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VII. — ESTHÉTIQUE

306. Sa place dans la scolastique. — Au groupe des sciences qui règlent la production des choses extérieures, on pourrait rattacher l'esthétique; mais la scolastique ne l'a pas fait, parce qu'elle n'a pas consacré de traités spéciaux, ni réservé une place à part à l'étude de la beauté. Les pensées qu'on trouve à ce sujet sont disséminées parmi des études de métaphysique ou de psychologie, ou bien dans des commentaires, notamment dans les commentaires du traité « des noms divins » du Pseudo-Denys.

307. Problèmes esthétiques (57). — Le beau est une notion complexe, une impression (aspect subjectif) ayant sa cause dans un objet approprié à le produire (aspect objectif) a).

1) Cette impression se décompose en une contemplation désintéressée de la faculté intellectuelle, suivie d'une jouissance spéci-

') L'individu n'est pas pour l'État, mais l'État pour le bien des individus. Willmann rapproche cette théorie du réalisme modéré de la scolastique, op. cit., t. II, p. 438. — *) Pulcra enim dicuntur quae visa placent ; unde pulcrum in débita proportione consista. S. TheoL, I, 4, ad i.

368 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.

tout, la scolastique n'est pas un système moniste. Le dualisme de l'acte pur (Dieu) et des êtres mélangés d'acte et de puissance (créatures) fait de la scolastique l'irréductible ennemie de tout panthéisme. Les compositions de matière et de forme, de l'individuel et de l'universel, les distinctions entre la réalité du sujet connaissant et celle de l'objet connu, entre la substance de l'âme bienheureuse et celle du Dieu qui assouvit ses facultés — sont autant de doctrines incompatibles avec le monisme. La théodicée de la scolastique est créatianiste et personnaliste. Sa métaphysique de l'être contingent est à la fois un dynamisme modéré (l'acte et la puissance, la matière et la forme, l'essence et l'existence) et une franche affirmation de 1' individualisme. Ce même dynamisme régit l'apparition et la disparition des substances naturelles ; à un autre point de vue, le monde matériel reçoit une interprétation évolutionniste et finaliste. — Rappelons, en outre, que la psychologie scolastique est spiritualité et non matérialiste; expérimentale et non aprioriste ou idéaliste ; objectiviste et non subjectiviste : la définition même de la philosophie implique la possibilité pour l'intelligence de saisir une réalité extramentale. Etayée sur les données de la psychologie et de la métaphysique, la logique met en honneur les droits de la méthode analytico-synthétique. Quant à la morale, elle emprunte à la psychologie la plupart des caractères qui la distinguent ; elle est eudémoniste et libertaire.

On pourrait multiplier les points de vue, retourner la synthèse scolastique en d'autres sens, et l'on trouverait pour la définir, d'autres caractères intrinsèques. Une définition intégrale les devrait tous embrasser. Tous d'ailleurs sont solidaires et se complètent ; il doit en être ainsi, puisque les divers départements doctrinaux que ces caractères atteignent sont réliés entre eux dans une intime unité organique.

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