Principes généraux de la Physique. — i°D. Scot
renie franchement la théorie des rationes séminales, chère à l'ancienne école franciscaine ; il ébrèche le grand argument 2) sur lequel se basait S. Bonaventure pour admettre dans la matière une inductio formarum. Personnellement, dans le jeu combiné des trois facteurs qui concourent à la génération, D. Scot est tenté d'accentuer l'intervention divine (p. 352).
20 L'activité vitale est irréductible à la plasticité du corps dans lequel elle s'épanouit; elle révèle une perfection supérieure. Voilà pourquoi, à côté de la forme de matérialité, tout organisme a une forme vitale. D. Scot est plus large que Henri de Gand ; mais il n'admet pas la nécessité de multiplier les principes substantiels dans les mixtes (A. de Halès, Albert le Grand), et a fortiori dans les corps simples (S. Bonaventure).
334. Psychologie. — Quand on oppose D. Scot à S. Thomas, on accentue volontiers leur divergence en matière de psychologie ; il importe de ne pas oublier qu'ici aussi les deux chefs
') Vacant, op. cit., p. 452. — ') Neque est necessaria haec ratio seminalis ad vitandam créât ionem aut annihilât ionem. Report. Paris. L. II.Dist. 18, p. 354, t. XI. — Scot donne à la ratio seminalis un sens restreint et spécial.
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d'école souscrivent à des principes communs. Cette réserve faite, signalons les théories caractéristiques de la psychologie scotiste. Elles se rapportent à la nature de l'entendement et de la volonté, à la constitution intrinsèque de l'être humain et à l'immortalité de l'âme. La distinctio formalis a parte rei que D. Scot introduit entre l'âme et ses facultés, n'est qu'une application du système métaphysique exposé plus haut.
i° La faculté intellectuelle, a) Sa nature. Soucieux de garantir à l'entendement la perception immédiate de la réalité individuelle, D. Scot admet, outre la connaissance abstraite et universelle des choses, fruit du savoir distinct, une connaissance intuitive préalable, qui nous représente confusément l'être concret et singulier (species specialissima). Ce concept du singulier surgit au premier contact de l'intelligence avec le dehors et se forme parallèlement à la connaissance sensible d'un objet (Cf. 244, 258). On peut se demander en quoi le concept intuitif du concret diffère de la perception sensible ; et si la distinction qui les sépare ne porte pas plutôt sur un degré de clarté que sur la nature même du processus mental.
Ce n'est pas tout. Bien que, dans Vètat actuel de notre vie terrestre, les essences des choses sensibles soient le seul objet propre de notre entendement, leur intelligibilité n'épuise pas le pouvoir représentatif dont celui-ci est capable, si on le considère, d'une façon absolue, comme faculté cognitive. En effet, tout ce qui a Yétre en partage peut tomber sous les prises de l'intelligence humaine, le suprasensible aussi bien que le sensible x) ; et il appartient toujours à la volonté libre de Dieu, d'élargir la sphère d'action de notre nature (p. 403).
b) Genèse des concepts. Les connaissances les plus élevées, comme les plus humbles, doivent leur origine au même processus génétique, et D. Scot fait de sévères mais justes reproches à la
') «Objectum primarium potentiac assignatur illud quod adacquatur potentiae in ratione potentiac, non autem quod adacquatur potentiae ut in aliquo statu. » In I Sent. D. III, q. 3, n. 24 et 25. — Cf. Vacant, op. cit. (Ann. Phil. chrét. 1888, pp. 450 et suiv.).
théorie de l'illumination spéciale, enseignée par Henri de Gand et d'autres augustiniens x).
