JEAN DE SALISBURY
tiques de l'antiquité. Mais son doute n'est pas le désespoir de connaître, il est dogmatique comme l'âge auquel il appartient : c'est le recueillement d'un homme qui se met en garde contre les erreurs, dans la recherche de la vérité.
Voilà comment J. de Salisbury a été amené à faire l'histoire de la philosophie contemporaine. 11 est le premier historien de la philosophie du moyen âge, et relate par le menu les opinions de tous les personnages en vue de son temps.
225. J. de Salisbury psychologue. - Psychologue, il devait l'être, puisqu'il était observateur. D'abord, l'analyse du processus de nos connaissances lui inspire la solution exacte du problème des universaux, le réalisme modéré. D'ailleurs, écrit lé philosophe anglais, il ne faut pas blanchir dans les écoles sur cette éternelle question ; bien d'autres domaines s'offrent à nos investigations. Ce sont principalement les domaines de la psychologie pure, et notamment l'étude de nos facultés et de nos actes psychiques. J. de Salisbury accentue la dépendance des facultés les unes vis-à-vis des autres et surtout la répercussion de la vie physiologique sur les autres activités de notre être.
Nous retrouvons ici, comme chez G. de Couches et G. de S.Thierry, l'inûuence de Constantin l'Africain. Les idées nouvelles sur les rapports de l'âme et du corps font leur trouée dans le monde des philosophes. La majorité continue sans doute de souscrire aux doctrines augustiniennes. Tel, Isaac de Stella (né en Angleterre, abbé de Stella et mort avant 1169), qui écrit quelques années avant J. de Salisbury, une lettre de anima et une série de sermons dans lesquels il reproduit sans ordre les théories devenues traditionnelles sur la juxtaposition de l'âme et du corps, l'identité de l'âme et des facultés, etc. (p. 155). Tel encore, Alcher de Clairvaux, le correspondant présumé et le plagiaire d'isaac dans son traité de spiritu et anima (p. 160). Mais les temps sont proches où l'on bouleversera les principes de cette psychologie incomplète: les conceptions psycho-physi-
ques auxquelles souscrit J. de Salisbury marquent la transition entre la }3sychologie du prémoyen âge et celle du xiii^ s.
226. Alain de Lille i). — On possède peu de détails sur sa vie. Né vers 1128, il semble avoir enseigné à Paris; il assista au 8™^ concile de Latran. Incorporé dans l'ordre des Cisterciens, il mourut à l'abbaye de Citeaux (1202). La postérité lui décerna le titre de doctor univer-
Ses principales œuvres sont le tracfMus contra hœreticos, Vars cathoUcœ fidei '^), les theologicœ regulœ, Vanticlaudianus, le de planchi naturœ.Leur portée est à la fois théologique et philosophique. Nous ne les étudions ici qu'au second point de vue. (Cf. p. 210.)
S'il a manié une masse considérable d'idées, le philosophe lillois n'a pas édifié de synthèse personnelle ; il s'est borné à recueillir et à concilier entre elles des théories d'origine et de tendance diverses accumulées pendant la période finissante. Esprit prompt, dialecticien consommé, Alain excelle dans la polémique, et, talent plus rare, il sait revêtir ses idées d'une livrée poétique qui fait de son œuvre, avec celle de J. de Salisbury, le monument le plus remarquable de la littérature philosophique du xii«^ s. Malgré son style imagé, souvent allégorique et trompeur, Alain ne doit pas être rangé au nombre des mystiques (M. Hauréau). C'est un esprit spéculatif, alliant le platonisme à des éléments aristotéliciens et néo-pjihagoriciens, le tout transposé dans le christianisme. Alain na pas subi le contact de la littérature arabe, bien qu'il semble avoir coimu le de unitate de Gundissalinus, et qu'on trouve chez lui la première citation du livre des causes, (v. Deuxième Période).
227. Philosophie d'Alain de Lille. — P Logique. La logique n'est pas, pour Alain de Lille, la suzeraine despotique que certains esprits mal équilibrés proclamaient déesse de la pensée. Elle apparaît sous les traits d'une pâle jeune fille, épuisée par des veilles excessives. Des théories logiques
1) Baumgartner, Die Philosophie des Alanus de insulis (Munster 1896). Hauréau, Mémoire sur la vie et qqes œuvres d'Alain de Lille (Mém. Acad. Tnscr. et B. Lettres, t. 32, p. 1). — ~) Ce dernier traité est attribué à Nicolas d'Amiens par Hauréau et V. Hertling, mais B^.umker a démontré qu'il appartient à Alaiu {HandschriftUches su den Werken des Alaiius. Philos. Jahrb., 1804.) Sur d'autres écrits apocryphes, v. Hauréau, Not. et eoct. (6 vol.). passim.