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V. — PSYCHOLOGIE

296. Place et ordre des questions. — Suivant la classification scolastique, la psychologie forme un chapitre de phy-

') Ad hoc autcm quod moveat, non oportet quod uniatur ei ut forma, sedper contactum virtutis, sicut molor unitur mobili. S. Theolog., I, q. 70, a. 3. — *) In lib. II de cœlo et mundo, lect. XVII. Cf. S, Theolog., ia P., q. 32, a. 1, ad 2. — *) S. Thomas, S. Théo/., 1», q. 115, a. 3.

sique, mais le plus important, car rhomme^est microcosmosf et point central de la nature. L'avènement complet de la psychologie coïncide avec l'apogée de l'esprit philosophique au xni* s. Aux dissertations fragmentaires et incohérentes de la période

comme la nutrition et la reproduction ; — les fonctions cognitives ; — les fonctions appétitives. On s'occupe surtout des deux derniers groupes, qui résument la vie psychique. Et comme tous j

les docteurs, au nom de leur spiritualisme, distinguent les phénomènes psychiques en deux ordres irréductibles, Tordre sensible et suprasensible, il y aura lieu d'introduire cette division dichotomique dans l'étude de la connaissance et de l'appétition. Reprenons ces classifications.

298. La connaissance en général. — Un des interprètes autorisés de la scolastique, le P. Kleutgen x), ramène à trois ses principes généraux sur la nature et l'origine de la connaissance, tant sensible qu'intellectuelle :

i° L'objet connu est, dans le sujet connaissant, un mode d'être du sujet connaissant. « Cognitum est in cognoscente, secundum modum cognoscentis. » C'est l'application d'un principe plus général : « receptum est in recipiente secundum modum recipientis. »

20 La connaissance se forme dans le sujet connaissant suivant une image représentative de l'objet connu. « Omnis cognitio fit secundum similitudinem cogniti in cognoscente. »

30 Cette représentation est engendrée par le concours du connu et du connaissant. Ce concours garantit l'objectivité réelle de nos connaissances.

299. La connaissance sensible. — i° Formes diverses (53). Aux sens internes on ajoute l'estimative de l'animal ou la cogitative de l'homme, qui instinctivement chez le premier, sous la direction de l'intelligence chez le second, apprécie les rapports concrets utiles ou nuisibles. Vaguement signalée par Aristote, cette fonction fait l'objet de longs commentaires chez les Arabes, et c'est d'eux que s'inspirent les docteurs du XIIIe s.

20 Siège et nature de la sensation. Le siège de la sensation est l'organisme, c'est-à-dire le corps informé par l'âme. Sous l'in-

') Kleutgen, La Philosophie scolastique (trad. franc.), t. I, pp. 30 et suiv. Paris, 1868.

fluence d'un double courant d'arabisme, issu, le premier du mont Cassin (p. 140), le second des écoles arabes d'Espagne (p. 242), les philosophes occidentaux s'étaient habitués à envisager le côté physiologique de la sensation ; plus d'un même s'était laissé entraîner à des conclusions voisines du matérialisme. Les scolas-

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psychique, la scolastique, à la suite d'Aristote, développe la théorie du médium (p. 52).

Les grands scolastiques, Thomas et Duns Scot, pour rien point citer d'autres, exposent dans leur pureté les lois génétiques de la sensation ; ils établissent une distinction nette entre l'immutatio psychique de l'objet sur le sens, et les phénomènes physiques qui se consomment dans le médium. Mais nombre de leurs prédécesseurs et de leurs contemporains se sont laissé égarer par les fausses représentations que se faisaient de « l'espèce sensible » certains commentateurs d'Aristote. Pour ceux-ci l'espèce impresse n'est pas un déterminant psychique, une action produite par l'objet et reçue dans la faculté, mais une miniature de la chose extérieure, une image minuscule qui se reproduit en traversant le milieu intermédiaire entre l'objet et l'organe, un substitut de la réalité , qui finalement entre en contact avec F organe sensible, est intussuscepté, et provoque la connaissance.

Après qu'elle a disparu du champ de la conscience, la sensation laisse une trace, une image (phantasma). Celle-ci revit dans l'imagination, et son rôle principal est de contribuer, en l'absence de l'objet, à la production de la pensée.

300, La connaissance intellectuelle, i° Nature et objet. — La scolastique est péripatéticienne dans ses théories sur la nature de l'acte intellectuel et sa différence essentielle avec la sensation : tandis que le sens ne connaît que le particulier et le contingent, l'intelligence atteint les réalités soit substantielles, soit accidentelles, en les dépouillant des caractères individuants dont sont affectées les choses sensibles (abstraction). Parce qu'abstrait, l'objet du concept est susceptible d'être universalisé, ou d'être rapporté à un nombre indéfini de sujets individuels.

L'intelligence peut tout connaître, grâce à ce processus abstractif. Mais la quiddité des choses sensibles est son objet approprié et naturel ; ce n'est que par des procédés analogiques et négatifs que nous saisissons la nature de l'âme et des êtres suprasensibles.

Seule, l'existence du moi est une donnée intuitive, impliquée dans toute activité consciente, suivant le mot de S. Augustin : ipsa (anima) est memoria sui.

