Philosophie scolastique et Philosophie médiévale
La plupart des historiens identifient la philosophie scolastique et la philosophie médiévale. Que penser de cette identification \
Elle est fausse. La scolastique est une école philosophique dans le sens rigoureux du mot ; elle est, si l'on veut, V École par excellence, parce qu'elle a été la plus puissante et la plus universellement répandue, mais elle n'est pas l'unique philosophie du moyen âge. En effet :
1° A toutes les époques, à côté de la scolastique, il y a une antiscolastique , c'est-à-dire, des systèmes rivaux dont les principes générateurs sont en opposition directe avec ceux de la scolastique. En eût-il pu être autrement ? Serait-il croyable a prioyn que du ix^ au xvi^ s. l'humanité se fût reposée dans une même conception philosophique, et que pas une voix discordante ne se fût élevée \ En réalité, les systèmes antiscolastiques furent nombreux au moyen âge — citons à titre d'exemple le panthéisme — et c'est créer à plaisir des confu-
1) La dépendance de la philosophie vis-à-vis de la théologie, dépendance dont nous préciserons plus loin la portée et la raison d'être, est un caractère réd et intrinsèque de la scolastique. Toutefois cette notion de dépendance est insuffisante pour donner une idée essentielle de la scolastique. Elle ne nous apprend pas en quoi consiste la philosophie même, soumise à cette dépendance. La terre est formée d'un complexus d'éléments les plus divers, formant son être même, et pour en donner une idée complète, il ne suffirait pas de dire qu'elle est éclairée par le soleil. Seules, les choses purement relatives peuvent être définies par leur rapport réciproque, ce rapport constituant leur essence même. Cela est si vrai qw'on pourrait imaginer plusieurs synthèses doctrinales antres que la scolastique médiévale, et qui respecteraient la dogmatique catholique (cf. 156).