ART. IV. — L'ÉCOLE THOMISTE
387. Le thomisme au XIVe s. — Le thomisme resta la meilleure part de la scolastique au XIVe et au XVe s. S. Thomas avait été élevé sur les autels, les prohibitions portées contre quelques points de sa doctrine étaient retirées, et G. d'Occam lui-même les avait taxées d'arbitraires.
Les Cisterciens et les Carmes fournissent au thomisme de nombreux prosélytes pendant les XIVe et xve s. Parmi ces derniers, le prieur général Gérard de Bologne (t 131 7) est l'adversaire déclaré des formalités scotistes.
Jean Dumbleton d'Oxford (vers 1320), Raoul le Breton (ire moitié du XIVe s.), le sorbonniste Jean de Pouilli (ire moitié du XIVe s.) sont des aristotéliciens libres, qui souscrivent au réalisme modéré.
Mais la masse des thomistes et les hommes de combat se rencontrent dans l'ordre des Frères-Prêcheurs. Les Dominicains du commencement du XIVe s. sont plus remarquables que leurs pré-
') Dissert, de scriptis seraph. doctoris, ds t. X de l'édit Quaracchi, p. 26. — ') Parmi ceux qui perpétuent l'étude de S. Bonaventure, citons au xve s. le franciscain Bertramus de Alen, qui écrit une explanatio de 1' € Itinerarium mentis in Deum » sous le titre € Liber de investigatione creatoris per creaturam ». Ibid., p. 11 et t. V, p. xxvi.
462 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AUX XIVe ET XVe SIÈCLES.
décesseurs immédiats, formés cependant aux leçons mêmes du maître. Parmi les plus ardents adversaires de Duns Scot, on peut compter Hervé de Nédellec, Jean de Naples (t 1330), Pierre de Palude (t 1344). Hervé de Nédellec, général de l'ordre en 13 18, mort en 1323, mériterait d'être mieux connu. Il est l'auteur de Commentaires sur les Sentences, de Quodlibet, et de divers traités contre Henri de Gand x). Durand d'Aurillac (t 1380), qu'on nomme aussi Durandellus, écrit un traité pour réfuter les doctrines par lesquelles son homonyme, Durand de S. Pourçain, se sépare de S. Thomas a).
Coup sur coup, les chapitres généraux de l'ordre renouvellent les obligations solennelles portées en 1278 et 1279. Avec un légitime orgueil on impose les doctrines du grand philosophe qu'un décret épiscopal de 1323 n'avait pas craint d'appeler « ecclesiae lumen praefulgidum, gemma radians clericorum, flos doctorum, Universitatis Parisiensis spéculum clarissimum et insigne, claritate vitae, famae et doctrinae velut Stella splendida et matutina refulgens» 3). Le plus souvent, ces statuts chapitraux, ordonnant à l'ordre entier de se conformer aux doctrines de S. Thomas, étaient décrétés pour ramener au thomisme quelque frère prêcheur, dont la défection faisait scandale. C'est ainsi que le statut du chapitre général de Bologne de 1 3 1 5 coïncide avec un blâme infligé la même année par le chapitre provincial d'Aretium au frère Ubertus Guidi 4). De même, le chapitre général de Brives, en 1346, ne réitère l'obligation de suivre S. Thomas que parce que plusieurs Dominicains, à Paris et ailleurs, s'étaient
') D'après le catalogue publié par Denifle, Quellen etc., p.228.Les quodlibets comprennent un traité de forints. De plus, Khrle signale de Hervé deux autres traités « de formis ». Alemanntis etc., t. III, 2, p. ix (v. p. 1.). Des manuscrits contenant la reportatio de divers Quodlibets de G. de Fontaines l'attribuent soit à Hervé de Nédellec, soit à Henri le Teutonique des Ermites de S. Augustin. De Wulf, Etude sur la vie, les œuvres et r influence de G. de Fontaines, pp. 65 et 66. Hervé n'est probablement pas l'auteur de la Totius logicae Summa faussement attribuée à S.Thomas et où on a voulu voir son œuvre. — ') Dans le catalogue des œuvres dominicaines publié par Denifle, relevons aussi divers traités de logique de Albert d'Erfort (avant 1400) et de Gratiadeus Esculanus (vers 1341). — *) CAartu/., I, 280 et 281. — *) C/iartu/., Il, 173 et 174.