LA PHILOSOPHIE OCCIDENTALE JUSQUAU XII® S
179. Bibliothèque philosophique. — Nous rangerons sous quatre rubriques les principales sources consultées pendant cette période.
I. Philosophes grecs. Rares sont ceux qui lisaient les auteurs grecs dans leur langue originale, presque tous recouraient à des traductions latines.
lo Ahistote. a) Logique. On connaît, au ix^ s. le de interpretatione, dans les traductions de Marius Victorinus et de Boèce, et dès la fin du x^ s. la traduction des Catégories par Boèce. En 1136, Abélard ne possède pas d'autres traités aristotéliciens, mais VEptateuchon de Thierry de Chartres, achevé vers 1141, contient en outre le premier livre des premiers Analytiques, les Topiques et les Sophistiques, c'est-à-dire les autres livres de l'Organon, à l'exception des seconds Analytiques et du second livre des premiers Analytiques ^). 11 y a donc, au milieu du xii^ s., une seconde initiation partielle à V Organon, et elle sert de point de départ à une classification de la logique en logica vêtus (traités connus avant 1141) et logica nova (traités connus depuis 1141).
h) Par contre, on ne connaît ni la Métaphysique, ni la Physique, ni le traité de Vâme, c'est-à-dire aucun des ouvrages fondamentaux de la synthèse péripatéticienne. Or, quand on isole V Organon des autres traités du Stagirite, on peut se méprendre sur sa pensée intégrale, réduire sa philosophie à un ensemble de règles logiques, et méconnaître le rapport ultérieur qu'il établit entre les représentations objectives de notre esprit et la réalité extramentale.
Les scolastiques de la première période ne voient dans Aristote qu'un logicien, et il circule dans les écoles des plaintes amères sur son obscurité ').
2» De Platon on possède un fragment du Timée dans la traduction de Chalcidius (154). J. Scot Ériugène cite déjà le célèbre dialogue que l'on voit de plus en plus entrer dans la circulation littéraire. Les préoccupations métaphysiques dont est bourré le Timée, auraient pu, dans une certaine mesure, corriger les influences exagérées et exclusives de la dialectique aristotélicienne ; mais le Timée est obscur, sans compter qu'en maints endroits il donne le change sur la vraie pensée de Platon : on peut dire, en général, qu'il fut incompris pen-
1) Ce point d'histoire a été établi par M. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge du Ve au XVI^ s. (Chartres 1895), p. 244. Vers le même temps, Otton de Freisingen, le premier ou un des premiers vulgarise les mêmes ouvrages en Germanie. — 2) Boèce l'appelle turbator verborum ; un auteur Inconnu du xe s. parle de Varistotelicus labyrinthus. (Baumgartner, op. cit., pp. 10 et il.)
dant la première période. En dehors du Timée, les dialogues dont on rencontre la mention incidente (le Fhaedon p. ex.), ne sont connus que de nom. Mais beaucoup de théories platoniciennes sont familières aux philosophes de cette période par S. Augustin et par des ouvrages néo-platoniciens où elles sont souvent dénaturées.
8<^ Commentaires aristotéliciens, a) L'Isagoge (appelé aussi Vlnstitutio, ou V introduction, ou le traité des cinq voix), de Porphyre, traduit d'abord par Marins Victorinus, plus tard traduit et commenté deux fois par Boèce, jouit d'un crédit immense chez les premiers philosophes médiévaux ^). Ils prennent Porphyre pour un partisan d'Aristote, et ne soupçonnent même pas qu'il est inféodé à une école panthéiste (148).
Le traité des cinq voix traite des cinq prédicables (le genre, l'espèce, la différence spécifique, le propre et l'accident) et sert d'introduction aux Catégories d'Aristote. Les prédicables expriment les rapports qui dans un jugement existent entre un prédicat et son sujet, les divers modes suivant lesquels un caractère ou un attribut peut être énoncé d'une substance. Porphyre non plus, dans son Isagoge, ne va au-delà de cette signification logique des prédicables : il n'étudie pas la valeur ontologique des catégories. C'est à peine s'il signale le problème de l'objectivité des notions universelles, et l'énigme qu'il pose devient le point de départ de la querelle des universaux. (Chap. II, Art. i, § 1).
h) Boèce commenta les Catégories,\e de interpretatione.Ses autres commentaires sont perdus.
Les autres monuments de la philosophie grecque étaient inconnus -). Par l'intermédiaire des écrivains latins (Cicéron, Apulée, S. Augustin, Boèce), on connaissait le nom d'un grand nombre de personnalités célèbres : on possédait aussi des bribes de plusieurs systèmes grecs, principalement de l'épicuréisme, du stoïcisme, du pythagoréisme.
II. Philosophes latins. Le legs de l'antiquité latine, si riche en matière littéraire, se réduit pour la philosophie à :
1) Réédité par A. Busse, Berlin, 1887 (T. IV, p. 1 des Commentaria in Aristotelem grœca, édités par l'Académie de Berlin). — '-) Secondaire est la version isolée du Tiepl cpûaew; àvQpôiTiov de Nemesius (un philosophe peu connu du ve s., 170), traduit une première fois par Alfanus (f 1085), abbé du Mont-Cassin et évéque de Salerne (v. Baumker, Wochenschrilt f. Klass. Philologie, 1896) — plus tard par Burgundio, sous Frédéric Barberousse. Quelques traductions arabes furent entreprises au xie s. dans le couvent du Mont-Cassin (v. Deuxième Période).