Rapports de la philosophie et' de la théologie. — La
philosophie scolastique est l'œuvre du génie chrétien ; intimement mêlée à la théologie catholique, dès son origine (156), elle fut toujours respectueuse de la parole révélée. Les lois qui régissent les rapports de la philosophie et de la théologie sont codifiées dans les introductions des grandes Sommes théologiques (Cf. 169, 174, 199). Voici les princip des d'entre ces lois :
P La distinction de la scieuce théologique et de la sc!enct3 philosophique. La diversité des deux sciences dérive de la
1) Pour abréger, nous renverrons à notre étude sur Aristote, dans toutes les matières où la scolastique s'est inspirée du Stagirite. D'autre part, nous imprimons en caractères ordinaires les théories constitutives de la synthèse scolastique et communes à tous les scolastiques au xiiie s. ; en caractères italiques, les théories propres à S. Thomas ou à d'autres scolastiques. Nous n'avons pas la prétention d'épuiser tous les points de vue; en outre, nous n'étudions dans S. Th. que le philosophe, et non le théologien.
s. THOMAS ET LA SYNTHÈSE SCOLxVSTIQUE. 263
diversité de leur objet formel, de leurs principes, de leur MÉTHODE. L'une étudie l'ordre surnaturel, l'autre se confine dans l'ordre naturel; la première repose sur la parole d'un Dieu, la seconde sur les lumières de la raison; celle-ci procède par démonstrations, celle-là par voie d'autorité. Ils versent donc dans une erreur profonde ceux qui, avec Cousin et Jourdain par ex. , soutiennent que les scolastiques ont confondu l'examen rationnel des problèmes de l'esprit avec l'étude du dogme chrétien.
2"" La subordination matérielle, mais non formelle, de la philosophie à la théologie Précisons le point de vue exact auquel se placent les scolastiques. Ils partent d'un fait, supposé démontré par ailleurs, et qui est du ressort, non de la philosophie, mais de la critique historique, à savoir l'existence réelle de la révélation chrétienne. Ce fait peut être contesté, mais pour ceux qui l'admettent — et personne n'en doute chez les scolastiques — il en résulte des relations réciproques entre la philosophie, en quête de la vérité naturelle, et la théologie, en possession d'un ensemble de vérités révélées. Car Dieu est infaillible ; so'i enseignement est, pour la raison imparfaite et chancelante, une vérité absolue qu'elle ne peut MATÉRIELLEMENT et positivement contredire, sous peine d'enfreindre une logique élémentaire- La philosophie n'en garde pas moins une indépendance formelle, l'indépendance des principes qui la guident dans ses investigations. ^)
S"" La philosophie est l'auxiliaire de la théologie. Car elle démontre les motifs de crédibilité.
Cette triple théorie a chez S. Th. une portée plus compréhensive que chez son maître Albert le Grand ou chez tout autre de ses co7ttemporains . Personne, en effet, na
') Ce n'est pas ici l'endroit de développer cette conception ni d'en faire la critique. Bornons-nous à noter que la loi de la subordination matérielle DES sciences est universelle; les sciences expérimentales aussi bien que les sciences rationnelles en contiennent de nombreuses applications, et tous les logiciens savent qu'une hypothèse ne peut aller à rencontre d'une conclusion démontrée certaine par une autre science.
'iiiieiix pénétré le génie de la ijensée catholique, ni mieux compris la com pénétration de la j)hilosopjhie et de la théologie : compénétration partielle de leur domaine ou, pour 'parler le langage de V École, de leur objet matériel ; car la raison proclame de deux manières t apothéose du christianisme : elle démontre par un effort intense de nos puissances naturelles , plusieurs vérités qui ont fait ï objet de la Révélation, et sont, par conséciuent , du ressort de la théologie (par ex., ï existence et les attributs de Dieu) ; devant les mystères elle s incline, mais au lieu de se détourner, respectueuse ou dédaigneuse , elle montre que le suprarationnel n'est pas antirationnel. Si la Révélation est le phare de la pjensée, la pensée, plus dune fois, établit le rncd fondé des objections faites contre la doctrine o'évélée et ébranle dans leur opposition les ennemis de la foi.