Que faut-il entendre par histoire de la philosophie
Jusqu'au début de ce siècle, on écrivait l'histoire de la philosophie, en dressant une nomenclature des philosophes, à la manière des biographes anciens. Telle n'est pas la méthode que nous suivrons dans ce traité.
Pour faire l'histoire de la philosophie, il faut, selon nous, étudie}^ les systèmes philosophiques ^ les situer dans leur milieu historique et en montrer les fdi citions ; et par système philosophique, nous entendons une coordination de théories sur l'ensemble oit sur une partie des problèmes que soidève Vexplication de V ordre universel par ses causes dernières.
A qui veut écrire l'histoire de la philosophie, il ne suffit donc pas de faire un exposé dogmatique et critique des systèmes ; ceux-ci fussent-ils même groupés suivant leurs affinités, l'historien n'aurait pas satisfait à sa tâche. On doit encore replacer les systèmes dans la complexité des circonstances où ils sont nés et se sont développés, — et découvrir le fil souvent caché qui les rattache les uns aux autres.
Le milieu historique importe. Car les idées philosophiques sont à la civilisation d'une époque ce qu'est la réflexion dans une vie individuelle. Elles sont le produit des recueillements de l'humanité repliée sur elle-même à une étape de son développement. Or, les idées d'un siècle subissent l'influence de l'atmosphère sociale où ce siècle se meut, tout comme le mode de penser d'un homme se ressent de sa race, de ses traditions familiales, de son éducation, des événements de son existence. Aussi bien les circonstances de temps et de lieu font la lumière sur la genèse, l'évolution, les transformations, le déclin de la plupart des théories philosophiques.
% INTRODUCTION
En même temps que l'historien restitue à un système philosophique son milieu véritable, il doit poursuivre d'un regard attentif les liens qui Va2')par entent au passé et au futur. Il n'y a pas de solution de continuité entre les siècles ni entre les idées. Chaque période porte en elle quelque chose de l'époque précédente, et prépare l'époque qui suivra. C'est pourquoi toute philosophie contient, à côté d'un élément rationnel et 2jropre, des éléments traditionnels et empruntés. Les périodes de réaction même ne sont pas soustraites à l'empire de cette loi, mais en fournissent la confirmation. Quand, par exemple, au XVII® siècle. Bacon et Descartes prétendirent renouveler la philosophie de fond en comble, ils n'en firent pas moins des emprunts, inconscients sans doute, mais réels, au moyen âge qu'ils ne se lassaient pas de railler ; si bien qu'on a pu les comparer aux enfants qui tournent leurs premiers fouets contre leurs nourrices.