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Le thomisme au XVe s. Capreolus. Antonin de

Florence. — Parmi les dominicains du XVe s. qui défendirent avec éclat le drapeau du thomisme, Capreolus est le plus connu. Jean Capreolus, né vers 1380 à Rodez, où il reçut sa première instruction et apprit à aimer S. Thomas, acheva ses études à Paris (vers 1409), se rendit ensuite à Toulouse, et finalement à Rodez jusqu'à sa mort en 1444. C'est au couvent de Rodez qu'il termina (vers 1432) le monumental ouvrage Libri Defensionum qui lui valut le titre de Pr inceps thomistarum. L'unique but qu'il poursuit — c'est lui-même qui parle — est de reproduire et de mettre en valeur les opinions de S. Thomas, et de les défendre contre les objections « d'Aureolus, de Scot, de Durand, de Jean de la Rive, de Henri de Gand, de Warron, d'Adam et d'autres adversaires de S. Thomas » a). Aussi le traité de Capreolus constitue un répertoire documenté de la doctrine thomiste, mise en regard du scotisme et de l'occamisme, et on peut dire une encyclopédie des controverses scolastiques des deux derniers siècles. Malheureusement, l'œuvre de Capreolus est déjà marquée au coin de certains défauts de méthode de la scolastique décadente.

Antonin de Florence (i 389-1 459) se fit dominicain en 1406 et devint évêque de Florence en 1446. Son œuvre principale, une Summa theologica, aborde d'importantes questions de droit social (p. ex. la richesse, les facteurs de la production, la valeur, le prix, la monnaie, la propriété, le contrat de travail), politique (p. ex. la prudentia regnativa, de dominis temporalibus , le droit de guerre) et familial (p. ex. l'éducation). L'auteur les traite avant tout au point de vue de la morale générale ; toutefois il fournit de précieuses données pour l'histoire des théories économiques et sociales du XIVe et du xv* s. Thomiste convaincu {il dit de S. Thomas dans son Prologue : quem omnibus propono),

. ') Chartul., 591 et 592. — ") Proœmium.

464 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AUX XIVe ET XVe SIÈCLKS.

Antonin de Florence a su appliquer à des domaines nouveaux les principes posés par le maître.

389. Denys le Chartreux. Gerson. — Écrivain mystique de grand renom, Denys le Chartreux peut être rangé parmi les thomistes, et il est le philosophe scolastique le plus remarquable des Pays-Bas au XVe s. Né à Ryckel (Limbourg) en 1402, il reçut sa première éducation à St-Trond, conquit le titre de maître es arts à l'Université de Cologne, entra dans la chartreuse de Ruremonde en 1 4 2 3 , et mourut en 1 4 7 1 .

Les commentaires sur les sentences et sur le de consolatione de Boèce, la Summa fidei catholicae, le Compendium philosophicum et theohgicum, le Dialogion de fide catholica sont ses prin cipales productions philosophico-théologiques. Elles constituent de vrais manuels scolastiques, sobres et précis, où l'auteur a, de parti pris, évité les controverses subtiles qui encombraient la scolastique de. son temps *). Denys est un disciple fervent de S.Thomas; on peut s'en convaincre, en jetant un coup d'œil sur la Summa fidei orthodoxae (L. I-III), que lui-même appelle medulla operum S. Thomae, et dans laquelle il suit pas à pas les matières traitées par la Somme thèologiqtie de S. Thomas. Sur quelques points spéciaux cependant, il s'écarte de la doctrine thomiste ; c'est ainsi que dans son commentaire du livre des sentences, il avertit qu'il a changé d'avis sur la question des rapports de l'essence et de l'existence, et qu'après avoir défendu la distinction réelle dans sa thèse magistrale à Cologne, il s'est rangé depuis contre cette opinion.

