ÉCOLE ÉPICURIENNE
ment, nous attribuons aux choses mêmes ce qui n'est vrai que de leurs images en nous.
Cette théorie conduit logiquement au subjectivisme de Protagoras (43). Dans la pratique cependant, Epicure admettait que nos perceptions ne s'appliquent pas seulement aux choses représentées, mais aux choses en elles-mêmes.
Le concept a la même valeur de certitude que la sensation. Quant à l'opinion, elle est vraie ou fausse d'après qu'elle est ou non confirmée par l'expérience.
2o La volonté et la liberté. Le vouloir est un mouvement mécanique de l'âme sur lequel Epicure ne s'explique pas. Toute son attention est absorbée par le problème de la liberté. Autant les stoïciens, pour qui la moralité consiste dans la soumission de l'homme aux lois cosmiques, insistent sur le déterminisme psychologique, autant les épicuriens qui cherchent le bonheur dans l'individualisme et l'indépendance absolue de l'homme, appuient sur la liberté. C'est pour sauvegarder, dans son mécanisme outré, la possibilité d'un acte libre qu'Epicure attribue aux atomes un pouvoir quasi-volontaire de dévier de la droite. La logique l'obligerait à reconnaître à chaque atome la liberté dont il réserve si jalousement le monopole à l'être humain.
3° La nature de Vàme. Elle est corporelle, comme dans la philosophie stoïcienne. Les atomes qui la composent sont les plus légers et les plus mobiles : elle constitue un mélange d'atomes de feu, d'air, de TTvevaa et d'un autre élément infiniment mobile. Elle se répand par tout le corps, mais la partie intellectuelle reste dominante. L'âme naît avec le corps; à la mort, elle se disperse dans l'éther : pensée rassurante, car la mort est la fin de toutes les sensations douloureuses !
110. La morale épicurienne. — Tandis que le stoïcisme fait fléchir l'inclination personnelle devant la loi cosmique, lepicuréisme place le pivot de la morale dans le bien-être égoïste. Le plaisir individuel est le bien suprême, — et il faut entendre par là non seulement la somme des plaisirs et principalement des plaisirs sensibles, comme l'enseigne l'Ecole cyrénaïque (48, d), mais le plaisir harmonieux de l'être. Ce plaisir réside bien plus, selon Epicure, dans la quiétude et l'absence de douleur (jouissance négative si l'on peut dire), que dans un
assouvissement positif de l'âme (Ecole cyrénaïque). Et comme les douleurs psychiques sont plus destructives du repos que les douleurs physiques, Epicure fait de Tintelligence l'arbitre suprême du plaisir. C'est par la raison que nous chassons les troublantes suggestions des 2:)7'éjugés. Dans le bonheur épicurien, le plaisir sensible n'est pas, comme dans le bonheur stoïcien, frappé d'ostracisme, il est le plaisir primordial, mais la raison le tempère. Cette pondération du plaisir par le jugement est l'essence même de la vertu.
Partis de principes opposés, Epicure et Zenon en arrivent donc à dépeindre l'ataraxie du sage, à peu près sous les mêmes couleurs. Comme Zenon, Epicure donne une place d'honneur à l'amitié, mais voit dans les charges familiales et politiques une entrave à la jouissance.
111. Conclusion. — La physique d'Epicure est un renouveau de la physique de Démocrite, sa morale un élargissement de celle d'Aristippe. Ensemble sa physique et sa morale constituent une philosophie spécifique, où l'on retrouve l'orientation propre aux systèmes postaristotéliciens.
Le stoïcisme et l'épicuréisme diffèrent entre eux dans leurs principes, mais ils aboutissent à une même définition du bonheur. Et comme ce terme final seul importe, on ne tarda pas à conclure que le savoir spéculatif est inutile pour être heureux. Tirer cette conclusion, fut l'œuvre des sceptiques.
§ 4. — Le scepticisme de V École pyrrhonienne et de la nouvelle Académie.
112. Nature et origine du scepticisme au IIP et au IP siècle.
— Les sceptiques de cette période assignent comme but unique à la philosophie la recherche du bonheur, et le bonheur pour eux, comme pour les stoïciens et les épicuriens, est le repos de l'âme, Yataraxie. S'ils nient la possibilité de la connaissance certaine, c'est parce qu'à leurs yeux la certitude spéculative n'est pas indispensable au bonheur. Les tendances