20 La prééminence de la volonté sur l'intelligence. Tandis que S. Thomas est « intellectualiste », D. Scot est « voluntariste ». La supériorité du vouloir se manifeste pour D. Scot :
a) Dans son attribut essentiel, la liberté. Tout vouloir est libre ; jamais la volonté ne subit l'action nécessitante de la présentation intellectuelle du bien. Même en face du bien universel, elle conserve son pouvoir d'autodétermination absolue, sa liberté d'exercice ; en effet, dit Scot, elle est maîtresse de se détourner de la présentation intellectuelle "). Henri de Gand maintient, avec S. Thomas, la distinction de la volition nécessaire et de la volition libre ; D. Scot la supprime. Nihil voluntas necessario vult.
b) Dans le mode d'exercice de la volonté, que D. Scot explique de la même manière que le docteur solennel (p. 393). La connaissance du bien est conditio sine qua non du vouloir, rien de plus. Si l'on excepte le concours général de Dieu aux activités de la créature, on peut dire que la volonté est cause unique et totale de ses déterminations. Pour Henri de Gand et D. Scot, la volonté est active, à la façon de l'intellect agent.
c) Dans son rôle moral. La volonté seule est sujet des vertus morales, car la vertu est un habitus electivus, et toute electio ressortit au vouloir. C'est aussi la volonté qui, par l'exercice parfait de son acte, nous procure la possession formelle de la fin dernière.
30 Lame et le corps 3). L'homme est un composé substantiel, et l'âme est la forme du corps. Mais outre l'âme intellective, il y a en nous une forma corporeitatis qui confère au corps sa perfection organique. Par cette multiplication de principes formels, D. Scot n'a pas voulu jeter un doute sur Y unité de l'être humain
') In I Sent. D. III, q. 4. — ') «In potestate voluntatis est avertere intellectum a consideratione finis (ultimi), quo facto voluntas non volet finem, quia non potest habere actum circa ignotum. * 0/>. cit., D. I, q. 4. — 3) Cf. Stôckl, op. cit., H', pp. 840 et suiv.
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ou sur la compénétration intrinsèque et immédiate de tous ses éléments constitutifs. Pour se convaincre de ce dernier point, il suffit de rappeler qu'il a vivement pris à partie les doctrines de son confrère, Pierre Olivi (259).
40 L'immortalité de rame. Plus singulière est l'opinion de D. Scot sur la vie future. Il croit, en effet, que la raison humaine ne peut démontrer péremptoirement l'immortalité de l'âme : la foi seule nous l'apprend avec certitude. D. Scot fait le procès aux preuves invoquées par le péripatétisme, et conteste leur force démonstrative.
Les doutes de D. Scot ont été recueillis par G. d'Occam, et plus tard l'avenroïsme et la philosophie de la Renaissance les ont exploités contre la scolastique. Mais il importe de remarquer que la thèse scotiste n'a qu'une portée négative. Le docteur subtil n'a pas songé un instant à étayer sur des arguments positifs la mortalité de l'âme. Voilà pourquoi son système n'a rien ftantiscolastiqtce, et diffère profondément du matérialisme, qui supprime l'immortalité de l'âme, ou de l'averroïsme qui lui donne une forme impersonnelle.
335. Conclusion. — C'est dans le « formalisme », qu'il faut chercher l'originalité et la clef de voûte de la philosophie de Duns Scot. Le formalisme nuance les doctrines péripatéticiennes, imprègne tout le système, et en même temps lui donne son unité. Par là aussi, D. Scot ne prend pas seulement position contre S. Thomas, mais encore contre les représentants de l'ancienne école franciscaine x). Enfin, c'est le formalisme qui l'entraîne dans ce luxe de notions métaphysiques auquel on fera de
') Nous souscrivons entièrement à ce jugement du P. Portalié sur les rapports du scotisme et de l'augustinisme : « On a dit souvent que Duns Scot, dans son opposition au thomisme, se meut « dans le sillage de l'augustinisme ». Ce n'est exact que dans un sens très large. Scot est, lui aussi, un péripatéticien. Sans doute il semble encore subir l'influence de quelques théories d'Augustin ; il défend la prééminence de la volonté sur l'intelligence et la pluralité des formes dans les êtres. Mais sont-ce bien là des principes fondamentaux de l'augustinisme? Est-ce même vraiment de l'augustinisme, au moins si Ton envisage l'aspect que donne à ces pensées le docteur subtil ?» Dictionn, ThêoL cath., aux mots : Développement historique de l'augustinisme, 1. 1, col. 2512.