III. — LA PHYSIQUE
273. Principes g"énéraux. — 1° Le mouvement corporel et ses espèces (88, 1°) ; ^'^ la théorie du changement substantiel (88, 2^); 3° l'évolution rythmique des formes (88, 3°). La théorie de l'évolution des formes substantielles reçoit dans la
1) " Unde esse earum non est absoUduni sed receptum, et ideo lirnitatum et finitum ad capacitatem naturae recipientis. „ (De ente et essentia. cap. 6. — Cf. ropiiscule inachevé de suhstantiis separatis).— L'essence est à l'existence comme la puissance est à l'acte. (V. Cajetan, au commentaire de ce passage.)
— ^) Mercier. Ontologie, Louvain, 1894, pp. 32 et suiv.
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scolastique de magnifiques développements. Bien que semblable dans tous les corps de la nature, la matière première ne se dépouille pas d'une forme pour revêtir une forme quelconque, mais pour s'unir h cette forme qui correspond au type immédiatement voisin dans la hiérarchie naturelle. Grâce a une prédétermination spéciale, la matière traverse une série d'étapes progressives. ^) Voilà pourquoi la transformation d'un corps inorganique en une substance organique exige une série graduée de changements, dont le dernier conduit la matière à un état de perfection voisin de l'état organique. Voilà pourquoi le corps humain, avant son union avec l'âme spirituelle, revêt un nombre plus ou moins grand de formes intermédiaires, jusqu'à ce que les actions de la matière aient donné à l'embryon humain une perfection exigitive d'une information suprême, celle de l'âme spirituelle, infusée par Dieu (v. p. 1.). Tel est le sens intégral de la formule : " Corruptio unius est generatio alterius ''.
Le processus génétique des formes (eductio formarum e potentiis materiae) passe à bon droit pour une des questions les plus difficiles de la scolastique. Les grands docteurs sont unanimes à reconnaître l'intervention d'un triple facteur : de la cause première exerçant son concursus generalis ; de la matière préexistante disposée à s'unir à la forme nouvelle pour donner naissance au composé nouveau ; de l'agent naturel, principe actif de la génération. Mais le désaccord surgit quand il faut déterminer le rôle respectif de chacun de ces facteurs. ^S. Th. accentue la virtus activa de V agent naturel; à rencontre d'Albert le Grand et de S. Bonaventure, il combat énergiquement la théorie augustinienne , universellement répandue avant lui, des rationales séminales (v. § 6) et, pour rendre compte de ïétolution des substances naturelles, il considère comme suffisante la simple prédestination de la matière à recevoir une série de perfections successives. ^)
1) Les scolastiques appellent pWt'oito, l'absence du principe formel, réclamé par la matière dans les dispositions où elle se trouve.— 2) S. Contra Gentiles, L. III, Ch. XXIII.
4° La finalité du cosmos. La finalité domine la série de ces transformations, suivant la profonde interprétation que le Stagirite nous a donnée de la nature. Jamais les docteurs du xiii^s. n'ont considéré la nature comme un or^^anisme, avant son unité réelle et physique, à la manière des anciens, d'Aristote luimême (p. 74). Interrogée sur le terme vers lequel évolue le cosmos, la scolastique trouve une réponse inconnue du Stagirite, dans la relation du monde et de Dieu. La créature ne peut avoir d'autre un que la gloire de son Créateur. Or, cette gloire se manifesie d'abord dans la contemplation, par l'Intelligence infinie, du spectacle du cosmos ; elle se manifeste aussi dans la connaissance que des êtres intelligents, autres que Dieu, obtiennent à la vue de l'ordre merveilleux de l'univers. Ainsi se trouve résolue une énigme qu'Aristote pose, mais ne résout pas : Comment Dieu est-il cause finale du monde matériel ^
274. Corps célestes et corps terrestres. — Avec Aristote, la scolastique fait la distinction d'une physique céleste et d'une physique terrestre (89).
lo Dans la physique céleste, il faut faire la part de théories astronohiico-philosophiques et de doctrines purement scientifiques, qui s'entremêlent aux spéculations scolastiques.
