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Diverses formes de TAristotélisme renaissant

— L'aristotélisme avait-il besoin de renaître ? Ne régnait-il pas depuis des siècles sur la pensée médiévale ? C'est que pour les philosophes de la Renaissance, l'Aristote de la scolastique était un Aristote tronqué et qu'ils voulaient faire retour à l'Aristote véritable ; ils faisaient leurs, les reproches de trahison qu'adressaient déjà à S. Thomas et à ses contemporains les averroïstes du XIIIe s. Et ces reproches sont fondés, puisque les scolastiques eux-mêmes se défendent du servilisme étroit de leurs adversaires. Il y avait une seconde raison de redorer le blason d' Aristote: on avait mis sur le pavois les doctrines de Platon. Or, il parut à un grand nombre, qu'il fallait défendre contre cette intrusion récente la dictature séculaire du prince du Lycée. Telle est la signification des querelles passionnées entre les platoniciens et les aristotéliciens de l'Italie du XVe s. ').

') Les querelles touchant la prééminence de Platon sur Aristote ou d'Aristote sur Platon eurent pour théâtre, d'abord Byzance, où Gennadius combattit en faveur d'Aristote ; ensuite l'Italie et Rome, où Michael Apostolius, Andréas Contrarius et le cardinal Bessarion prirent parti pour Platon; Théodore Gaza, Georges de Trébizonde (1 396-1484), Andronicus Callistus, pour Aristote. Ce fut vers 1463-64 un feu roulant de pamphlets, où trop souvent les invectives personnelles prenaient la place de l'argumentation. Parmi les aristotéliciens, Théodore Gaza (f 1478) est une personnalité qu'on peut mettre en parallèle avec Bessarion, auquel il s'unit d'amitié. Né à Salonique au début du xive s., il brilla quelque temps à Constantinople, puis, à l'exemple de tant d'autres de ses compatriotes, prit le chemin de l'Italie, bien avant la prise de Constantinople. A la Cour pontificale, devenue, sous le règne de Nicolas V, ta rivale de la Cour des Médicis, Théodore Gaza traduisit toutes les œuvres d'Aristote. Ce fut son œuvre principale, et elle fut plus estimée que l'entreprise similaire de Georges de Trébizonde, qui lui disputa les faveurs du pontife-roi. Il y eut d'ailleurs d'autres traducteurs d'Aristote. Ainsi le byzantin Joh. Argyropulus, mort à Rome en i486, traduisit à la Cour des Médicis YOrg/tnon, le*

AVERROÏSTES ET ALEXANDRISTES. 501

D'ailleurs, les partisans d'Aristote ne s'accordent pas sur sa doctrine. Les uns, continuant les traditions antiscolastiques du XIVe s., ne le connaissent qu'à travers les commentaires d'Averroès ; d'autres mettent en doute la valeur exégétique de l'interprète arabe, et cherchent l'esprit nouveau chez les commentateurs grecs, principalement chez Alexandre d'Aphrodisias. De là, les partis des averroistes et des alexandristes x), dont les controverses résument, pendant le XV5 et le XVIe s., le mouvement philosophique de deux centres aristotéliciens de l'Italie, Padoue et Bologne.

L'immortalité de l'âme était l'enjeu principal de leurs discussions. Pour les averroistes (339), partisans du monopsychisme, l'immortalité est impersonnelle ; pour les alexandristes (74), l'âme humaine périt tout entière avec le corps, comme la forme disparaît à la dissolution du composé. Pour les uns et les autres, il n'y a ni Providence ni liberté. Ceux qui, de part ou d'autre,voulaient sauvegarder le dogme recouraient à la théorie des deux vérités. Mais le grand nombre ne se préoccupaient pas des rapports de leur philosophie et du catholicisme.

Le Vrae Concile de Latran (15 13) condamna comme hérétique la doctrine des deux vérités, en même temps que la théorie de l'unité de l'intellect humain et de la mortalité de l'âme humaine9).

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