‹ Histoire de la philosophie mediévaleChapitre 132 sur 241 · Caractères doctrinaux du thomisme. — 1) Soli · texte numérisé non relu

Caractères doctrinaux du thomisme. — 1) Soli

daritè doctrinale. On est frappé, dans la synthèse thomiste, de V étroite solidarité doctrinale, du rigoureux enchaînement des idées constitutionnelles : tout y est apparenté. C'est pour cette

raison que le thomisme demeure une des formes les plus puissantes de la philosophie scolastique.

2) Innovations. Cette solidarité doctrinale est réalisée par une entière mise en valeur des théories communes et fondamentales, et par l'introduction d'une série de théories nouvelles qui tendent à renforcer la cohésion du système scolastique. Par ces théories nouvelles Thomas brise avec la tradition de l'ancienne scolastique : il accentue les rapports de la philosophie el de la théologie ; à la pluralité des formes il oppose l'unité du principe substantiel ; à la théorie des rationes séminales, révolution passive de la matière ; à la composition hylémorphique des sttbstances spirituelles, la doctrine des formes subsistantes ; à la théorie augustinienne de ridentité de la substance de Vâme et de ses facultés, celle de leur distinction réelle ; au volontarisme des augustiniens , une conception intellectualiste de la vie psychique.

C'est dans ces innovations doctrinales et dans t intelligence profonde des théories communes qu'il faut chercher le côté génial de l'œuvre philosophique de Thomas d'Aquin x).

Il est franc et entier dans ses théories nouvelles, et poursuit leur repercussion dans tous les sens. Par là il s'élève au-dessus d'Albert son maître, et de Bonaventure son ami 3). En même temps, il est modéré. Dans son commerce scientifique il n'impose pas ses théories par la raillerie mais par la persuasion ; et des adversaires comme Peckham rendent témoignage de son attitude digne et pacifique au milieu des plus bruyantes controverses 3).

') On a souvent remarqué avec quelle insistance Guillaume de Tocco, un disciple du Docteur angélique, a accentué ces allures novatrices. « Erat enim novos in sua lectione movens articulos, novum modum et clarum determinandi inveniens et novas reducens in déterminât tonibus rationes, ut nemo qui ifisum audisset nova docere et novis rationibus dubia dejinire, dubitaret, quod eum Deus novi luminis radiis itlustraret, qui statim tam certi coefiisset (esse) judicii, ut non dubitaret, novas opiniones docere et scr ibère, quas Deus dignatus esset, noviter inspirare. » Acta SS. VII martii, n. 75. — ') Comparez p. ex, la théorie de l'unité des formes chez Albert et S. Thomas ; la doctrine hésitante de S. Bonaventure sur la distinction de Pâme et de ses facultés et la franche position de S. Thomas. — ') V. un essai de reconstitution — historique mais un peu fantaisiste — de la scène à laquelle nous faisons allusion

370 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.

On a cru découvrir dans les premières œuvres de Thomas d'Aquin des influences de l'ancienne scolastique auxquelles il aurait obéi avant de suivre sa voie personnelle (v. p. 341). Qtte \

Thomas ait adopté dans sa première jeunesse renseignement de ses maîtres (il avait dix-huit ans quand il suivit Albert à Cologne), la chose est fort naturelle. Ce fait est intéressant pour établir lu « psychologie » du Docteur angélique, mais ne change en rien te sens de sa synthèse définitive .

3) Esprit peripatéticien . Bien qu'il soit personnel dans ses innovations et éclectique dans le détail, le génie du Docteur angélique est le plus voisin de celui d'Aristote. Mais loin de suivre les averroïstes dans leur aveugle abdication de la pensée personnelle, il proclame que V argument d'autorité est le dernier

des arguments (locus ab auctoritate est infirmissimus). Thomas

a élargi le péripatétisme ; il a développé ses doctrines dans le sens d' un indhridjialisine très prononcé, tandis que Duns Scot leur donnera une interprétation plus réaliste.

310. Sources et Bibliographies. — Guillaume deTocco, qui connut personnellement beaucoup de circonstances de la vie de S. Thomas, a laissé une biographie, utilisée ds vie de S. Thomas des Bollandistes, Acta Sanctorum VII mart. ; Quétif et Echard ; de G root, Het Leven van dcn ht. Th. v. Aquino, Utrecht, 1882. On annonce une vie de S. Thomas ds la collect. Les grands philosophes.

On possède deux anciens catalogues des œuvres de S. Thomas. Sur le premier ou le catalogue de Stams v. p. 318. L'autre, rédigé d'après les déclarations d'un témoin du procès de canonisation, est publié par Baluze, Vitae paparum Avenionensium (Paris, 1693), t. Il, p. 7. Gf. les dissertât, de de Rubeis ds seconde édit. de Venise.

Les œuvres complètes de S. Th. ont reçu de nombreuses éditions. Parmi les anciennes, citons celle de Rome en 1570 (édit. de Pie V), celles de Venise en 1592, d'Anvers (161 2), de Paris (1660), de Venise (1787). En 1852, ses œuvres ont été rééditées à Parme, et en 1882, sous les auspices de S. S. Léon XIII, une nouvelle édition a été entreprise à Rome par les Dominicains. T. I. Gomment, sur le Perihermen. et les analyt. poster. (1882) ; t. II sur la Physique (1884) ; t. III sur le de coelo et mundo, de générât, et corrupt., météorologie. (1886) ; t.IV-XI Summa Theolog., jusqu'à la quest.LIXde la Pars tertià( 1888- 1903) avec les commentaires de Gajetan. Il existe de nomb. édit. partielles, notamment de la S. Theolog., et il faut renoncer ici à les citer, de Maria a publié en 3 vol. les Opuscula philosoph. et theolog. et les quodlibet (i886,Città di Castello); M. Thiéry,

dans les Annales Dominicaines (5 Mars 1904) : S.Thomas d'Aquin, un épisode de sa carrière universitaire à Paris, par M. Delcngre (pseud. du P. Jacquin). Gf. 311.

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