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LA PHILOSOPHIE ASIATIQUE

d'Alfârâbi, il la dépouille de plus d'une idée néo-platonicienne pour mieux se rapprocher du véritable péripatétisme.

La logique pour Avicenne n'est que l'instrument qui sert a acquérir la philosophie, non la philosophie elle-même. C'est à la métaphysique qu'Avicenne réserve la place d'honneur dans ses spéculations. Au faîte de l'empyrée métaphysique se trouve le Bien absolu, intelligence parfaite. A l'extrême opposé, la matière, ou le néant, la limite qui n'est pas comme pour Alfârâbi un effluve de l'âme, mais un élément éternel, coexistant avec Dieu, et affecté d'une complète indifférence à être ou à ne pas être. De l'Intelligence souveraine procèdent par voie d'émanation éternelle une série d'êtres intermédiaires. Le plus élevé en rang, le seul qui soit purement immatériel, est l'intellect actif, forme subsistante, indépendante de toute influence de la matière. Avicenne a-t-il, comme ses successeurs, •enseigné l'unité de l'intellect actif ou sa multiplication substantielle dans chaque homme? La seconde hypothèse est plus conforme à l'esprit général de sa métaphysique, car mieux que tout autre philosophe de sa race, il a enseigné la thèse aristotélicienne de la singularité des existences substantielles : on retrouve chez Avicenne une exacte solution du problème des universaux, la thèse des trois états de l'essence ^) et une doctrine complète de l'abstraction et de l'intellect actif. — Mais l'intellect actif ne joue pas seulement un rôle psychologique, il est avant tout un principe métaphysique, d'où émergent les autres intelligences qui s'unissent à la matière. Cette union donne naissance aux sphères célestes et aux êtres vivants de notre terre. Les sphères célestes ont une âme intelligente, principe d'un mouvement dont le terme est Tintelligence suprême.

En psychologie, Avicenne reproduit fidèlement les théories aristotéliciennes sur la sensation ; l'âme humaine connaît l'universel, elle est immortelle. Cependant toute connaissance

1) V. p. 1. la synthèse scolastique.

actuelle, depuis l'acte cognitif le plus simple, jusqu'aux degrés les plus élevés de l'extase mystique et prophétique (néo-platonisme), exige un contact direct de l'intellect actif, illuminant l'intelligence.

La théorie de la subsistance extramentnle d'un intellect actif a son point de départ dans un texte obscur d'Aristote (91, S'^et 128) : nous la rencontrerons, plus outrancière, chez les successeurs d'Avicenne ^).

245. Philosophes arabes en Espagne. Averroès. — Après Avicenne, la philosophie arabe va déchnant en Orient, mais son renom se perpétue en Espagne. L'Espagne an x^ s. est le rendez-vous des races les plus diverses ; grâce à une grande liherté de penser, elle est jusqu'au xhi"^ s. le théâtre d'un intense mouvement d'idées.

Parmi les Arabes d'Espagne, les principaux sont Avempace (fin xi^ s. -1138), et Abubacer (1100-1185), deux auteurs à tendances plutôt mystiques, et surtout Averroès, à qui sa grande influence sur le moyen âge occidental donne droit à une place spéciale.

Né à Cordoue en 1126, Averroès pratique l'art médical, à l'exemple d'Avicenne, dont la vie agitée présente d'ailleurs avec celle d'Averroès de nombreuses ressemblances. Car après avoir connu les honneurs à la cour des grands, Averroès encourut leurs disgrâces. Il mourut en 1108. Averroès est avant tout un commentateur de l'encyclopédie aristotélicienne ; son admiration pour le Stagirite tient du culte. Il est également l'auteur de quelques traités originaux. C'est dans Averroès que les caractères du mode de philosopher des Arabes trouvent leur plus énergique expression.Voici ses théories principales:

P V intelligence des sphères, et l'émanation des intelligences du sein du premier moteur, suivant un processus de déchéances^ successives. Le premier moteur met en mouvement la sphère céleste (orbis) ; celle-ci communique le mouvement aux sphères^ planétaires, jusqu'à la lune, dont l'intellect agent est le moteur, {intelligentia vel motor Lunœ). L'intellect agent qui se communique à l'homme n'occupe donc pas dans la hiérarchie des

1) Parmi les autres philosophes arabes en Orient, mentionnons Algazel (1059-1111) qui, tout en commentant Aristote, essaya de fiiire de la philosophie la base d'un mysticisme théologique; et Alhacen (t 1098), auteur d'un traité sur la lumière.

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