‹ Histoire de la philosophie mediévaleChapitre 127 sur 241 · Dieu et le monde, — Ici, de nouvelles différences · texte numérisé non relu

Dieu et le monde, — Ici, de nouvelles différences

.q surgissent entre le péripatétisme et la scolastique : la subordina-

-4lP~' tion absolue de l'être mélangé d'acte et de puissance vis-à-vis

fc ^'^ \)r de l'actualité pure, supprime l'inexplicable dualisme du fini et de

• r r h' v l'infini auquel se heurtent Aristote et une partie des philosophes

■V ^ anciens '). Elle sauvegarde aussi la distinction substantielle de

* ths^ Dieu et du monde. I«a scolastique est l'ennemie jurée du pan-

X ^ théisme, quelque forme qu'il revête. Tous les docteurs s'accordent

à réfuter non seulement les systèmes panthéistes grecs dont ils ont connaissance, mais le panthéisme matérialiste de David de Dinant et de ses sectateurs, et la doctrine émanative d'Avicebron, d'Avicenne et d'Avenroês 9).

La subordination du monde à l'égard de Dieu se manifeste dans la triple théorie de l'exemplarisme, de la création et de la Providence.

') Et c'est là, dit Ritter (Gesch. d. Philos., VIII, 251), un progrès remarquable : «darin musz man einen bedeutenden Fortschritt erkennen ». Cf.WiLLmann, op. cit. y II, 340. — *) Puisque la scolastique rejette Vidée organique du plotinisme(à savoir l'émanation), nous ne comprenons pas comment M. Picavet a pu écrire un livre récent pour soutenir quePlotin et non Aristote est le maître de la scolastique. (Esquisse d'une histoire des philosophies médiévales, 1905).

i° L'exemplarisme. En cette matière, S. Augustin est le maître incontesté de la scolastique (ioo,2°).Dieu connaît les êtres du monde, indépendamment de leur existence dans le temps. Avant de réaliser l'univers, il en a conçu le plan grandiose ; car il a tout fait avec poids et mesure (Pythagore). Les idées de Dieu, dit S, Thomas, n'ont pas de réalité autre que son essence même. Comme il épuise l' infinie compréhensibilité de son être, il ne connaît pas seulement son essence en elle-même (objectum primarium); il voit aussi les rapports qu'ont avec Elle les créatures, ses imitations lointaines (objectmn secundarium). Si d'autres scolastiques entendent diversement la nature des idées divines, tous admettent, comme S. Augustin, qu'elles sont le fondement ontologique suprême des essences contingentes, de leur cognoscibilité et de la certitude de nos connaissances : non pas que nous connaissions les choses en Dieu (ontologisme), mais parce que, par un retour synthétique, nous voyons que les attributs de toutes choses reproduisent nécessairement leur exemplaire incréé. Harmonisées avec la tendance initiale de l'intelligence vers le vrai, cause finale de ses actes (p. 346), ces spéculations synthétiques constituent le point de vue favori de l'épistémologie du xme s. x).

20 La création (g5, 20). D'après ces idées, divines, cause •exemplaire du monde, Dieu tire du néant, par son acte créateur, toutes les réalités contingentes. La scolastique renchérit sur Aristote, non seulement par son concept de causalité exemplaire, incompatible avec l'immobilité du dieu péripatéticien, mais encore par sa théorie de la cause efficiente (id a quo aliquid fit ; 44, 20). Celle-ci recevrait plus exactement chez Aristote le nom de cause motrice (motus désignant tout changement dans un sujet), car l'efficience, dans sa pensée, ne porte pas sur la production des premiers sujets du mouvement. Ceux-ci sont présupposés, éternels, comme le monde auquel leur combinaison donne naissance,

') Les scolastiques envisagent donc au point de vue métaphysique, bien plus qu'au point de vue psychologique, le problème de la certitude.

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350 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.

et le mouvement résulte nécessairement de leur mise en présence. Dans la scolastique, au contraire, ce n'est pas seulement le mouvement des choses qui tombe sous l'influx de la cause efficiente divine, mais la substance même des êtres, en ce qu'elle a de plus profond. On peut dire que grâce à cet élargissement de la notion d'efficience, la scolastique est plus péripatéticienne qu' Aristote. Tous les scolastiques s'accordent à critiquer les rapports établis par Aristote entre Dieu et le monde. Tous aussi rejettent la doctrine averroïste de la production du monde par une série d'intermédiaires.

Sur la question de savoir si cette production du monde par Dieu est temporelle ou éternelle, S. Thomas adopte une solution personnelle que personne avant lui n'avait défendue : il se refuse à trouver une contradiction dans le concept de création éternelle *).

3° La Providence. Vis-à-vis de la créature, appelée à l'existence sur un geste tout-puissant, le Créateur conserve son pouvoir souverain ; tout en respectant la nature propre à chaque être, il est conservateur de l'essence créée, coopérateur de ses actions (concursus congruens naturae creaturae 2), — et surtout Providence. Il est aussi, mais dans un sens plus profond que chez Aristote, cause finale de l'univers. Vers Dieu tendent tous les êtres : thèse qui, pour les créatures intelligentes, est intimement liée à la doctrine de la vie future et de la béatitude. La confusion qu'on relève chez le Stagirite entre la motion proprement dite (efficience) et la motion par attrait (44, 20) est dissipée définitivement grâce à la théorie de la création.

L'application de la métaphysique scolastique à la théodicée donne à celle-ci une ampleur qu'elle n'a ni chez les Pères de l'Eglise, ni chez les premiers scolastiques. La théodicée du XIIIe s. représente une des plus puissantes affirmations du théisme.

') On a exagéré l'influence que Moïse Maimonide aurait exercée sur S. Thomas dans la théorie de la création. — ') Appliqué à l'acte d'intelliger, le concours divin s'appelle souvent illuminatio ; appliquée à la liberté, la question du concours divin soulève la célèbre controverse de la prémotion ou de la prédétermination physique et du concours simultané.

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