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LE THÉISME OU LA PHILOSOPHIE DE LA RELIGION

sentants de l'humanité, est l'état originel divin, 1' « abîme » sans fond, « contenant le ciel et l'enfer dans son immensité ». Revêtant sa métaphysique d'un décor poétique, Bôhme décrit « l'éternelle nature de Dieu » sous la forme de sept qualités primaires — représentant les trois premières le mal, ou la colère divine ; les trois dernières, le bien ou l'amour divin. Sur le seuil du bien et du mal, appartenant à l'un ou à l'autre, se trouve le feu y principe de la vie et de tout ce qui, en vivant, se consume» Ici apparaît la liberté de l'âme humaine (ou de Dieu). Par un acte libre, l'âme peut se tourner vers le bien ou vers le mal. « La volonté de l'âme est libre, ou bien de se replier sur ellemême, de ne s'estimer pour rien, de n'être qu'une branche de verdure jaillissant de l'Arbre divin, de se nourrir de l'Amour divin (le Bien) — ou bien de s'embraser et de s'élever (im Feiier aufzusteigen), en vue de devenir un arbre propre et indépendant»1). A ce mysticisme est adaptée toute une dogmatique. Le péché originel, c'est l'âme humaine choisissant le mal ; la rédemption, l'âme humaine faisant retour au bien. Le Christ n'est pas un Dieu personnel fait homme, il n'est qu'une partie de l'humanité déifiée a).

§ 9. — Le théisme ou la philosophie de la religion.

447. Causes du succès du théisme. — i° Les luttes religieuses de la Réforme inspirèrent à un groupe de publicistes des

') Vierzig Fragen, IV. — ') La Renaissance donna un regain de faveur à un autre mysticisme, basé sur la cabale. Bien que la cabale soit avant tout un livre religieux, se rattachant au cycle des écrits judaïques sur le Messie, elle contient aussi une explication philosophique du monde, dont la thèse centrale est l'émanation. La mystique de la cabale apparaît dominatrice chez Reuchlin (1455- 1522), le plus célèbre des hébraïsants de la Renaissance (De arte cabalistica, et de verbo mirificoj. Il recherche l'union de Dieu et de la viens ou de l'organe de l'âme, par une illumination directe de la lumière divine. Quand l'âme est purifiée, elle franchit le premier et le second monde, ou l'ordre sensible et intelligible, et s'élève jusqu'au troisième monde, ou le monde divin. Dieu est l'abîme sans fond (Ainsoph), se répandant en dix attributs (SephirothJ. L'intuition face à face de la divinité est la fin suprême de l'homme.

5 I 6 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE DU XVe AU XVIIe SIÈCLE.

projets de conciliation entre les nombreuses églises. On se pénétra de la conviction que toutes les religions possèdent un fonds commun de vérités essentielles sur Dieu, et que leur contenu est identique, malgré les divergences de leurs dogmes x).

Luther était hostile à ce théisme, espèce de résidu des diverses religions chrétiennes ; mais Zwingli et diverses sectes de l'Église réformée s'en rapprochaient (444).

20 D'ailleurs, le théisme est conforme aux allures indépendantes de la Renaissance, puisqu'il n'est qu'une forme du naturalisme, appliqué à la religion. De même qu'on avait édifié le droit naturel en inspectant la nature humaine, de même on interrogea la raison pour découvrir les idées religieuses.

De là le grand nombre d'adhésions que recueillit le théisme, non seulement chez les protestants, mais en général près de tous les esprits emportés dans le mouvement de la Renaissance. L'influence du théisme se répercuta dans la vie morale et sociale et même dans la vie artistique du XVIe s. C'est lui notamment qui détermina directement les théories de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, de l'indifférence et de la tolérance de l'Etat en matière religieuse.

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