CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES
156. Avènement du christianisme. Son influence sur la philosophie. — Même au point de vue philosophique, on peut dire que le christianisme est venu à son heure. D'abord, il rétablit dans les âmes le calme nécessaire au travail intellectuel, et mit un à ces inquiétudes et à ces troubles dont la philosophie grecque, à son déclin, subit si vivement l'action énervante.
De plus, le christianisme servit de guide dans la construction de nouvelles synthèses. Tandis que les religions païennes avaient dérouté la philosophie dans la recherche du vrai (2), la religion chrétienne, révélée par un Dieu infaillible, fixa définitivement l'humanité sur les problèmes capitaux de la vie : elle implique tout un système de philosophie dont elle facilite à l'intelligence la démonstration naturelle. La dépendance essentielle de l'homme vis-à-vis de Dieu créateur, l'individualité des créatures, la finalité de l'univers, la distinction de l'âme et du corps, l'immortalité personnelle : voilà quelques grandes thèses qui, pendant de longs siècles, remplissent les cadres de la philosophie catholique, tout en rappelant singulièrement les solutions les plus parfaites léguées par les génies de l'antiquité.
Cependant, il ne faudrait pas exagérer l'influence de la dogmatique chrétienne sur la philosophie, et croire qu'elle ait enle\é à celle-ci, par une tutelle excessive, toute liberté d'allures. Nous préciserons la dépendance de la raison vis-à-vis de la foi, quand nous interrogerons sur cette question les grands représentants de la pensée médiévale. — Il ne faudrait pas s'imaginer non plus qu'il sufiit d'étudier le contenu de la révélation chrétienne pour se rendre compte des systèmes philosophiques nés à l'ombre de ses dogmes. Le Christ a fondé une