I. — LOGIQUE
71. Notion de la logique. — Aristote est le créateur de la logique ou de 1'" analytique r. de l'esprit. Renchérissant sur Socrate et sur Platon qui n'avaient approfondi que l'élaboration des concepts généraux, Aristote a fixé Y ensemble des lois que doit suivre l'esprit humain pour acquérir la science. Son point de vue est avant tout méthodologique, et bien que la logique, dans l'économie de son système, ait d'étroites attaches avec la psychologie et la métaphysique, elle joue surtout le rôle d'un instrument du savoir.
Qu'est-ce que savoir ? C'est connaître ce qu'est une chose, son essence ; c'est se rendre compte des causes de sa réalité. La démonstration scientifique, et le syllogisme qui est à sa base, nous apprennent à découvrir l'essence des choses et leurs causes : voilà pourquoi ils constituent le pivot de la
logique d'Aristote, et font lobjet de son principal traité, les Analytiques . Mais l'un et l'autre de ces deux processus de l'esprit supposent une étude des opérations élémentaires en lesquelles ils se résolvent : le concept et le jugement.
72. Le concept et le jugement. — Le concept nous leprésente les choses sous des déterminations abstraites et générales, les unes propres à une seule espèce de choses, les autres communes à diverses espèces d'un même genre. La logique ne s'occupe du concept, que pour autant qu'il devient élément d'un jugement. Aussi, quand Aristote transpose dans la logique la classification des êtres en Catégories, il entend par là, non point des classes de choses telles qu'elles existent €n dehors de nous, mais des classes de concepts objectifs, en tant qu'ils sont susceptibles d'être prédicat ou sujet du jugement. Aristote compte dix catégories, mais il ne s'est guère étendu que sur les quatre premières. Les catégories sont : la substance, d'une part ; les attributs accidentels d'autre part, comprenant la quantité, la qualité, la relation, le lieu, le temps, Faction intransitive, l'état passif intransitif, l'action transitive, la passion^). Les Postprédicaments sont une ajoute de l'école aristotélicienne.
Le jugement ou renonciation (àTrcxpavcrtc) résulte de l'union de deux concepts, dont l'un est affirmé (prédicat) de l'autre (sujet). Le nifi ipij.Yrjzîaç étudie la qualité des jugements (affirmation, négation), leur quantité (universalité, particularité), leur modalité (nécessité, possibilité, contingence).
73. La syllog'istique. — C'est principalement la syllogistique qui préoccupe Ari^iote [Premières Anal ijiîq nés). Le premier, il décrit ce procédé par lequel l'esprit humain, n'apercevant pas immédiatement le rapport entre deux concepts, termes d'un jugement, les compare successivement cà im terme moyen.
') V. Mercieh, Logicpte, 1897, pp. 70 et siiiv.
ARISÏOTE. 60
Rattacher les idées les unes aux autres en déduisant le particulier du général, coordonner et subordonner les notions de notre esprit suivant leur degré d'universalité, tel est le processus mental qui nous conduit à la science. Le syllogisme démontre qu'un terme de la conclusion est subordonné en universalité à une tierce notion, qui elle-même est subordonnée au second terme de la conclusion. Les règles du syllogisme, leurs figures et leurs modes, les principes de l'induction scientifique sont exposés avec une sûreté et une précision telles que la postérité n'a pas eu à retoucher les leçons du Stagirite.
74. La démonstration. — Les raisonnements probables et sophistiques. — La syllogistique est la base de la démoiistra- Uon,[y,r.6oeiii'^) dont Aristote parle dans les Analytiques Postérieures. Il appelle démonstration " le syllogisme qui produit la science ^. Qu'il s'agisse de déduction ou d'induction, l'esprit doit s'arrêter à quelques premiers principes indémontrables qu'il énonce, à raison de leur évidence immédiate, en les abstrayant des données sensibles. A la définition (ôpio-uô;) et à la division, Aristote assigne aussi des limites, car il est impossible de tout définir et de décomposer à Tinfini.
La démonstration qui engendre la certitude, est opposée au raisonnement probable et au raisonnement erroné. Aristote consacre un traite spécial à ce dernier (les raisonnements sophistiques). Aux arguments probables, il rattache dans les Topiques, la théorie des 76-01 ou des lieux dialectiques et des Apories [ànoploL) ou de l'exposé du pour et du contre, préliminaire ta l'invention des termes moyens du syllogisme.