‹ Histoire de la philosophie médiévale (volume 2)Chapitre 49 sur 149 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l/ÉCLECTlSME

(de la seconde moitié dit II^^ s. av. J.-C, jusqu'au III'^ s. ap. J.-C.) § 1. — Notions générales

116. Causes de l'apparition de l'éclectisme. — V Les systèmes philosophiques que nous venons d'exposer s'inspirent, en dernière analyse, d'une idée commune : la prédominance de la morale. Se développant parallèlement dans un même centre, à Athènes, il était impossible qu'ils ne vinssent pas à déteindre l'un sur l'autre.

2*" L'éclectisme est, à certains égards, le résultat du scepticisme. Le scepticisme, en effet, ne s'était pas borné au doute négatif; les besoins de la pratique l'avaient conduit à

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une théorie de la vraisemblance, qui le rapprochait fort du dogmatisme. Tandis que, pour réaliser son œuvre de destruction, il s'attaquait aux systèmes existants, le scepticisme n'hésitait pas à leur emprunter des matériaux pour édifier sa théorie positive. Mais ici réapparaît l'esprit de doute qui est l'âme du scepticisme : car il n'admet pas comme vraisemblable telle synthèse déterminée, à l'exclusion de toute autre ; il tient que tous les systèmes contiennent au fond la vérité, puisque tous peuvent engendrer la conviction subjective, qui est le ressort indispensable de la vie pratique. Ainsi le scepticisme est une transition à l'éclectisme, et de fait c'est chez les successeurs de Carnéade qu'on trouve les premières manifestations de l'éclectisme caractérisé.

3° Un événement extérieur facilita l'avènement de l'éclectisme : depuis la conquête de la Grèce par les Romains (146), les rapports entre les deux peuples devinrent de plus en plus fréquents. Les vaincus imposèrent aux vainqueurs leur science et leur éducation. Mais ils furent obligés de respecter les tendances foncières du génie romain. La philosophie refléta cette réciprocité d'influences dans ses représentants de race grecque aussi bien que dans ses représentants de race latine. Or, ce que les Romains demandaient à la philosophie, c'était avant tout des avantages pratiques, des préceptes sur la morale, sur l'initiation à l'art de bien dire et de bien gouverner. Les théories spéculatives auxquelles se rattachaient ces préceptes, attiraient moins leur attention et ils se ralliaient à l'une ou à l'autre indifféremment.

117. Caractère de l'éclectisme. — L'éclectisme de cette période subordonne le choix de ses théories à leur convergence vers le but de la vie pratique, et le critère suprême de ce rapport de convergence est la conscience immédiate, la conviction instinctive que nous en avons ^ indépendamment de toute connaissance venant du dehors. JJ ne voix intérieure se fait entendre en nous et ses indications sont des ordres qu'on ne discute pas. C'est

le subjectivisme le plus absolu : ici encore l'éclectisme rappelle le scepticisme (115).

118. Division. - L'éclectisme remplit un siècle et demi avant J.-C. et les trois premiers siècles après J.-C. Nous divisons les systèmes philosophiques de cette période a potiori, d'après les écoles auxquelles ils se rattachent le plus étroitement. Car en dépit des infiltrations réciproques des quatre doctrines postaristotéliciennes, chacune de celles-ci conserva son individualité distincte .et traça un sillon bien marqué. On vit même, sous l'Empire, les écoles platonicienne et aristotélicienne affirmer plus énergiquement leur spécificité initiale, par une étude approfondie des œuvres de leurs fondateurs. En outre, des cours publics de philosophie furent érigés, et Marc-Aurèle consacra officiellement la distinction des quatre écoles en leur attribuant des chaires spéciales à Athènes (176 ap. J.-C). Mais il ne s'agissait pas de remonter le passé ; d'irrésistibles impulsions inclinaient, dans le même sens, pour les mêler, des mouvements partis de points différents.

Nous étudierons successivement la forme épicurienne, stoïcienne (§ 2), platonicienne (§ 3) et péripatéticienne (§ 4) de l'éclectisme.

§ 2. ~ L'éclectisme épicurien et stoïcien

119. L'éclectisme épicurien. — C'est à peine si l'on peut donner le nom d'éclectique à quelques épicuriens du ii^ et du i^^ siècle av. J.-C. qui, comme le médecin Asclépiade de Bithynie, abandonnèreiit Epicure, en enseignant la divisibilité indéfinie des atomes, ou l'inexistence de l'âme qu'ils tenaient pour un rouage inutile dans le matérialisme. L'Ecole épicurienne, continuant ses traditions d'immobilisme, conserva intactes les doctrines du maître '). Aussi bien, l'Épicuréisme ne devait plus désormais jouer un rôle actif dans l'antiquité. (106)

120. L'éclectisme stoïcien au V^ s. av. J.-C. — Les stoïciens font un accueil plus large aux doctrines étrangères.

I) DioGÈNE DE Laërte (Ire moitié du nie s.), rhistoriographe bien connu, montre aussi des sympathies pour répicuréisme.

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Chez BoETHus, l'éclectisme trouve pour la première fois une expression consciente. En diverses thèses, Boethus s'écarte du stoïcisme pour se rapprocher du péripatétisme; il multiplie les sources de connaissance, corrige le panthéisme dans le sens du théisme d'Aristote, enseigne avec ce dernier l'éternité du monde.

Plus important est l'éclectisme de Panaetius de Rhodes (vers 180- 110), qu'on peut appeler le fondateur du stoïcisme romain. S'inspirant principalement de considérations pratiques, Panaetius atténue ce que la morale stoïcienne a de trop rigide, pour la mettre d'accord avec la conception vulgaire de la vertu. Il subit l'ascendant du péripatétisme, en défendant l'éternité du monde, en accentuant le dualisme des activités psychiques, en divisant les vertus en pratiques et théoriques. Ses conceptions théologiques s'écartent aussi en divers points des traditions pures de son école.

Panaetius eut de nombreux disciples. Le seul sur lequel on possède quelques détails est Posidonius (première moitié du i^r s. av. J.-C). La morale est toujours pour lui l'objet suprême de la philosophie; elle se ressent néanmoins de ses innovations en psychologie. Car Posidonius abandonne la psychologie stoïcienne, dans une de ses thèses fondamentales : le monisme. Avec Platon et Aristote, il admet qu'il faut rattacher nos déterminations cognitives à deux principes immédiats distincts. On ne sait si Posidonius a été jusqu'à établir entre le principe irrationnel et le principe rationnel de l'âme une distinction essentielle, mais il est certain que le dualisme psychologique qu'il marque plus profondément encore que son maître, constitue une étape dans le mouvement des idées et dans l'évolution du stoïcisme vers les théories néo-platoniciennes i).

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