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ÉCOLE STOÏCIENNE

3° L'éclectisme était avant tout le fruit du scepticisme de la nouvelle Académie ; à son tour il engendre, durant les dernières années du Ier siècle av. J.-C, une nouvelle forme de scepticisme, qui pendant deux siècles se développe parallèlement à Téclectisme.

Les phases de cette évolution historique et logique feront l'objet de trois paragraphes.

§ 2. — Les écoles philosophiques du ni6 et du n6 siècle av. J.-C.

60. L'école péripatéticienne. — Née de l'enseignement d' Aristote, cette école s'occupa, pendant deux siècles, de logique, de morale et de physique. Elle accentua de plus en plus le naturalisme, si bien que Straton de Lampsaque (f 270) identifie Dieu avec la çîîs-i; et nie la finalité. L'orientation que prendra l'école à partir du Ier s. av. J.-C, est historiquement plus importante (174).

61. L'école stoïcienne. — Tous les stoïciens sont d'accord pour enseigner l'importance primordiale et suprême de la morale. Quelques esprits exagérés vont jusqu'à interdire toute autre étude. Mais tel n'est pas le sentiment des grands représentants du stoïcisme. Zenon de Citium (vers 342-270), fondateur de l'école, Cléanthe, son successeur immédiat (vers 331-251), Chrysippe (vers 281 76-208/4), le vulgarisateur et l'ordonnateur des idées stoïciennes, préconisent expressément l'étude de la physique dans ses rapports avec la morale. Il faut aussi ranger la logique parmi les sciences philosophiques, car elle nous apprend à discerner le vrai du faux, et il importe de baser sa conduite sur des connaissances certaines1).

Quelles sont les doctrines principales de la physique et de la morale stoïciennes ?

l) Les stoïciens ont repris bon nombre de problèmes de logique formelle, traités par Aristote, notamment la matière des catégories et des syllogismes. Sans avoir grande valeur intrinsèque, leur logique n'en est pas moins originale. Elle est tout entière conceptualiste.

62. La physique stoïcienne. — Quatre idées résument la physique stoïcienne :

i° Le matérialisme. Les êtres corporels sont les seuls êtres réels. Par corps, il faut entendre non seulement les substances corporelles, mais les propriétés, même les connaissances, les sentiments, les vertus qui affectent les substances. Cependant les stoïciens font fléchir la rigueur de ce principe absolu et, sans reculer devant la contradiction, enseignent l'existence de certaines choses incorporelles, parmi lesquelles figure le fo*.r6v ou l'objet de nos représentations générales (63, i°).

Puisque les propriétés des choses se réduisent à de la matière, et que néanmoins elles sont distinctes de la substance où elles apparaissent, les stoïciens admettent la compénétration de particules matérielles dans un même lieu. C'est la xpàfftç iC Siwv1).

20 Le dynamisme (7). Le principe de force interne qui habite la matière est l'air chaud (m/s-J/ua), souvent identifié à la chaleur ou au feu. Les tensions diverses (rovoç) de ce nvîv(ioc expliquent l'apparition des propriétés et des états des corps (Heraclite).

30 Le panthéisme. Le Trveup.a est unique. Toutes les activités jaillissent en dernière analyse d'une cause suprême et parfaite, dont l'unité d'action peut seule expliquer la beauté, l'harmonie, la finalité du monde. Dieu est air, chaleur, feu; il est aussi intelligence, bonté, âme du monde. Réunissant les attributs physiques et intellectuels, on peut dire que Dieu est X intelligence ignée du monde. Et comme la force (7rveiîfxa) est un principe interne de la matière (20), et matérielle elle-même (i°), Dieu est à la fois la matière originelle et le principe dynamique de toutes choses. Les êtres de la nature ne sont que des coulées de la matière divine, des effluves du souffle divin.

Pour désigner cette force plastique du 7n/£ufjia suprême, les stoïciens l'appellent "koyoç <T7rep|uuxn;<6;, l'idée génératrice, tout comme ils appellent Xoyoi ffTrepfAanxot, raisons séminales, les

) Les stoïciens ont créé une terminologie philosophique remarquable.

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forces particulières des divers corps et notamment celle qui est inhérente à l'âme humaine.

