‹ Histoire de la philosophie mediévaleChapitre 145 sur 241 · HENRI DE GAND · texte numérisé non relu

HENRI DE GAND

augustinien traditionnel (p. 349), Henri greffe une théorie de Y illumination spéciale, qui nous ramène à D. Gundissalinus et à G. d'Auvergne. Par le travail spontané de l'intelligence nous connaissons les êtres, et dès lors nous pouvons atteindre le vrai. La nature suffit à ces acquisitions fondamentales du savoir humain, et Dieu n'intervient que par son concursus gêner alis '). Mais : « Aliud tamen est scire de creatura id quod verum est in ea, et aliud est scire ej'us veritatem » 2). Or, pour saisir la veritas des choses dans ses fondements suprêmes, c'est-à-dire le rapport transcendantal des essences intelligibles et des idées divines, Dieu doit octroyer à nos intelligences un surcroît de lumière. L'intelligence serait incapable de ce « retour synthétique » si, outre l'habilitation générale que lui donne le concours divin, une lumière spéciale, que Dieu donne à qui lui plaît, n'hypertrophiait son acuité native, en l'enveloppant d'une sereine clarté 3).

3) Henri de Gand est voluntariste. Les relations hiérarchiques de la volonté et de la raison, écrit-il, sont celles du maître et du serviteur, mais il n'en est pas moins vrai que le serviteur précède le maître et porte le flambeau qui doit éclairer sa marche 4). Les domaines des deux grandes facultés psychiques étant de la sorte bien démarqués, le philosophe gantois poursuit le voluntarisme dans toutes ses applications. Pour établir la supériorité de la volonté, un de ses arguments est le mode même suivant lequel la volonté se dépense : tandis que l'intelligence est passive avant d'être active (p. 3 5 9), la volonté est simpliciter activa, et l'exercice de son opération n'est subordonné à aucune détermination

') « Absolute ergo concedere oportet quod homo per suam an imam absque omni spécial i divina illustratione potest aliquae cognoscere et hoc ex puris naturalîbus... Dico autem ex puris naturalibus, non excludendo generalem influentiam primi intelligents, etc. » Summa ThcoL, I, 2, n. 11. — *) Ibid., n. 13. — ') « Nunc autem ita est quod homo ex puris naturalibus attingere non potest ad régulas lucis aeternac.non tamen ipsa naturaliaex se agere possunt ut attingant illas, scd il las Deus offert quibus vult et quibus vult substrahit. » Ibid. n. 26. Voir l'exposé détaillé de ces théories dans nos Études sur Henri de Gand, Chap. IV. — *) Quodl. I, 14, in fine.

intrinsèque du dehors. Dans la volition libre — à laquelle Henri consacre de fines analyses — tout comme dans la volition nécessaire, la présentation du bien, soit partiel soit complet, n'est que la condition sine qua non, non la cause, même partielle, de la mise en œuvre de la volonté.

