Avènement de l'averroïsme antiscolastique
Averroès, qu'on appelle jusqu'à la fin du moyen âge le <c commentateur » par excellence, s'introduit dans le monde latin en même temps qu'Aristote ; il se fait accueillir partout comme le serviteur inséparable du maître dont il porte la livrée. Les Cornmenta d' Averroès sont interdits à Paris, en même temps que les ouvrages du Stagirite, et l'autorité les confond dans une même prohibition avec les livres de David de Dinant et d'Amaury de Bènes (228).
408 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.
Pas plus qu'à Aristote, les interdictions préventives de 1 2 1 o et de 121 5 ne ferment à Averroès la porte des écoles. Dès les premières décades du XIIIe s., son nom est sur toutes les lèvres ; la plupart des maîtres se méfient de ses doctrines, mais d'autres ont dû les adopter de confiance. En 1256, le pape Alexandre IV charge Albert le Grand d'écrire un traité ex professo de unitate intellectus contra Averroem : indice non équivoque, ce semble, que l'averroïsme est pleinement installé dans les milieux parisiens et mène contre la scolastique une guerre ouverte. Plus tard, l'averroïsme prend une attitude menaçante. Les condamnations ecclésiastiques entravent momentanément son essor, mais sans le briser ; il reparaît plus vigoureux aux siècles suivants.
Dans le camp même des scolastiques, plusieurs ne savent pas se défendre assez contre les infiltrations de l'averroïsme, et se ressentent de son commerce dans des doctrines particulières. (Chap. V)