‹ Histoire de la philosophie médiévale (volume 2)Chapitre 45 sur 149 · ÉCOLE ÉPICURIENNE · texte numérisé non relu

ÉCOLE ÉPICURIENNE

§3. — L'École épicurienne

106.Epicure et Épicuriens.— Après avoir été élevé dans la philosophie de Démocrite et de Platon, Épicure (342/41-270) ouvrit lui-même à Athènes, en 306, une école de philosophie, dont la popularité grandissante attira une foule de sectateurs respectueux et fidèles. Jamais disciples ne se tinrent plus scrupuleusement à la doctrine de leur maître.

Bien qu'il étende son empire sur un espace de plus de six siècles, l'épicuréisme est resté figé dans la forme qu'il reçut de son fondateur. A partir du ii^ siècle avant J.-C, l'épicuréisme se propagea parallèlement dans le monde grec et romain. Protarque, Demetrius et Appolodore en Grèce ; à Rome, Amafinius, le poète Lucrèce, (94-54) — pour ne citer que quelques noms — suivirent les doctrines d'Épicure. Encore florissante au iii*^ s. ap. J.-C, l'école s'efFondra au lye siècle, mais plusieurs de ses théories survécurent à celle ruine et le moyen âge en recueillit les fragments (v. p. 1.).

107. Objet de la Philosophie. — 1^ Morale. Épicure accentue la portée exclusivement pratique de la philosophie : son but essentiel est de nous aider à réaliser le bonheur par l'intermédiaire du discours et de la pensée. Il pousse à l'extrême la subordination de toutes les sciences théoriques à cette conception morale de la philosophie ; la grammaire, l'histoire, les mathématiques, sont traitées par lui avec mépris.

2» Physique. S'il accorde quelque valeur aux études de la nature, c'est qu'elles débarrassent l'âme de l'épouvante que provoquent en elle des croyances superstitieuses à Dieu, à la mort.

Dans l'exposé de la philosophie épicurienne, nous adoptons les mêmes divisions que dans notre étude du stoïcisme ^).

108. Principes généraux de la physique épicurienne. — Montrer que tout dans la nature est régi par des forces naturelles générales, que la tinalité n'y tient. aucune place, que par conséquent l'homme peut déposer toutes les craintes que lui inspire la croyance à des interventions supérieures, tel est le but qu'Epicure poursuit

1) Épicure admet la divisioiî,devenue habituelle,de la philosophie en logique qu'il appelle canonique, physique et morale. C'est incidemment qu'il aborde les questions de logique formelle, auxquelles, contrairement aux stoïciens, il n'attache pour ainsi dire aucune importance.

dans sa physique. Pour cela, il recourt au mécanisme. Il éprouve une sympathie marquée pour la doctrine de Démocrite, d'après laquelle les éléments primordiaux de la nature, les atomes, ont en physique cette même indépendance et individualité que lui-même veut assurer à l'homme dans le domaine moral.

Nous retrouvons chez Épicure les principes du mécanisme de Démocrite (40) :

1» 11 n'existe que des atomes matériels, de masse homogène, infinis en nombre.

2» Les atomes se meuvent dans le vide infini, sous l'action de leur pesanteur. Tandis que pour Démocrite, les atomes s'entrechoquent dans leur chute, produisant ainsi des mouvements tourbillonnaires, pour Êpicure ils tombent tous avec la même vitesse suivant une droite, et sans se toucher, dans le vide qui ne peut leur opposer aucune résistance. Toutefois, mû par des considérations morales, Epicure donne aux atomes un pouvoir discrétionnaire, quasi-volontaire, de dévier un peu de la droite : le jeu naturel de ces mouvements atomiques, indépendants de la pesanteur, engendre des chocs et des tourbillons.

109. Application des principes généraux de la physique à la psychologie. — L'accumulation des atomes sous l'action de la pesanteur, donne naissance aux mondes, séparés entre eux par le vide. La configuration diverse des atomes explique l'apparition des éléments, notamment de la terre, d'où naissent les plantes, les animaux et les hommes.

La psychologie d'Épicure est une dépendance de son mécanisme.

1» La connaissance, a) Son origine et sa nature. Toute connaissance se réduit à la sensation, et celle-ci doit son origine aux émanations atomiques (40). La répétition de sensations engendre en nous le concept ou l'image générale (ji^61r;hi;.) qui se fixe dans le souvenir. Nous allons du connu à l'inconnu par l'opinion {^ôla) qui n'est qu'un jugement ou un raisonnement sur des sensations.

b) Certitude de la connaissance. Que la certitude doive exister, Epicure le démontre comme les stoïciens, en invoquant des considérations morales.

Quel est le critère de la certitude ? L'existence même de la sensation. Par le fait même qu'elle existe, une sensation est vraie, conforme à son objet. Car son objet n'est pas la chose extérieure, niais l'image que la chose produit en nous. Dans la critériologie d'Epicure, les erreurs des sens n'existent plus. L'erreur surgit quand, par le juge-

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