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IV. — PHYSIQUE GÉNÉRALE

294. Principes généraux. — Le phénomène dominant qui permet au « physicien » de s'élever au-dessus du détail de la nature et de l'embrasser d'un coup d'œil synthétique, est le mouvement. Sur le mouvement corporel et ses espèces, et sur la théorie du changement substantiel, la scolastique s'en réfère à Aristote (50, i° et 20) x). Mais elle consacre de magnifiques développements à l'évolution rythmique des formes et à la finalité du cosmos.

i° Evolution rythmique des formes (50, 30). La matière est un trésor de potentialité. Toutefois la malléabilité, grâce à laquelle elle revêt successivement diverses formes, suit certaines directions. La nature ne change pas une pierre en un lion ; elle obéit dans son devenir à une loi de progression dont les sciences particulières ont pour mission de déchiffrer l'application détaillée, tandis que le physicien ne l'étudié que dans sa généralité. En langage scolastique : la matière première ne se dépouille pas d'une forme pour revêtir une forme quelconque, mais pour s'unir à CETTE forme qui correspond au type immédiatement voisin dans la hiérarchie naturelle. Grâce à une prédétermination spéciale, la matière traverse ainsiune série d'étapes progressives admirablement fixées 2). Voilà pourquoi le corps humain, avant son union avec l'âme spirituelle, revêt un nombre plus ou moins grand de formes intermédiaires, jusqu'à ce que les actions de la nature aient donné à l'embryon une perfection exigitive d'une information suprême, celle de l'âme spirituelle. Tel est le sens intégral de la formule : « Corruptio unius est generatio alterius » .

') On accentue cependant l'idée de quantité. Dans tous les systèmes scolastiques, la matière première qui informe le corps est affectée d'une relation fondamentale avec la quantité : la quantité ou la diffusion passive et spatiale, est l'attribut primaire du corps, et elle est fonction de la matière première ; comme la réduction de ces éléments à l'unité est fonction de la forme. — ') Les scolastiques appellent privatio, l'absence du principe formel réclamé par la matière dans les dispositions où celle-ci se trouve.

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Ce processus génétique des formes (eductio formarum e potentiis materiae) passe à bon droit pour une des questions les plus difficiles de la scolastique. Les grands docteurs sont unanimes à reconnaître l'intervention d'un triple facteur : de la cause première exerçant son concursus generalis ; de la matière préexistante disposée à s'unir à la forme nouvelle pour donner naissance au composé nouveau ; de l'agent naturel, principe actif de l'actualisation du sujet récepteur. Mais le désaccord surgit quand il faut déterminer le rôle respectif de chacun de ces facteurs. S. Thomas accentue la virtus activa de l'agent naturel et la passivité de la matière première ; à Rencontre dy Albert le Grand et de S. Bonaventure, il combat ènergiquement la théorie augustinienne, universellement répandue avant lui ', des rationales séminales (p. 28 2) et, pour rendre co?npte de l'évolution des substances naturelles, il considère comme suffisante la simple prédestination de la matière à recevoir une série de perfections successives x). S. Thomas ramenant le problème de r apparition et de la disparition des formes purement et simplement à celui de l'actualisation d'une puissance dans un sujet préexistant, on peut dire que de ce côté encore il accentue lf esprit péripatéticien de sa synthèse.

20 La finalité du cosmos. La finalité domine la série de ces transformations, suivant la profonde interprétation que leStagirite a donnée de la nature. Jamais les docteurs du XIIIe s. n'ont considéré la nature comme un organisme, ayant son unité réelle et physique, à la manière des anciens, d'Aristote lui-même (p. 48). Interrogée sur le terme vers lequel évolue le cosmos, la scolastique trouve une réponse dans la relation du monde et de Dieu. La créature ne peut avoir d'autre fin que la gloire de son Créateur. Or, cette gloire se manifeste d'abord dans la contemplation, par l'Intelligence infinie, du spectacle du cosmos ; elle se manifeste aussi dans la connaissance que des êtres intelligents, autres que Dieu, obtiennent à la vue de l'ordre merveilleux de l'univers. Ainsi se trouve résolue une énigme qu' Aristote pose,mais ne résout pas : Comment Dieu est-il cause finale du monde matériel ?