325. Sources et Bibliographie pour l'art. IV. — Études de Ehrle, v. n° 240. Les lettres de Peckham sont publiées aussi ds Wilkins, Concilia magnat Britanniae et ffiberniat, II, 107 ; Registrum epistolarum J . Peckham, éd. Martin, III, 840. Quelques-unes ds Chartul. I. — Denifle, Ouellen z. Gelehrtengesch. d. Predigerord. v. n° 237. Nous avons publié le de unitate format de G. de Lessines, d'après deux mscrits de Paris et de Bruxelles, avec une étude. V. n° 240. — Stapper, Die Summulae logicales des P. Hispanus, Freiburg, 1897 et Pa/>st Johannes XXI (Kirchenhistor. Studien, IV, Munster, 1898). — A. Niglis, Sigervon Cour irai. Retirage zu seiner Wurdigung. Freiburg, 1903. Vie et analyse des œuvres. — De Wulf et Pelzer, Les quatre premiers quodlibets de G. de Fontaines. (T. II des Philosophes Belges, Louvain, 1904). Édit. critique d'après 4 mscrits, d'un texte « reporté ». Les quodl.V-XlV, rédigés par Godefroïd même, paraîtront sous peu (t. III et IV de la collection), ainsi qu'une étude approfondie sur le personnage (t. V), signée de divers auteurs. De Wulf, Études sur la vie, les œuvres et l'influence de G. de Fontaines, Louvain, 1904 (mém. cour, par l'Acad. de Belg.). — Les principales œuvres de G. de Rome existent en de très nombreuses éditions italiennes du xv° et surtout duxvies.; énumérèes par Werner, (v. ci-après) pp. 16 et 17 note. Cf. n° 344. La philosophie de G. de Rome devrait être remise à l'étude. Lajard, Gilles de ^//^(Hist.Littér. France, t. 30, pp. 421-566) ne traite que de la vie et des œuvres ; Werner, Der Augustinismus d. spàteren Mittelalters, Wien, 1883 (t. III de la collect. Die Scholastik d. spâteren Mittelalters) étudie surtout les doctrines de G. de Rome et de Grégoire de Rimini. Mais les jugements historiques de Werner sont peu sûrs. Un groupe d'auteurs (Nik. Kaufmann,etc.) publient en 1904 chez Herder : Aegidius Romanus de Colonna, Joh. Gersons, Dionys d. Karthaiisers u. y. Sadolets pâdagogische Schri/ten, trad. allem. — Les quodlibets de Henri de Gand ont été édités à Paris (1 518) et a Venise (1608, 161 3) ; la Somme Théologique à Paris (1520) et Ferrare (1646). Toutes ces édit. sont devenues très rares. Nous espérons donner une édit. crit. des deux œuvres dans la coll. Les Philos. Belges. De Wulf, Etudes sur Henri de Gand (1895). Recherches biograph. et exposé critique de ses doctrines. Cet ouvrage est extrait d'un volume plus considérable : Hist. de la Philos, sco/ast. ds les P. Bas et la Principauté de Liège jusqu'à la Révolut. frese (Louvain, 1895, mém. cour, par l'Acad. de Belg.).

326. Vie et Œuvres. — Jean Duns Scot naquit en 1274, d'après les uns, en 1266 d'après d'autres. On discute le

point de savoir s'il vit le jour en Irlande, en Ecosse ou en Angleterre : les probabilités sont pour la nationalité anglaise. Admis très jeune dans Tordre franciscain, D. Scot suivit à Oxford les leçons de Guillaume Ware qui, avec P. de Trabibus, annonce l'orientation nouvelle des études franciscaines ; il subit aussi l'influence de Roger Bacon, et l'esprit antithomiste de la place d'Oxford dut sans contredit inspirer plus d'une de ses critiques. Lui-même professa à Oxford en 1294, ou peut-être avant; de là il se rendit à Paris, en 1304. Déjà à Oxford, D. Scot défendait l'immaculée conception de la Ste Vierge, mais ce n'était point pour prendre en mains une cause qui lui était chère qu'il fit le voyage d'Oxford à Paris, ainsi que le raconte la légende. En 1308, D. Scot partit pour Cologne, sur l'ordre de ses supérieurs, et il y mourut la même année. Il avait environ trente-quatre ans.

D. Scot rédigea à Oxford ses commentaires d'Aristote (la logique, le traité de l'âme et la métaphysique, ce dernier traité ayant reçu deux commentaires ; on conteste l'authenticité des commentaires sur la physique) ; son grand commentaire sur le Livre des Sentences (opus oxoniensé) ; le de rerum principio ; les theoremata. Les ouvrages qu'il acheva à Paris furent recueillis par des disciples sous le titre Reportata Parisiensia ou Opus Parisiense. Ses Quodlibet (la dernière œuvre) sont les soutenances solennelles qui lui valurent à Paris le grade de docteur en théologie.

Page 1