LE PARTI DES OCCAMISTES OU DES TERMINISTES
il est juste de reconnaître que G. d'Occam n'a pas formulé ces conséquences dangereuses, dont plusieurs de ses disciples feront le credo d'une philosophie nouvelle (Chap. III, § 3). Quant à ses autres théories, elles partent des données communes, bien que de plus en plus s'altère la pureté doctrinale. De tout ceci nous concluons : G. d'Occam reste scolastique, mais ses innovations sont malheureuses, et les tendances générales de son système accusent la lente déperdition des forces de la scolastique.
379, Bibliographie. — Les comment, sur Sentences et les Quodlibets d'Auréolus sont édités à Rome en 1596 et 1605 ; les comment, de Durand ont reçu nombr. édit. au xvi« s. Sur Durand, Auréolus, et Oecam, v. Werner, DU Nachscot. Scholastik. Chaque chap. examine un groupe de doctrines.
Les Contm. sur Sentences d'Occam sont édités en 1483 et 1495 (Lyon) ; les Quodlibet en 1487 (Paris), 1491 (Strasbourg) ; les traités de logique ont reçu nombr. édit. à Paris, Bologne, Venise (xv° et xvi« s.). Sur Occam, v. ouvr. génér. de Stôckl, II", pp. 976 et suiv.,et dePRANTL, III, pp. 331 et suiv. (n° 125). Siebeck, Occaw's Erkenntnisslehre in tarer historischen Stellung (Arch. f. Gesch. d. Phil., 1897, pp. 317 et suiv.). Bon.
§ 3. — Le parti des occamistes ou des terministes.
380. Puissance de l'école terministe. Mesures prohibitives. — Les doctrines de G. d'Occam trouvent un puissant écho dans les écoles philosophiques de l'Université de Paris aux XIVe et XVe s. Du vivant même de son fondateur, l'occamisme x) constitue un parti qui rallie de nombreux suffrages. Pour en avoir d'irrécusables témoignages, il suffit de relever, et la longue série de ceux qui souscrivent à la philosophie du venerabilis inceptor, et les tentatives nombreuses faites par les autorités pour endiguer la marche du flot montant.
L'occamisme a un succès de nouveauté et de réaction, et toutes les prohibitions officielles sont impuissantes à l'enrayer ; l'histoire de ces prohibitions jette un jour nouveau sur les doc-
') Reg.procur. nat. Angl. pour 1341 emploient le terme Occhaniste : « ... statu* tura facultatis contra novas opiniones quorumdam, qui vocantur Occhaniste ». Chartul. II. 507, n.Gerson parle des controverses entre formalistae et terministae : P. Nigri se sert même du terme conceptistae.
454 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AUX XIVe ET XVe SIÈCLES.
trines de l'occamisme après G. d'Occam. Enumérons-les brièvement, afin de rechercher l'esprit qui les inspire.
En '1339, la Faculté des arts interdit dans ses chaires la doctrine occamiste, que certains maîtres, nous rapporte le statut, n'enseignent pas seulement dans leurs leçons publiques, mais qu'ils discutent en cachette, et dans les conventicula x). La Faculté veut revenir aux traditions du XIIIe s., et elle invoque des raisons disciplinaires : il faut respecter les règlements académiques auxquels on a juré fidélité, et il ne peut être permis à personne de légère des livres autres que ceux qui ont été désignés par nos prédécesseurs.
Ce rappel à l'ordre reste sans effet, puisque, quatorze mois plus tard, la Faculté renouvelle ses interdictions. Mais cette fois elle change de ton et pousse le cri d'alarme : les enseignements nouveaux sont gros de danger, ils forment un tissu d'erreurs intolérables, de nature à compromettre la philosophie comme la théologie. Le statut de 1340 est très intéressant, parce qu'il constitue un recueil des enseignements principaux qu'il s'agit de mettre au ban des écoles.
Il apprend que les occamistes ont surtout hérité de l'esprit dialectique du maître, et qu'ils s'attachent de préférence aux matières logico-grammaticales, mises en honneur par P. Hispanus. Pour peu qu'on l'isole du contenu réel de la philosophie terministe, cette logique formelle devait conduire à des discussions verbales, à des jeux de mots, dignes de sophistes et non de philosophes. Qu'on en juge. Les maîtres visés par le statut n'admettent que la suppositio personalis (Quod nullus dicat simpliciter vel de virtute sermonis omnem propositionem esse falsam, que esset falsa secundum suppositionem personalem terminorum... actores enim sepe utuntur aliis suppositionibus) et l'interprétation littérale (Quod nullus dicat quod nulla propositio sit distinguenda. Quod nullus dicat propositionem nullam esse
') « Statuimus quod nullus de cetero predictam doctrinam dogmatizare présumât audiendo vel legendo publiée vel occulte, necnon conventicula super dicta doctrina disputanda faciendo. » Chartul., II, 485.