a) Les théories astronomico-philosophiques s'inspirent toutes de ce postulat péripatéticien, que les astres, à raison de leur prééminence, ne sont soumis à aucune modification autre que celle de leur déplacement giratoire : ne pouvant subir de transformation intrinsèque, ils sont iNGÉNÉRABLES et INCORRUPTIBLES. Albert le Grvand, S. Th., Duns Scot expliquent ces propriétés cosmologiques, en disant que les corps célestes sont, à la vérité, composés de matière et de forine, comme les corps terrestres, mais que ces deux éléments y sont indissolublement unis Vun à l'autre. Dès lors, comme la matière ne se dépouille d'une forme que pour en revêtir une autre (corruptio unius est gêner atio alterius), il est clair qu'un corps céleste ne peid ni naître ni disparaître. Et commue la forme d'un corps céleste absorbait toute la matière qu'elle était susceptible d'informer, S. Th. admettait que chaque corps céleste constitue un type unique dans son espèce. D'autres scolastiques, de moindre importance et appartenant surtout aux périodes suivantes (Durand de St Pourçain,
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p. ex.), ont recours à une hypothèse plus radicale et reconnaissent aux astres une essence simple, exclusive de matière : ils suppriment ainsi la possibilité même du changement substantiel. ^)
A rencontre d'Aristote, les scolastiqiies n'admettent l'éternité des astres que sous réserve des théories, admises d'ailleurs, sur la ciéation, et surtout se refusent à voir dans les astres des divinités. ^)
b) Les théories astronomiques proprement dites partent du système géocentrique de Ptolémée ; sur quelques points de détail elles sont en désaccord avec la physique d'Aristote. ^)
Bien que ces idées soient du domaine de l'histoire des sciences» elles intéressent l'histoire des théories scolastiques, puisque c'est principalement sur ce terrain que la scolastique tout entière a été attaquée et battue au xvii^ s. (v. Quatr. Période). A ce point de vue, bornons-nous à enregistrer un aveu significatif de S. Th. qui, à lui seul, anéantit mainte accusation portée contre V École. Parlant du mouvement des planètes, il dit : " Licet enim talibus suppositionibus factis appareant solvere (irregularitates), non tamen dicere has suppositiones esse veras, quia forte secundum aliquem m,odum nondum ab hominibus comprehensum apparentia circa stellis salvantur. „ ^)
2» Pour la physique terrestre, les scolastiques s'en référaient à Aristote. Les corps célestes exercent une influence extrinsèque sur le mouvement des corps terrestres. '")
Suivant une image familière aux scolastiques, l'homme est microcosmos, le point central vers lequel toutes les perfections de la nature convergent.
275. Psychologie. — Les études psychologiques atteignent leur apogée durant l'ère de grandeur que fut le xiif s. (5, 2°j : aux dissertations fragmentaires et incohérentes de la période antérieure ont succédé des vues intégrales et compréhensives. Pour s'en convaincre, il suffît de jeter un coup d'œil sur les
1) Cf. P. Tedeschini. Dissert, historica de corpore simpUci quoad essentiam (dans Instituts philosoph. de Palmieri III, 321 et suiv.) qui contient des erreurs et des exagérations. — -) Cf Talamo, L'aristotélisme de la scolastique, trad. franc. Paris, 1876. — 3) Pour S. Th., les sphères sont mues par des êtres intelligents, mais ceux-ci leur sont extrinsèquement unis. Ad hoc autem quod moveat, non opoHet quod uniatur ei ut forma, sed per contactum virtiitis, sicut motor unitur mobili. {S. Theolog., 1, q. 70, a. 3.). — -*) j^i uj)^ H de cœlo et mundo, lect. XVII. — -) S. Th., S. Theol, 1«, q. 116, a. 3.
matières traitées dans les questions 75 à 90 (Pars prima) de la Somme Théologique de S. Th. d'Aquin ; on pourrait aisément détacher ces quelque cent pages de V œuvre monumentale du 'ïuaître, et les éditer sous forme d'un traité spécial de psychologie.
Fidèles à un plan d'études généralement suivi au xiii^ siècle, considérons séparément la nature de l'homme et ses facultés.