4° Le déterminisme cosmique est une conséquence du panthéisme dynamiste. Le monde est un système fermé de phénomènes enchaînés les uns aux autres, et qui représentent chacun un stade déterminé de l'évolution divine. Dieu se développe nécessairement, suivant sa nature : cette absolue nécessité de chaque stade de son devenir est la fatalité (st^ap/xévy?). Dieu la connaît, car il est providence, mais il la subit. Les stoïciens ont vainement tenté de concilier avec cette théorie l'existence du mal physique et moral.

63. Applications à la psychologie. — i° La connaissance. — a) Origine et nature. Avant de connaître actuellement, l'âme ressemble à un feuillet blanc sur lequel aucun caractère n'est tracé. La sensation est le principe de toute connaissance. De la sensation naît le souvenir ; de souvenirs multipliés naît l'expérience ; de raisonnements sur l'expérience naissent les concepts par lesquels nous franchissons le domaine de l'expérience ; de la combinaison des concepts naît la science. Ainsi la pensée n'est qu'une sensation élaborée, une sensation collective. Entre la chose réelle (rvy^avov) et le mot (<p&>vat, <yy?fxafvov) se place l'objet de nos idées générales (iexrov).

b) La certitude existe pour les stoïciens, et ils la défendent contre les sceptiques. Ni les uns ni les autres ne posent la question de la certitude sur son terrain propre, à savoir l'analyse de nos facultés de connaître ; ils en font une dépendance de la morale. Tandis que les sceptiques nient l'existence de connaissances certaines, parce qu'ils les croient superflues à leur éthique, les stoïciens l'affirment parce qu'ils les croient nécessaires. Sans connaissances certaines, disent-ils, impossible de conformer sa conduite à des représentations vraies. Le besoin pratique est l'argument décisif contre le doute.

Le critère de la certitude est purement subjectif. C'est la force de conviction (xaraXyjTmxov) inhérente à une représentation, le pouvoir que possède une connaissance de provoquer notre adhé-

sion invincible. Par une étrange contradiction, ils attribuent cette force non pas aux sensations, mais aux concepts Q&xTâï) — alors que la représentation générale, ne correspondant à rien de corporel, devrait être essentiellement fausse (62, i°).

20 Le vouloir. Le déterminisme des actes humains n'est qu'une application du déterminisme cosmique. Les stoïciens font de vains efforts pour sauvegarder la liberté, en confondant l'acte libre avec l'acte volontaire.

30 La nature de rame. L'âme est une émanation de Dieu ou de l'âme du monde, un peu d'air chaud, un nviv^a. Depuis longtemps, la physiologie et la médecine grecques expliquaient par l'air chaud (m/evixx) les états normaux et anormaux des fonctions végétatives '). Les stoïciens ont renchéri sur cette conception, en confondant le rtvev/xa avec l'âme elle-même, l'activité avec le principe d'activité.

Cette idée dominante se reflète dans les théories sur X origine de l'âme, sur son siège, sur ses parties constitutives , sur sa vie future. L'âme de l'enfant est une particule de matière se détachant de l'âme des parents. L'âme à son siège dans la poitrine, où la respiration insuffle l'air chaud. De la poitrine aussi jaillit la parole, l'expression la plus immédiate de l'âme pensante. Avec l'air que le cœur projette dans l'organisme, l'âme se répand par tout le corps, et le compénètre (v. p. h. la xp à<nç di* SX«v). Les stoïciens multiplient à plaisir les parties de l'âme. La raison néanmoins est la partie directrice (rçyejutovtxdv), principe du moi et de la personnalité. A la fin des temps, quand le monde sera consumé par le feu, les âmes humaines seront absorbées dans le HveOfza divin. L'âme survit donc pendant quelque temps au corps. Cette survie est-elle le privilège des bons ou est-ce la destinée commune ?les stoïciens ne sont pas d'accord sur ce point. La théorie de la survie est une entaille aux principes purs du matérialisme, nécessitée par les exigences morales.

') Siebeck, Geschichte der Psychologie, I. 2 (1884), p. 133. Cf. 63, i°, le îrve'Jpa chez Aristote.

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