V. — PHILOSOPHIE PRATIQUE
Tandis que la philosophie spéculative a pour objet la connaissance comme telle, la philosophie pratique subordonne la connaissance à la direction de notre conduite. Sous le nom de Politique, Aristote entend en général la science de l'ordre à établir dans nos actes. Mais il distingue l'Ethique et la Politique proprement dite.
93. L'Éthique. — L'éthique a pour objet l'étude des actes de l'individu dans leur rapport avec la fin dernière. Que l'activité humaine tende vers une fin dernière, cette thèse n'est qu'une application de la loi de la finalité. (80, 8») Or, la fin de l'homme consiste dans l'exercice harmonieux de toutes ses facultés (y compris les facultés sensibles), et formellement, dans le déploiement de ses activités les plus élevées, les activités intellectives. La possession de la fin constitue le bonheur; et comme la vertu n'est que l'exercice bien approprié d'une activité, la fin de l'homme s'appelle tantôt la vertu, tantôt le bonheur.
De même qu'il y a une raison théorique et une raison pratique, de même il y a une double série de vertus, les vertus dianoétiques, les plus élevées, les vertus morales subordonnées, mais non moins essentielles au bonheur. Il est d'autres éléments du bonheur, tels la fortune, le plaisir, mais ils sont secondaires.
Les vertus morales forment l'objet propre de l'éthique. Elles sont définies : une disposition de la volonté à suivre les jugements de la raison qui nous indiquent quel est, entre des tendances opposées de notre nature, le juste milieu qu'il convient de garder. Dans sa psychologie, Aristote admet la liberté, sans s'étendre d'ailleurs sur les difficultés que cette notion soulève. Il ne scrute pas davantage cette idée en éthique ; par contre, il se livre à une étude détaillée de plusieurs vertus morales particulières : tels, l'amour (cpt/.ia) et l'amitié, sur laquelle Aristote fonde la famille et la société.
ARISTOTE. âl
94. La Politique. — La politique est l'étude des actes sociaux. L'homme est naturellement sociable (cpjo-ît v.o1itl-<ov ^wov); la forme parfaite de la société est l'État. Assurer le bonheur du citoyen dans la société, et de ce chef, élever le peuple dans la pratique de la vertu, qui seule conduit au bonheur, telle est la mission de l'Etat. Quant à la forme de l'État, la meilleure n'est pas nécessairement la république (Platon), mais celle qui convient le mieux au caractère et aux besoins du peuple — ce qui n'empêche pas Aristote de trouver l'idéal absolu de l'État dans la forme aristocratique.
La famille est un élément de l'État; elle comprend les relations de l'homme et de la femme, des parents et des enfants, du maître et du serviteur. On sait que le Stagirite a gâté de belles pensées sur les relations familiales, en faisant l'apologie de l'esclavage.