Caractères généraux de sa philosophie. — 1° On
peut dire que Richard de Middleton, mort presque en même temps que D. Scot, mais sans avoir subi son influence, est le dernier représentant de l'ancienne école franciscaine. Il résulte, en effet, des lettres de Peckham, que déjà vers 1284, se manifestaient chez les Franciscains d'Oxford des velléités de faire une place plus grande à l'aristotélisme '). Mais ce fut D. Scot qui imprima aux études de l'ordre une orientation nouvelle.
') Ehrle, Zeitsch. etc., p. 191, et Arch. etc. V, 605.
396 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.
Il mit à la mode un péripatétisme sut generis, qu'il sut rendre original, même dans les théories de l'ancienne scolastique qui survivent dans sa philosophie. C'est ainsi que dans l'histoire de l'école franciscaine, les fractions philosophiques sont beaucoup plus accentuées que dans l'école dominicaine.
2° D. Scot est un démolisseur de systèmes. Il s'en prend à la plupart de ses contemporains, à S. Thomas, S. Bonaventure, Gilles de Rome, R. Bacon, R. de Middleton, G. de Fontaines, et surtout à Henri de Gand. Rarement il nomme ses adversaires, mais les familiers de ses controverses ne pouvaient se méprendre sur la personnalité visée1). Cette revue critique, toujours courtoise, devait assurer à l'enseignement de- D. Scot la vie et la popularité. Cependant l'étalage des opinions d'autrui, et le luxe d'arguments et de réfutations contribuent souvent à embrouiller la pensée propre du philosophe. La partie positive et constructive du système est moins développée que la partie négative et critique : il en résulte un déséquilibre qui nuit à la valeur de l'ensemble, et constitue un désavantage du scotisme sur le thomisme.
3° La langue diffuse et peu claire, des défauts dans la tnéthode d'exposition rendent pénible l'étude des ouvrages de la première période. Les Reportata marquent un progrès sous ce rapport ; mais dans tous les écrits de D. Scot, l'emploi abusif des distinctions, et l'équivoque de l'idée marquent un retour vers les controverses dialectiques, et contrastent avec la sobriété de langue et de pensée dont S. Thomas a le secret. Ses admirateurs ont appelé D. Scot le docteur subtil, mais la postérité a souvent interprété en mal un titre dont l'origine est flatteuse.
4° Dans ses commentaires de la pensée d'Aristote, D. Scot ne s'accorde pas toujours avec S. Thomas. Pas plus que lui cependant, il ne suit le Stagirite les yeux bandés, ainsi qu'on pourra s'en convaincre par un exposé succinct de la synthèse scotiste.
') Comme maint autre esprit critique, Duns Scot s'est adonné avec passion à l'étude des mathématiques sous l'influence principale de R. Bacon.
Au demeurant, cette synthèse n'est qu'une « nuanciation » de la grande synthèse scolastique, et si on remonte à ses principes, on délimite sans peine le fonds qui lui est commun avec le thomisme. Les Franciscains eux-mêmes l'avouent : « La divergence commence quand, de ce fonds commun, les deux docteurs cherchent à élargir le domaine de la science et de la vérité » x).
Quelles sont ces divergences principales ?