LES CONDAMNATIONS DU THOMISME
ment soumis ses thèses à la censure de la Faculté, « donec ipse omnes positiones suas, quibus possit imminere correctio, sicut doctor humilis subjecit moderamini Parisiensium magistrorum » \) Il faut en rabattre de cette version. Bartholomée de Capoue, appelé dans le procès de canonisation de S. Thomas, reconstitue autrement la scène. Peckham aurait exaspéré S. Thomas et celuici, à ses excès de langage, n'aurait opposé que des paroles de douceur et d'humilité 3).
De même on possède une lettre du dominicain R. Kilwardby à son confrère, Pierre de Conflans, archevêque de Corinthe, dans laquelle il est question des inconvénients multiples qu'entraînent les doctrines nouvelles.
20 Les hostilités contre le thomisme aboutirent aussi à une série de proscriptions officielles. L'histoire de ces condamnations forme une des pages les plus mouvementées des annales universitaires de Paris et d'Oxford.
312. Condamnations du thomisme. — i° A Paris. Dès 1270, dans l'enquête qui précéda la condamnation averroïste du 10 décembre (344), on avait songé à impliquer deux théories chères à S. Thomas, l'unité des formes substantielles dans une de ses applications théologiques, et la doctrine de la simplicité des anges 3). Cette même année, en effet, dans sa 3me dispute quodlibétique, Thomas avait soutenu presque toutes les théories neuves par lesquelles il se sépare de l'ancienne scolastique.
L'intrigue n'aboutit pas, mais sept années plus tard on voit s'exécuter un plan similaire. Le 18 janvier, Jean XXI, à qui on avait fait rapport sur les erreurs averroïstes enseignées à Paris, chargea l'évêque de Paris, Etienne Tempier, de procéder à une enquête. Celui-ci, après avoir convoqué une assemblée de maîtres de théologie, se hâta (7 mars 1277) de condamner 219 propositions relatives avant tout à l'averroïsme (344), mais dont plusieurs frappent des doctrines thomistes, notamment la
') Chartul., I, 634. — ') Ibid.> 635. — 3) On doit ce renseignement à Gilles de Lessines (3x3).
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théorie du principe d'individuation (thèses 81, 96, 191)'). Comment fit-on à S. Thomas l'injure d'associer ses doctrines à celles des averroïstes ses adversaires, et de les menacer des mêmes pénalités, au nom des mêmes considérants ? Cette condamnation est avant tout une revanche des anciens scolastiques ou augustiniens, mais il est probable que d'autres adversaires de Thomas, les partisans de Guillaume de S. Amour, de Nicolas de Lisieux, de Gérard d'Abbeville, ont, eux aussi, usé de leurs influences pour frapper de suspicion un des plus redoutables défenseurs des droits des ordres mendiants.
Les condamnations d'E. Tempier n'avaient force obligatoire que pour l'université et le diocèse de Paris. Mais elles ne constituent pas un fait isolé, et font partie d'un plan de campagne plus vaste, dont les ramifications s'étendent à Oxford.
20 A Oxford. Oxford, placé sous la juridiction de l'archevêché de Cantorbéry, fut le centre d'oppositions non moins vives contre le thomisme. Les partisans de l'ancienne scolastique a)rant eu, comme chefs successifs, deux archevêques, le dominicain Robert Kilwardby et le franciscain John Peckham, les documents du temps purent leur donner le nom de « Cantuarienses » 2).
a) Le 18 mars 1277, quelques jours à peine après le décret d'Etienne Tempier, Robert Kilwardby, archevêque de Cantorbéry, qui, chez les Dominicains anglais, avait mené campagne contre les doctrines de S. Thomas, fit censurer à son tour par les maîtres de l'Université d'Oxford, une série de thèses grammaticales, logiques et physiques. Parmi ces dernières (in naturalibus) les principales sont relatives aux théories thomistes de la
') La 96e erreur était ainsi conçue : Quod Dens non potest multiplicare individua sub una specie sine materia. Intéressante à noter l'erreur n° 7, qui est la condamnation de la psychologie platonicienne et augustinienne : Quod intellectus non est forma corporis, nisi sicut nauta navis, nec est perfectio essentialis hominis. Cf. n08 13, 14. (Opiniones ducentae undeviginti Sigeri de Brabantia, Boetii de Dacia aliorumque, a Stephano episcopo Parisiensi de consilio doctorum sacrae scripturae condemnatae. C/iarfu/., I, 543-560). — ') V. p. ex. le de unitatc format de Gilles de Lessines, p. 14 (éd. De Wulf) : € Sic arguunt cantuarienses».