LE SCEPTICISME
breux suffrages. Thomas Morus s'y rallie, Hugo Grotius l'accentue ; plus tard, Herbert de Cherbury la développe, et la philosophie moderne en fait un de ses thèmes favoris.
§ 10. — Le scepticisme.
449. Caractère général. — Les contradictions nombreuses sur le terrain religieux, philosophique et scientifique ont engendré chez d'aucuns une défiance vis-à-vis de la raison : le scepticisme de la Renaissance n'est pas une critique absolue de la certitude, mais une démonstration de l'insuffisance des systèmes existants. Il sert de transition entre le moyen âge et la philosophie moderne. Ce caractère relatif lui donne de nombreuses analogies avec la sophistique grecque (12) ; l'une et l'autre sont un acheminement vers des spéculations nouvelles.
Parmi les sceptiques de la Renaissance, le plus connu est Michel de Montaigne (i 533-1 592), dont les Essais ne sont, au point de vue philosophique, qu'un décalque du pyrrhonisme antique. L'auteur se retranche dans le doute, et borne l'objet de ses recherches à l'étude du moi. Son mot : « c'est moi que je peins » traduit la connaissance nouvelle qu'il veut opposer aux philosophies contemporaines. — Charron (1541-1603), dans son traité de la Sagesse, marche sur les pas de Montaigne, tout en s'inspirant de Sénèque ; il admet une certitude pratique, base de la vie morale, et retombe ainsi en plein dogmatisme. — Il en est de même du médecin portugais Sanchez (1 562-1 632). Il ne démontre l'impuissance des doctrines établies que pour conclure à la nécessité d'un empirisme nouveau, qu'il est d'ailleurs incapable de construire.
La banqueroute des systèmes de la Renaissance explique le rapide avènement des idées de Descartes et de François Bacon.
5 1 8 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE DU XVe AU XVII* SIÈCLE.