‹ Histoire de la philosophie médiévale (volume 2)Chapitre 34 sur 149 · Définition de la métaphysique. — Sa possibilité. — La · texte numérisé non relu

Définition de la métaphysique. — Sa possibilité. — La

métaphysique étudie l'être en tant qu'être, clans ses déterminations les plus abstraites, dans ses principes suprêmes et ses causes ultimes. On reconnaît aisément, dans la position même des problèmes, de quelle souche est issu le génie d'Aristote: la réalité, se demande-t-il, est-elle corporelle ou incorporelle; le stable se concilie- t-il avec l'instable, l'unité avec la multitude des phénomènes ? L'esprit grec se révèle tout entier dans ces formules. Mais il faut ajouter, au grand honneur du Stagirite, que ses vues neuves et profondes nous rapprochent de la vérité, autant que les théories de ses prédécesseurs nous en éloignent. Aristote lui-même se charge d'accabler sous d'invincibles objections les systèmes de ses prédécesseurs, le devenir phénoménal d'Heraclite, l'immobilisme de Parménide, la théorie des nombres de Pythagore, les Idées séparées de Platon. Contre le scepticisme surtout, il dirige une réfutation triomphante, qui passe à bon droit pour un chef-d'œuvre. Le principe de contradiction est mis en pleine valeur ; il est la pierre angtilaire du savoir ^). Du coup, la possibibilité de la métaphysique est démontrée, non seulement contre les sceptiques contemporains d'Aristote, mais contre les esprits négateurs de tous les temps.

77. L'acte et la puissance. — Puisque la métaphysique étudie l'être comme tel, la première question qu'elle rencontre est de savoir ce qu'est la réalité. Pour comprendre la réponse d'Aristote, on ne peut négliger une distinction capitale, qui nous semble être le principe générateur de la métaphysique péripatéticienne, — non certes un principe de déduction, mais de réduction, — à savoir : la distinction de Vacte et de la puissance.

Uacte est la perfection, la réalité actuelle, le degré d'être (svTs'ké'/eLoc, To Iv-eïkç è'xeiv.) La pi«'55anc(? ou la potentialité est

1) Métaph., IV, 1.

l'aptitude à recevoir la perfection (dvvaixiç) ; comme telle la puissance est imperfection, non-être, mais elle n'est pas pur non-être ou néant, puisqu'elle est le non- être qui peut, à un moment, s'élever à l'être, s actualiser, passer de la puissance à l'acte. Être déternmtable , être déterminé : cette notion se répercute à travers toutes les doctrines delà métaphysique, et de la métaphysique elle est transposée en logique, en psychologie, et en morale. La matière et la forme, la substance et l'accident, la nature et les facultés, l'essence et l'existence, pour ne citer que quelques exemples, sont entre eux comme le déterminable est au déterminé, comme la puissance est à l'acte.

78. Les causes. — Tout ce qui, d'une 7nanière quelconque , influe sur l'actualité de l'être, prend le nom de cause. Aristote distinguait quatre causes principales : les causes matérielle, formelle, efficiente (ou motrice, v. p. 1.) et finale. 11 synthétisait ainsi les vues incomplètes de ses prédécesseurs et soudait étroitement la doctrine des causes à celle de l'acte et de la puissance, comme le démontrera la suite de cet exposé.

79. Deux grandes catégories d'êtres. — Sauf l'acte pur ou Dieu, tout être est mélange d'acte et de puissance, c'est-à-dire qu'avant de posséder une perfection, l'être est dans un premier état où il s'en trouve privé. Nous verrons plus loin que ce passage d'un état à l'autre est le changement ou mouvement. Étudions successivement ces deux grandes catégories d'êtres.

A. L'Être mélangé d'acte et de puissance. — Nous ramenons à trois les distinctions ou les compositions qui, suivant Aristote, sont solidaires de la distinction d'acte et de puissance.

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