vulgaire et de la vertu philosophique, de l'individu et de l'État. A l'effet d'élargir ses vues incomplètes, Platon juxtapose violemment des extrêmes irréductibles, mais les intermédiaires auxquels il a recours (l'âme du monde, la composition de l'âme humaine, le despotisme philosophique) sont impuissants à dissimuler les contradictions auxquelles on se heurte à chaque pas dans l'étude de son système.

66 L'ancienne Académie. — En dehors d'Aristote, les disciples de Platon, continuateurs de l'ancienne Académie, accentuèrent avant tout la tendance pythagoricienne à laquelle le maître s'était abandonné, aux dernières années de sa vie (v. note p. 55). Speusippe, son successeur immédiat, et Xénocrate (t 313/4), le principal représentant de l'ancienne Académie, substituèrent à la dialectique, la théorie des nombres. D'autres académiciens s'écartèrent encore davantage de l'esprit du platonisme ou fondèrent des écoles distinctes. Polémon (t i270) succéda à Xénocrate dans la direction de l'ancienne Académie, Krates à Polémon, et après lui, Arcésilas imprima à l'école une orientation nouvelle (v. p. 1.).

Tous ces continuateurs de l'œuvre de Platon sont des nains à côté de la figure géante d'Aristote.

58 LIVRE II. LA PHILOSOrHIE GRECQUE.

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