Caractères généraux de la philosophie d'Aristote
P Aristote met en pleine valeur le savoir spéculatif, qu'il ne subordonne pas, comme Socrate et Platon, à la vie pratique. (47, 50)
2° Le style ditFus et imagé de Platon est remplacé, chez Aristote, par une langue concise et exacte, dont la concision même nuit parfois à la facile intelligence du texte.
3° Aristote a le respect des idées d'autrui. Il se fait un devoir de les étudier scrupuleusement, et à ce point de vue on peut l'appeler le premier historien de la philosophie .
4° A la différence de ses prédécesseurs, il élabore un système philosophique complet, hase sur la double méthode analytique et synthétique.
Avec lui, le procédé d'observation, inauguré par Socrate, timidement appliqué par Platon, fait place à l'induction scientifique. Le Stagirite est avant tout un observateur de la nature, il a ce culte du fait, dont la science moderne se fait
0 Le mot métaphysique doit son origine probable à Andronicus de Rhodes, qui classe ce livre après les écrits physiques, rà (jSt'êXta) ^.iià rà cpi;o"uà.
une gloire. Ses travaux encyclopédiques sur les sciences le prouvent abondamment. Il a cultivé la science pour elle-même.
Et après avoir rassemblé ces immenses matériaux qui font de lui le premier savant de l'antiquité, Aristote a construit une synthèse générale de l'ordre universel qui permet de le tenir pour le prince de la philosophie antique. Aristote est philosophe excellemment, il réunit en lui deux tempéraments distincts que le génie réduit à l'unité.
Telle est la grande signification historique d'Aristote. Grâce à cette puissance de synthèse basée sur une analyse colossale, il ne dépasse pas seulement Platon, de toute la hauteur qui sépare une philosophie pétrie de réalité d'une philosophie hantée d'abstraction, il prend place, en dehors de tout classement chronologique ou national, au rang des grands penseurs qui illustrent l'humanité de tous les temps et de toutes les races. Au demeurant, l'histoire a fait justice à son génie transcendantal, car personne n'a exercé une dictature égale à la sienne.
70. Division de la Philosophie. — La philosophie est la science des principes et des causes '). Aristote a indiqué divers modes de la diviser. La plus célèbre répartition est la classification des sciences philosophiques en philosophies théorique, pratique et poétique, suivant que le terme du savoir est la pure connaissance spéculative, l'action interne ou la conduite extérieure. La première s'occupe des choses nécessaires, la seconde et la troisième de choses contingentes, à savoir d'actions qui pourraient être autrement qu'elles ne sont. Mais il y a entre la philosophie pratique et poétique cette dilférence, que l'une a pour objet la production d'un acte interne de vouloir (Trpàit;), l'autre une action extérieure
La philosophie théorique se subdivise et comprend : P La
y Me#ap/i.,T, 1,981.
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physique ou l'étude du monde corporel, soumis au mouvement (TTspi (kyb^pi<7T0i yh/Jàl' ovy. àzc'y/jra). — 2° La 7iiathématiqiie OU l'étude des propriétés corporelles non sujettes au mouvement, c'est-à-dire l'étendue (tt. à/av/j-ra |yiv où ;(cop tara (!'Ïg-coç, àÀX' cô; Iv •jX/;). — S"" La métaphysique, appelée Théologie ou Philosophie première, qui étudie l'être dans ses déterminations les plus générales (rrept ^^wptorà xat à/wtvyjTa).
\jd, philosophie pratique comprend X Éthique et la Politique.
Il est difficile de faire rentrer les traités mêmes du Stagirite dans celte classification, à raison du désordre dans lequel plusieurs sont arrivés jusqu'à nous. D'ailleurs elle ne fait pas place à la Logique, le vestibulum de la philosophie, qu'Aristote a longuement étudié. Nous reprendrons la division indiquée en y ajoutant comme préliminaire la logique, et nous étudierons successivement : P La logique ; 2° la philosophie théorique : a) la métaphysique ; h) la mathématique ; c) la physique ; 3° la philosophie pratique : a] l'éthique ; h) la politique ; 4° la Poétique.