Il semble qu'il faille aussi rattacher au thomisme du XVe s. un autre mystique dont l'œuvre philosophique est peu connue et qu'on range parfois parmi les terministes : Jean Gerson (394), chancelier de Paris. Placé au cœur des mêlées philosophiques, Gerson n'eût pu se désintéresser des débats entre scolastiques. Dans deux ouvrages, Centilogium de conceptibtts, de modis significandi, et le de concordantia metaphysicae cum logica, il

') « Impertinentes subtilitates vitare propono. » In psalmos, Proœmium.

l'école égydienne. 465

mène campagne contre le formalisme scotiste qu'il suspecte de panthéisme.

390. Sources et Bibliographie. — Quolibeta undecim, etc. de Hervé de Nédellec, Venise, 1513. Contient aussi d'autres traités de Hervé : de beatitudine, de verbo, de eternitate mundi, de materia ccli, de relationibus, de unitate formarum, de virtutibus, de rnotu angeli, édit. rare. Une partie du de unitate jormarum, que les anciens éditeurs d'Alemannus (v. p. 1.) attribuaient à S. Thomas, et qui est contenue in extenso ds l'édit. de 15 13, est réimprimée par Ehrle, en appendices aux œuvres d'Alemannus, t. III, p. 523-582 (Paris, 1894). Lire Prolégomènes de Pars 2. — Édit. des œuvres de Capreolus en 1483, 1514, 1519. Nouv. édit. des Defensiones //j«?A#*£tf^parPABANetPÊGUES,Tours. Cinq vol. ont paru de 1900 à 1904 ; Pêgues, La biographie de J. Capreolus (R. Thomiste, juillet 1899). — Édit. de la Summa theologica d'Antonin de Florence, en 1480,1 741, etc. ; Ij.gner, Die Volkswirtschafl. Anschauungen Antoninsv. Florenz (Paderborn, 1904). Bon. — Nouv. édit. des œuvres complètes de Denys le Chartreux par dom Baret, commencée en 1896 à la Chartreuse N.-D. Prés à Mon treuil, achevée à Tournai. T. 15 et 16 : Comment, sur Pseudo-Denys, t. 17 et 18 : « Summa fidei orthodoxae et dialogon de fide », t. 19 à 24 : Comment, sur les sentences, le t. 27 est publié en 1904 ; A. Mougel, Dionysius der Karthacuser (1402-1471), sein Leben, sein Wirken, eine Neuausgabe seiner Werke, Mulheim, 1898. A Montreuil ont paru également de 1 887-1 901 en 8 vol. : Annales or dinis Car tusiensis ab anno 1084 ai annum 142c de LeCouteulx. — Édit. des œuvres de Gerson à Cologne 1483, Strasbourg, 1488-1502, Paris, 1521 et 1606, Anvers, 1706. Sur Gerson, n° 395.

ART. V. — L'ÉCOLE ÉGYDIENNE.

391. L'école Egydienne. — Bien qu'apparentée au thomisme, il y eut, au XIVe s., une école égydienne propre (321). Elle se recruta dans l'ordre des augustins, et perpétua fidèlement les doctrines éclectiques inaugurées par Gilles de Rome. Ses principaux représentants sont, outre Jacob Capocci (321), Gérard de Sienne, Augustinus Triumphus d'Ancône (t 1328) et surtout Thomas de Strasbourg (prieur général en 1345, mort en 1357) auteur de Commentaires sur les Sentences.

Grégoire de Rimini (f 1358), successeur de Thomas de Strasbourg, dont on possède des Commentaires sur les Sentences, provoqua dans l'ordre une scission doctrinale. Sa philosophie se rapproche surtout de celle de G. d'Occam (connaissance intuitive et directe de l'individuel ; conceptualisme ; absence de

distinction entre l'âme et ses facultés ; composition hylémor-

phique de toute créature ; doutes sur la force probante des arguments qui démontrent la causalité créatrice de Dieu, etc.).

Grégoire de Rimini eut ses partisans ; mais à partir du milieu du XVe s., l'unité doctrinale se rétablit dans Tordre. C'est principalement en Italie que l'école égydienne recruta ses philosophes et ses théologiens.

39a. Bibliographie. — Ossinger, Bibliothtca augustiniana, Ingolstadt, 1768. Sur Grégoire de Rimini, v. Werner, op. cit. (n° 325).

art. vi. — Le mysticisme orthodoxe

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