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JEAN RUYSBROECK

394. Principaux écrivains mystiques. — Jean Ruysbroeck (1293-1381) l'Admirable, chapelain de Ste-Gudule à Bruxelles, se retira au couvent des Augustins de Groenendael où il s'adonna à la contemplation jusqu'à sa mort. Ruysbroeck combattit le faux mysticisme représenté dans le Hainaut par les Porrettistes et les sectateurs de Blommardine (401). Malgré les accusations de Gerson, la vie mystique décrite et aimée par Ruysbroeck — cette « union fertile » de l'âme avec Dieu, qui se renouvelle sans cesse par l'amour, et réside en une « contemplation superessentielle de la Trinité, un sentir impossible à dénommer, une sublime ignorance » — respecte la distinction réelle du Créateur et de la créature. Ruysbroeck exerça une influence déterminante sur Gérard Groot (1340-1384), le fondateur des Frères de la vie commune. C'est dans une^ de ces communautés, à Deventer, qu'on rencontre Thomas a y Kempis (1380-1471).

Vingt ans plus tard, Jean Gerson (Johannes Arnaudi de Gersonio 1 364-1429) fut en France ce que Ruysbroeck était dans«^ les Pays-Bas — avec, en plus, la célébrité et le prestige qu'assurait au mystique français sa haute situation sociale. Gerson suivit les leçons de Pierre d'Ailly dans la Faculté des arts, étudia la théologie à partir de 1381, et devint chancelier de l'Université en 1395- Deux ans après, à une époque où il faisait de S. Bonaventure son auteur favori, il séjourna à Bruges, le pays de Ruysbroeck, des Boghards, et des Frères de la vie commune. Ces circonstances achevèrent de le gagner au mysticisme, qu'il mit tout entier au service de l'Eglise (doctor christianissimus). De 1401 à 1407, on le retrouve dans l'enseignement à Paris ; plus tard, il prit une part active aux affaires du schisme; mais à partir de 141 9, des différends politiques l'obligèrent à s'éloigner de Paris. Dans sa retraite de Lyon, où il mourut, il composa un grand nombre d'ouvrages mystiques, dont les principaux sont : Considerationes de theologia mystica speculativa, de theologia mystica praclica. — Trac ta tus de elucidatione scholastica mysticae theo~ logiae. — Gerson y décrit le ravissement surnaturel de l'âme par

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l'amour divin. Dans cette délectation extatique, les fonctions inférieures de l'être font silence, mais Gerson s'applique minutieusement à différencier cet épanchement de la créature dans le Créateur d'avec l'union panthéiste qu'il condamne sous toutes ses formes. (Cf. 389)

La mystique de Gerson s'inspire de S. Bonaventure ; l'occamiste Pierre d'Ailly, au contraire, dans son Spéculum considerationis et son Compendium contemplationis, décrit les stades de la contemplation mystique d'après Richard de S. Victor(p. 231).

Denys le Chartreux, dans ses nombreux ouvrages f embrasse tous les départements de l'exégèse, de la philosophie, de la théologie et de la mystique. Ces diverses sciences s'étagent à ses yeux, et convergent toutes vers les illuminations de la vie contemplative. En mystique, Denys se réclame du pseudo-Denys l'aréopagite et de Ruysbroeck. Toute connaissance spéculative sert de préambule aux actes de la vie intérieure. L'écrivain chartreux décrit les suavités de l'extase et la voie qui y mène, dans ses commentaires du pseudo-Denys et dans ses traités de oratione, de meditatione , de contemplatione , de donis Spiritus sancti, etc. Il a mérité d'être surnommé le doctor exstaticus. (Cf. 389)

395. Sources et Bibliographie. — Les œuvres de Ruysbroeck, écrites enflamand, furent traduites notamment par Gérard Groot, son disciple, et par%/ Surius. Les principales sont : L'ornement dis noces spirituelles, qui passe pour son chef-d'œuvre, le traité de la foi chrétienne, le tabernacle spirituel les sept clôtures, des sept degrés d'amour. V. les édit. des œuvres de Ruysbroeck ds Au.ger, Étude sur les mystiques des Pays-Bas au moyen âge, Bruxelles, 1892. Bonne étude sur sa mystique. — Opéra Gersonii éd. 1483, 1488 etc., 1706. (Anvers). Sur Denys le Chartreux, v. n°390.

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