V. Travaux sur la poésie : La Poétique (rc. Trowjrixyfc
Les travaux d'Aristote furent édités dans l'antiquité par Andronicus de Rhodes (20 tiers du ior s. av. J.-C). Parmi les éditions modernes, citons celles de Didot et de l'Académie de Berlin (1 831-1870).
Sur Aristote, voir Zeller, op. cit. II, 2 ; Boutroux, Etudes d'histoire de philosophie. Aristote (Paris 1901) ; Piat, Aristote (Paris, 1903).
33. Caractères généraux de la philosophie d'Aristote. — i° Aristote met en pleine valeur le savoir spéculatif, qu'il ne subordonne en rien, comme Socrate et Platon, aux besoins de la vie morale. Tous les hommes, dit-il, en ouvrant sa Métaphysique, ont le désir naturel de savoir, en dehors de tout intérêt. r
20 Le style diffus et imagé de Platon fait place chez Aristote a une langue concise et lapidaire, dont la concision nuit parfois à l'intelligence facile du texte.
30 Aristote a le respect des idées d'autrui. Il se fait un devoir de les étudier scrupuleusement. On peut l'appeler le premier historien de la philosophie. De fait le premier livre de la Métaphysique est un exposé des doctrines philosophiques depuis Thaïes jusqu'à Platon. Les lacunes de la méthode historique d'Aristote s'expliquent par le but qu'il assigne à l'histoire de la philosophie : celle-ci ne doit pas être cultivée pour elle-même, mais dans la mesure où elle contribue à la découverte de la vérité.
4° Il élabore un système philosophique complet, basé sur la double méthode analj-tique et synthétique.
Le procédé d'observation, inauguré par Socrate, timidement appliqué par Platon, est établi sur des bases scientifiques. Aristote est avant tout un observateur de la nature ; il a ce culte du fait dont la science moderne se fait gloire. Astronomie, météorologie, botanique, zoologie, biologie, physiologie, politique et histoire politique, histoire littéraire et archéologie, philologie, grammaire, rhétorique, poétique : il pratique toutes les sciences particulières de son temps ; et plus d'une a reçu de lui sa constitution même ou son organisation définitive. Il veut posséder tous les éléments du savoir, parce qu'il veut expliquer la nature dans son ensemble.
En effet, après avoir rassemblé ces immenses matériaux qui font de lui le premier savant de l'antiquité, Aristote a construit une synthèse générale, explicative de la totalité des choses, et qui permet de le tenir pour le prince de la philosophie antique. Tout ce qui est, est objet de la philosophie ou de la science, au sens élevé qu'il donne à ce mot (34, 35) ; et de la sorte ses recherches encyclopédiques sont ramenées à un triple unité supérieure qui servira de base à la classification de la philosophie théorique.
^ Aristote est homme de science et philosophe excellemment ; il réunit en lui deux tempéraments qui se compénètrent dans le génie. Si on excepte quelques défaillances, on peut dire que tout se tient dans cette vaste synthèse. Tandis que les contradictions abondent chez Platon, l'ordre rigoureux et l'unité logique dominent l'œuvre d' Aristote. Celui-ci ne dépasse pas seulement son maître de toute la hauteur qui sépare une philosophie pétrie de réalité d'une philosophie hantée d'abstraction, il prend place, en dehors de tout classement chronologique ou national, au rang des grands penseurs qui illustrent l'humanité. Au demeurant, l'histoire a fait justice à son génie, car personne n'a exercé une dictature égale à la sienne.
34. Division de la philosophie. — La philosophie, ou la science par excellence, est la recherche des principes et des causes (Métaph . , I, 1 , 98 1) ; ou encore : l'étude de ce qu'il y a de
nécessaire dans les êtres. Et, en effet, il n'y a de science que de l'universel. Aristote a indiqué divers modes de diviser la philosophie. Le plus célèbre est la classification des sciences philosophiques en théoriques, pratiques et poétiques, suivant que le terme du savoir est la pure connaissance spéculative, la conduite (7rpà£c;) ou la production extérieure (irotipt*)-
La philosophie théorique se subdivise et comprend : i° La physique, ou l'étude des choses corporelles, sujettes au changement (moi iytùftiaroi fxcv iXV ovk àxivrira). — 2° La mathématique, ou l'étude de l'étendue, c'est-à-dire d'une propriété corporelle non sujette au mouvement et considérée, par abstraction, à part de la matière (tr. axivyjra plv ov ^«piarà <Tïa&>;, iXX w; èv 3Ar,). — 3° La métaphysique, appelée théologie ou philosophie première, ou l'étude de l'être dans ses déterminations incorporelles (par abstraction ou par nature) et immobiles (tt. xwoiorixaî ctxi'vmra).
La philosophie pratique comprend Y éthique, Y économique et la politique, la seconde se rangeant souvent avec la troisième.
Il est difficile de faire rentrer les traités mêmes du Stagirite dans cette classification, à raison du désordre dans lequel plusieurs sont arrivés jusqu'à nous. D'ailleurs elle ne fait pas place à la Logique, le vestibulum de la philosophie, qu' Aristote a longuement étudiée. Nous reprendrons la division indiquée, en y ajoutant comme préliminaire la logique, et nous étudierons successivement : i° La logique ; 2° la philosophie théorique : a) la métaphysique et la théodicée qui s'y rattache ; b) la mathématique ; c) la physique générale et spéciale ; 30 la philosophie pratique : a) l'éthique ; b) la politique ; 40 la poétique.