PARTISANS DU THOMISME
la forme substantielle « ... istos igitur articulos haereses esse damnatas in se vel in suis similibus . . . denunciamus » .
Peckham s'élève non sans passion contre les profanas vocum vanitates de philosophes qu'il appelle elatiores quam capaciores, audaciores quam potentiores, garruliores quam litteraciores . Il veut revenir « à la solide et saine doctrine des fils de S. François, Alexandre de Halès et S. Bonaventure x) ». A une plaie cancéreuse, il veut apporter le baume de son intervention pastorale a). Il met en garde contre la « dangereuse » théorie de l'unité des formes — et par une ruse de guerre, il insinue que cette théorie pourrait bien être d'origine averroïste3). Il recommande, outre la pluralité des formes, les rationes séminales, les rationes aeternae, et la théorie de l'identité de la substance et des puissances de l'âme. «... Que quicquid docet Augustinus de regulis aeternis, de luce incommutabili, de potentiis animae, de rationibus seminalibus inditis materiae et consimilibus innumeris 4) ». Ce n'est pas la philosophie qu'il condamne, mais ses abus : « novitates (reprobamus) que contra philosophicam veritatem sunt in sanctorum injuriam citra viginti annos in altitudines theologicas introductae ». La lettre est du icr juin 1285. Les « nouveautés » ont donc été introduites depuis 1265 : une chronologie qui nous rapporte au second enseignement de Thomas dans la métropole universitaire.
§ 2. — Les partisans du thomisme
313. Dominicains. Gilles de Lessines. — Aux oppositions irréductibles répondirent des adhésions entières et inébranlables. Dans l'ordre dominicain les hostilités furent éphémères, et
'.) ChartuL, I. 634. — *) « Volentes huic cancerosae prurigini quam pot eri m us adh ibère pastoral is officii medicinam ». Ehrle, Zeitsch., 176. Suivant Peckham, même quelques franciscains se laissaient convaincre par les théories thomistes, ibid., 191. — s) « Nec eam credimus a religiosis personis, sed secularibus quibusdam duxisse originem cujus duo praecipui defensores vel forsitan inventores miserabiliter dicuntur conclusisse dies suos in partibus transalpinis. » Ehrle, op. cit., p. 175. Le P. Mandonnet a fort bien exposé le sens de cette insinuation, op. cit., p. cxxv. — *) ChartuL, I, 634.
378 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.
ne tardèrent pas à faire place à une admiration sans bornes pour Thomas d'Aquin. Quand, pour le défendre, Albert le Grand, octogénaire, prit le chemin de Paris, bien des animosités durent s'apaiser au couvent de S. Jacques. Fière de la réputation mondiale que s'était acquise le Docteur angélique, une assemblée générale du chapitre à Milan (1278) interdit la réaction dont le couvent d'Oxford était le centre *) ; une autre, tenue à Paris en 1279, enjoignit à l'ordre entier de se conformer aux doctrines de S. Thomas, sous la menace de fortes pénalités *).
Parmi les nombreux dominicains qui recueillirent les leçons de la bouche de S. Thomas, ou vécurent dans les dernières années du XIIIe s., il n'est pas, ce semble, de penseurs de premier ordre. De nombreux ouvrages de philosophie 3), non retrouvés 00 inédits, sont attribués à Bernard de Trilia (vers 1 240-1 292), Jean de Paris ou Quidort (mort 1306, notamment un traité contra corruptum Thomaè), Ptolémée DE LucQUES (dit luimême qu'il suivit les leçons de Thomas en 1272, ipsius auditor fui ; son de regimine principum est le complément du 1. II. de S. Thomas, auquel il ajoute les livres III et IV 4), Guillaume de Hotun, mort évêque de Dublin en 1298, Hugues, archevêque d'Ostie (mort en 1297, contra corruptionem Thomae), Bernard d'Auvergne, évêque de Clermont (fin du xme et comm. du xive s.), Guillaume de Mackelefield (mort en 1304). Bernard d'Auvergne prend la plume pour défendre le thomisme intégral contre les divergences d'idées de Godefroid de Fontaines et de Henri de Gand ; deux maîtres anglais, Guillaume de Mackelefield et surtout Robert d'Erfort, intrépide partisan de Thomas d'Aquin, écrivent, le premier contra Henricum de Gande quitus impugnat Thomam, contra corruptionem Thomae, le second contra dicta Henrici de Gande et contra primum Egidii. De son côté Thomas Sutton (fin xiii0 s.), probablement à Oxford, rédige un traité de concordia librorum Thomae 5).
') ChartuL I, 566. — ') Cf. Ehrlk, Archiv, etc. 605. Ces injonctions se répétèrent dans la suite. — 3) Publiés par Denifle, Quellen, etc. pp. 226-240. — 4) Quetif-Echard, Seriptores, I, 541. — 5) Denifle, op. cit., pp. 227, 233, 239. Un maître du nom de Jean le Teuton ique (plusieurs dominicains à la fin du