LA PÉRIODE DES HYMNES DU RIGVEDA
(1500-1000 avant Jésus-Christ)
10. Les Livres sacrés du Veda. — Le Veda est l'ensemble de tous les écrits sacrés auxquels les Indiens orthodoxes attribuent une origine et une autorité divines. C'est parmi ces invocations sacrées et leurs explications qu'il faut, pendant les deux premières périodes, chercher les documents de la philosophie indienne. L'apparition d'une littérature profane ne date que de la période sanscrite.
La collection du Veda comprend quatre parties, servant respectivement de manuel aux quatre grandes catégories de prêtres. Ces parties sont :
I. Rigveda, ou veda des vers (rie). — IL Sâmaveda, ou veda des chants (sâman). — HI. Yajurveda, ou veda des formules de sacrifice {ijajtis).--iy.Atharvaveda,ôu nom d'un prêtre mythique, Atharvan,
Chaque veda comprend : A) une Samhitâ, ou recueil d'hymnes et
12 LIVRE I. LA PHILOSOPHIE DE l'iNDE ET DE LA CHINE.
de formules appropriées; — B) une Brâhmanam, ou ensemble d'explications relatives à l'usage des samhitâs dans les sacrifices. Ces explications se classent sous trois rubriques : a) Vidhi (préceptes) ; h) Arthavâda, notices d'ordre exégétique, mythologique et polémique; c) Vedânta ou Upanishad, considérations théologiques et philosophiques sur la nature des choses ; — C) un Sûtram, ou abrégé systématique accompagnant les Brâhmanam pour en faciliter la pratique 0-
11. La philosophie du Rig^veda. — Le Bigveda, la partie la plus ancienne du Veda, constitue le plus lointain monument de la civilisation indo-germanique. Ses plus anciens hymnes nous font entrevoir encore les premiers vestiges du polythéisme anthropomorphique de l'Inde.
" Les forces et les activités de la nature dans le ciel, l'air et la terre apparaissent comme des manifestations par lesquelles des êtres personnels font valoir leurs volontés. Bien qu'ils soient immortels et tout-puissants, ces êtres sont semblables aux hommes, on peut s'entretenir avec eux, on peut leur faire des présents, on peut par des prières et des offrandes peser sur leurs résolutions „ ').
Mais, peu à peu, le scepticisme et la raillerie minent le Panthéon védique, et au-dessus de ses ruines émerge cette notion qu'un être unique apparaît sous "mille formes à travers les multiples phénomènes de V univers ^).
Telle est, au seuil de l'époque historique, la première parole de la philosophie, et cette parole panthéiste servira de leit-motiv à la philosophie indienne tout entière, comme elle continuera de faire le fond de sa dogmatique : nous rencontrons ici un premier exemple de l'orientation qu'une doctrine religieuse imprime à la spéculation rationnelle. (2)
Tout l'effort de la pensée indienne se concentrera désormais sur cette notion de Vunité des choses, et la philosophie cherchera d'un œil inquiet ce principe suprême encore inconnu. Pendant la première période, ce principe s'incarne encore dans une divinité souveraine, élevée au-dessus de tous les dieux de la religion populaire (Prajâpati, Viçvakarman, Brahmanaspati, Purusha) et contenant l'univers dans son sein.
') Deusskn, Allg. Gesch. etc., I, 1, p. 64 et 60 Upanishad's des Veda, pp. 1 et 2. — 2) Deussen, Allcj. Gesch. 1, 1, 90. — -) Rigveda, 1,164 et 10,129.