') 5. Contra Getitiles, L. III, c. 22.

295. Substances célestes et terrestres. — L'astronomie physique et mécanique, la théorie du corps sublunaire et de l'action du ciel sur la substance terrestre s'inspirent d'un postulat vicieux que la scolastique emprunte à Aristote (51) : la supériorité en perfection de la substance astrale sur la substance terrestre.

i° La substance céleste est supérieure par sa constitution et par son mouvement.

a) Elle est immuable, car le ciel n'est pas le théâtre de la génération et de la corruption. Albert le Grand, S. Thomas, Duns Scot expliquent ces propriétés cosmologiques, en disant que les corps célestes sont, à la vérité, composés de matière et de forme , comme les corps terrestres, mais que ces deux éléments y sont indissolublemeni unis l'un à Vautre. Dès lors, comme la matière ne se dépouille d'une forme que pour en revêtir une autre (corruptio unius est generatio alterius), le corps céleste ne peut ni naître ni disparaître. D'autres scolastiques, moins nombreux, ont recours à une hypothèse plus radicale et reconnaissent aux astres une essence simple, exclusive de matière*}. De l'immutabilité de l'astre les scolastiques ne concluent pas, comme Aristote, à son éternité, leur système en cette matière étant fonction de leur doctrine sur la création (293,2°). Mais ils affirment l'unicité du type sidéral, la forme existant seule ou déterminant toute la matière qu'elle est susceptible d'informer.

b) Le mouvement étant pour les physiciens du moyen âge une manifestation nécessaire de l'essence du corps, toute substance spécifique doit posséder un mouvement spécifique : c'est la théorie du mouvement et du lieu naturels, une des contreparties de la mécanique moderne. Cela revient à dire que, déplacé par une cause efficiente, le corps détermine et dirige son mouvement local, conformément à sa nature, et se déplace vers un lieu qui lui est naturel. Le corps céleste, de constitution supérieure à celle du corps terrestre, se déplace suivant un mouvement plus noble,

') Cf. P. Tedeschini. Dissert, historica de corpore simplici quoad essentiam (dans Institut, phi losoph. de Palmieri, III, 321 et suiv.) qui contient des erreurs et des exagérations.

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à savoir le mouvement circulaire. On explique le mouvement des étoiles fixes par la rotation de sphères concentriques, celui des planètes" par diverses hypothèses : les cycles homocen triques, les excentriques ou les épicycles.

Qui donne le branle aux sphères ? Ce ne sont pas des âmes astrales, formes intelligentes et divines (Aristote). Thomas d'Aquin admet que des moteurs intelligents, extrinsèquement unis aux sphères, leur impriment un mouvement de giration *).Au sujet de cette astronomie géocentrique, enregistrons cet aveu significatif de S. Thomas qui infirme mainte accusation portée contre la scolastique (v. quatr. Période). Parlant du mouvement des planètes, il dit : « Licet enim talibus supposition ibus factis apparentia salvarenturf non tamen oportet dicere has suppositiones esse veras, quia forte secundum aliquem alium modum no.ndum ab hominibus comprehensum apparentia circa stellas salvantur. » a)

2° Le corps terrestre ou sublunaire. On s'en réfère à Aristote pour la théorie des quatre éléments, de leurs qualités, et du mouvement rectiligne, indice de leur nature inférieure.

3° L'action du ciel sur la génération et la corruption des corps sublunaires est interprétée comme chez Aristote 3). Elle explique l'importance outrée que le moyen âge reconnaît aux astres et la vogue de plusieurs arts qui étudient leur influence : de la magie qui interroge les pouvoirs occultes du ciel ; de l'astrologie qui scrute l'autorité gubernatrice des astres; de l'alchimie qui cherche à substituer au cours ordinaire des transformations terrestres un mode artificiel dont l'homme fût le maître, et à diriger la mystérieuse puissance que possède le ciel de faire passer la matière première par toutes les formes sublunaires.

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