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tique, indispensables à la génération de la pensée. On aban- ,

donne la théorie de S. Augustin qui méconnaît à la sensation i

cette influence causale '). S. Thomas critique l'idéogénie de Platon et déclare insuffisant le rôle qu'il assigne à l'objet (excitant animam intellectivam ad intelligendum) a). Du même coup sa critique atteint l'explication des augustiniens. Les scolastiques •

ne s'accordent pas moins à soutenir, à l'encontre des philosophes arabes, que les principes de la pensée sont internes à l'âme, et î

ils réfutent l'existence séparée de l'intellect agent ou de l'intellect agent et de l'intellect possible. Mais on discute sur le rôle respectif des deux intellects et du phantasma.

Suivant Thomas d'Aquin et Duns Scot, c'est la réalité sensible qui agit sur l'entendement par l'intermédiaire du phantasma, mais celui-ci n'exerce qu'une causalité instrumentale, et conjointe à l'efficience d'une faculté immatérielle, l'intellect agent. Grâce à ce concours d'une force supérieure, l'image sensible, — et en dernière analyse l'objet extérieur — provoque la mise en œuvre de l'entendement passif (species intelligibilis impressa) , mise en œuvre qui se traduit par l'activité immanente dans laquelle se parachève la représentation cognitive proprement dite (species intelligibilis expressa) 3). Notons que dès le début du XIIIe s. s'accrédite chez un grand nombre de scolastiques la fausse théorie du «phantasma spiritualisé » (p. 291); elle implique une notion erronée de F espèce intelligible, solidaire de l'inexacte conception de l'espèce sensible, signalée plus haut. Cette solution du problème idéologique, qui conduit au renversement du spiritualisme scolastique9 a provoqué des malentendus séculaires (v. p. 1.).

301. L'appétit sensible et rationnel. — Une loi générale domine la vie appétitive : « Nihil volitum nisi cognitum ». Toute appétition présuppose la connaissance de l'objet appété.

') Mathieu de Aquasparta est un des rares scolastiques qui reprennent l'idéologie augustinienne pure et simple (258). — *) 5. Theolog., I, 84, 6. — 3) Cette terminologie se rencontre chez les contemporains de S. Thomas. Celui-ci entend le plus souvent par species la species i m pressa ; la species empressa sf appelle de préférence verbum.

L'appétit sensible est ta tendance de l'organisme vers un objet concret, présenté par les sens comme un bien concret. L'intensité de l'appétition donne naissance à des passions sensibles : champ fécond d'observations et de classifications, où le génie scolastique s'est donné libre carrière.

L'appétit rationnel ou la volonté est consécutive à la présen-

2° Dans la dépendance de l'acte volontaire vis-à-vis de Pacte intellectuel, La mise en œuvre de la volonté est nécessaire en face du bien absolu présenté par l'intelligence, elle n'est libre que si le bien présenté est contingent, et dès lors insuffisant pour assouvir la volonté. Même le libre choix d'un bien particulier présuppose l'irrésistible tendance vers le bien en général perçu par l'abstraction.

30 Dans l'étendue du pouvoir normal de l'intelligence. L'illumination spéciale, qui suivant quelques s colas tique s soustrait à l'empire du savoir normal l'acquisition de certaines vérités (v. p. ex. 244, 30 et 323), est incompatible avec l'intellectualisme thomiste.

40 Dans le rôle moral de l'intelligence et du vouloir, et dans l'acte qui assure la prise de possession de la béatitude.

Au reste, l'intellectualisme de Thomas d'Aquin se répercute, par analogie, dans l'étude de la vie divine et angélique, tout comme le volontarisme applique à ces mêmes êtres ses théories sur la volonté dans l'homme.

303. La nature humaine (54). — i° L'âme, forme substantielle du corps. C'est l'homme, et pas seulement l'âme, qui est l'objet propre de la psychologie scolastique. Or l'homme est un composé substantiel, dont l'âme est la forme substantielle, le corps, la matière première. Ainsi se trouve établie la solidarité des deux éléments constitutifs de notre être, et leurs rapports sont régis par la théorie générale de l'hylémorphisme (286). C'est ainsi que l'âme confère au corps sa perfection substantielle, son acte d'existence, sa vie, et qu'elle est dans la nature humaine (id quod agit) le principe formel (id quo agit) des activités. Le XIIIe s. a définitivement renoncé aux doctrines augustiniennes de la période précédente *).

') On maintient la théorie du spirituslphysicus, léguée au moyen âge par l'antiquité grecque ; mais ce spiritus n'est plus, comme chez Alain de Lille par exemple, un troisième facteur, servant de trait d'union entre l'âme et le corps; il n'est pas identifié non plus avec l'âme humaine, comme dans la psychologie matérialiste de la Renaissance ; il émane du principe informant, et dispose la matière brute aux activités de la vie inorganique.

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30 Le créatianisme. Les hésitations de S. Augustin entre le traducianisme et le créatianisme des âmes avaient trouvé un écho jusqu'au XIIe s. Mais à partir du XIIIe s., les scolastiques sont unanimes à reconnaître que seule l'intervention directe et quotidienne du Créateur peut appeler à l'existence les âmes destinées à animer les corps des enfants. Est-il besoin de faire observer que le créatianisme n'a rien de commun avec la doctrine platonicienne de la préexistence des âmes, ni avec le système d'Aristote, qui soumet le corps humain et l'intellect possible aux lois de la génération naturelle, tandis qu'il attribue à l'intellect actif une origine extrinsèque (OupaGev) mal définie ?

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