LA PHILOSOPHIE ASIATIQUE
formes la même place que chez Avicenne, mais il conserve sa valeur métaphysique.
2^ La potentialité et V éternité de la matière. Tandis que les autres philosophes arabes, h l'instar des néo-platoniciens, placent la matière ou le principe des imperfections dans la région du néant, Averroès au contraire accentue le dualisme cosmique et conçoit la matière, non comme un vide, mais comme une puissance contenant en germe toutes les formes. Placé en face de la matière éternelle, le premier moteur (extracior) dégage (exiractio) les forces actives de la matière : le monde matériel naît de la suite ininterrompue de ce& évolutions.
3° Le monopsychisme humain et la négation de Vimmortalité personnelle. Toujours au nom d'Aristote, Averroès fait de rintellect agent une forme séparée. C'est l'intelligence inférieure dans l'ordre des sphères qui, par une copidatio temporaire avec l'intellect passif de l'homme, engendre en lui l'intellect matériel et permet à celui-ci de se former des connaissances abstraites du monde sensible. Quant à l'intellect passif, il meurt avec l'individu, mais l'intellect matériel est absorbé dans l'unité de l'intellect agent. Tandis qu'Aristote s'exprime en termes obscurs sur la personnalité ou l'impersonnalité delà vie future, Averroès nie Timmortalité des âmes individuelles. Seul leur survit l'intellect agent, l'intelligence supérieure et universelle de la race humaine.
4^ L'interprétation allégorique du Coran et la philosophie. En plus d'une de leurs spéculations, les philosophes arabes vont à rencontre de la religion musulmane; c'était même là, aux yeux des califes, une cause de suspicion qui amena notamment la disgrâce d'Averroès. Mais Averroès prévoit la difficulté; il distingue entre l'interprétation littérale du Coran, l)onne pour les illettrés et l'interprétation allégorique, accessible aux philosophes. L'interprétation allégorique, seule, donne accès aux vérités supérieures ; elle n'est pas nécessairement d'accord avec l'interprétation littérale, qui ne peut, par elle-
même, montrer le resplendissement du vrai. Ainsi sont posés les premiers jalons de la doctrine des deux vérités dont on abusa tant au moyen âge (v. Deux. Pér.).
L'influence de la philosophie arabe va se répercuter dans la philosophie juive, et surtout dans la philosophie occidentale du xiii^ s.
246. La philosophie chez les Juifs. — La philosophie juive — nous en excluons la mystique greffée sur la Kabbale — se spécifie par la conipénétration du judaïsme et de la philosophie grecque. Ce caractère que nous avons reconnu dans la synthèse de Philon (143), se retrouve au moyen âge, mais il faut ajouter que les idées grecques dont s'inspirent les philosophes juifs leur sont souvent transmises par les Arabes. Parmi les écrivains philosophiques antérieurs au xi^ s., citons le logicien Isaac Israeli (vers 900); le caraïte David ben Merwan, et surtout son contemporain et adversaire Saadja (892-942).
Mais c'est principalement en Espagne que se développa la philosophie des Juifs, de même que leur science et leur littérature, grâce à la grande liberté dont ils jouissaient sous la domination arabe. Salomon Ibn Gebirol (AvicEBRON, né vers 1120-mort avant 1070) est un de leurs hommes marquants. 11 a beaucoup d'idées originales bien qu'il soit vivement influencé par le néo-platonisme arabe. Avice bron enseigne l'existence d'une matière et d'une forme universelles double émanation du principe divin, engendrée, l'une par sa substance l'autre par sa volonté. A la matière et à la forme universelles parti cipent la matière et la forme des autres êtres, qui tous, dans l'ordre sensible et dans l'ordre suprasensible, portent en eux ces principes souverains de la composition substantielle. Avicebron fait de vains efforts pour éviter le panthéisme. Il est l'auteur d'un traité Fons vitœ qui a exercé un grand ascendant sur les générations occidentales.
Au nom d'Avicebron joignons celui de Josef Ibx Zaddik (f 1149). Son Microcosmos marque la transition entre le Kalam, d'une part, ou la science rehgieuse que les Mutakallimun opposaient aux philosophes et d'autre part l'aristotélisme juif, tel qu'il s'incarne dans Moïse Maimonides. ')
Moïse Maimonides (1135-Î204), en effet, dans son Guide des égarés^ essaie de concilier Aristote avec le judaïsme. 11 eut un imitateur au xiii« s. dans Falaquera.
1) Max Doctor. Die Philosophie des Josef (Ihn) Zaddik, etc. Munster 1895, p. 8 (Beitriige z. Gescli. Phil. Mittel., Bd. II, 2).
LA
DEUXIÈME PÉRIODE
la Philosophie médiévale au XIIP siècle