‹ Histoire de la philosophie mediévaleChapitre 119 sur 241 · ALBERT LE GRANIT · texte numérisé non relu

ALBERT LE GRANIT

est créée par Dieu. — Les facultés sensibles sont, les unes externes (vires apprehensivae de/oris), et parmi elles Albert range le sensus comrnunis ; les autres internes (v. a. deintus, imaginatio, aestimatio, memoria, reminiscentia). On trouve de longues dissertations psycho-physiologiques sur le rêve, l'état de sommeil et de veille (proprietates animae sensibilis) et les fonctions du cerveau. Quant aux facultés intellectuelles, les intellects agent et possible, Albert les traite en péripatèticien, et son idéologie, sera reprise par son disciple '). Le monopsychisme arabe, sous ses diverses formes, est l'objet de réfutations réitérées. (300)

Sur les facultés appétitives et principalement sur la volonté, la doctrine d'Albert est chancelante. La liberté apparaît, tantôt comme la prérogative fondamentale de Y intellectns adeptus (c. a. d. l'intelligence nantie de la science), tantôt comme celle de la libéra voluntas. C'est la lutte du point de vue intellectualiste (Aristote) et volontariste (Augustin) : elle engendrera au milieu du XIIIe siècle de longues controverses sur la noblesse hiérarchique des facultés psychiques (302).

270. Disciples d'Albert. — Albert le Grand fit école. Jean de Fribourg, Hugues de Strasbourg, Jean de Lichtenberg, ont suivi ses doctrines. Gilles de Lessines fut son élève (313). Si on excepte Thomas d'Aquin, qui occupe un rang à part, le plus fidèle et le plus significatif des disciples d'Albert est Ulric de Strasbourg, ou Ulric Engelberti. Il recueillit ses leçons à Cologne, devint lecteur en théologie à Strasbourg (après 1248) et provincial. En 1277, l'année même qui vit condamner certaines doctrines thomistes, il se rendit à Paris pour conquérir le titre de magister, mais y mourut sans avoir pu s'élever au-dessus du baccalauréat.

La Somme d' Ulric est entachée des mêmes imperfections que l'œuvre de son maître. Sa publication fournira un document nouveau pour l'étude de la transition doctrinale entre Albert le Grand et Thomas d'Aquin.

') Op. cit., p. 233.

326 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.

271. Sources et Bibliographie. — L'édition des œuvres d'Albert, entreprise par le dominicain Jammy, comprend 21 in-f° (Lyon, 1651). Réimprimée par Borgnet à partir de 1890.(36 vol.) Aucune de cesédit. n'est critique, et l'authenticité des diverses œuvres n'est pas définitivement établie. — Biographie : r>RhoË,De zriia ri scriptis B. Alberti Magni, ds Anal. Bollandiana, t. 19, p. 257 et t. 20, p. 273. Enumerat. de ttes sources anciennes relatives à la vie d'A. du xiv° au xvic s., édit. d'une vie inédite de 1483. Tableau succinct des regesta d'A. très complet. Ces documents servent de préambule à la vie d'A. qu'entreprendront les Bollandistes. Utilisant ces données, Michaël, Gesch. d. deutschen Volkcs wâhrend d. XIII Jahrh., III (1903) donne une biographie détaillée d'A., où il reprend et complète un article de Zeitsch. f. Kath. Theol. (t. 25, 1901, pp. 37 et 181). — G. von Hertiaxg,A/S. Afagnus, F cstschriït ( Bonn, 1 880); Van Weddingen, A . fe Grand, maître de Thomas d'Aquin (Bruxelles, 1881). Ces deux brochures contiennent des considérât, génér. De même l'art, de Mandonnet, ds Dictionn. Théol. cathol. Schneidkr, Die Psychologie Alberts d. Grossen nach d. Que f /en dargestellt, I. Teil (Beitr. z. Gesch. Phil. Mitt., IV, 5). Excellente monographie, n'étudie que les éléments péripatéticiens. Les éléments néo-platoniciens et augustiniens feront l'objet d'une suivante étude.

M. Grabmann, Studien û. Ulrich von Siraszburg. 1. Leben u. Persônlichkeit U. v. S. (Zeitsch. f. Kath. Theol., 1905). Annonce que M. Mullerde Strasbourg prépare une édit. crit. de la Somme.

§ 2. — Saint Thomas d'Aquin et la synthèse scolastique

27a. Vie et Œuvres. — Fils de la grande famille des comtes d'Aquin, Thomas naquit en 1227 '), et reçut sa première instruction au Mont-Cassin. A partir de son entrée dans l'ordre de S. Dominique (1243), sa vie fut étroitement liée à celle d'Albert le Grand. Il suivit son maître à Paris en 1245, à Cologne en 1248. En 1252 on retrouve S. Thomas à Paris. C'est la période de ses leçons publiques, comme bachelier d'abord, puis comme maître. C'est aussi la période de ses revendications du droit des mendiants, et de sa polémique contre G. de S. Amour. La reconnaissance officielle de son titre de magister en 1257 (et de celui de S. Bonaventure, c(. n° 253) termine, à l'avantage des réguliers, les oppositions suscitées contre eux par les théologiens séculiers. Après un séjour en Italie (à partir de 1260/61), où il se lia d'une étroite amitié avec Réginald, Thomas revint une seconde fois comme professeur aux écoles parisiennes (fin 1268 ou début 1269) : ce retour exceptionnel d'un maître dominicain au couvent de Paris ne s'explique que par sa brillante réputation et la gravité des luttes

') Le lieu de sa naissance est discuté. Roccasecca et Belcastro se disputent l'honneur de lui avoir donné le jour. En faveur de Roccasecca, v. Pellegrini et Scandone, Pro Roccasecca , patria di S. Tommaso d'Aquino, Napoli 1903. Scandone publie une généalogie de la famille d'Aquin. Du même : Documente e Congetture sulla famiglia e sulla patria di S. T., Napoli 1901.

Page 1