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ÉCOLE ÉPICURIENNE

ouvrit lui-même à Athènes, en 306, une école de philosophie, dont la popularité grandissante attira une foule de sectateurs respectueux et fidèles. Jamais disciples ne se tinrent plus scrupuleusement à la doctrine de leur maître. Bien qu'il étende son empire sur un espace de plus de six siècles, l'épicurisme est resté figé dans la forme qu'il reçut de son fondateur. A partir du 11e siècle av. J.-C, l'épicurisme se propagea parallèlement dans le monde grec et romain. Le poète Lucrèce (94-54) est disciple d'EpicuRE. Encore florissante au 111e s. av. J.-C, l'école s'effondra au IVe siècle, mais plusieurs de ses théories survécurent à cette ruine, et le moyen âge en recueillit les fragments.

Épicure accentue la portée exclusivement pratique de la philosophie : son but essentiel est de nous aider à réaliser le bonheur par l'intermédiaire du discours et de la pensée. Il pousse à l'extrême la subordination de toutes les sciences théoriques à cette conception morale delà philosophie : la grammaire, l'histoire, les mathématiques sont traitées avec mépris. S'il accorde quelque valeur aux études de la nature, c'est qu'elles débarrassent l'âme de l'épouvante que provoquent en elle des croyances superstitieuses à Dieu, à la mort z).

66. La physique épicurienne. — Montrer que tout dans la nature est régi par des forces naturelles générales, que la finalité n'y tient aucune place, que par conséquent l'homme peut déposer toute crainte d'une intervention de la divinité, tel est le but qu' Epicure poursuit dans sa physique.

Epicure explique le monde sensible par les principes du mécanisme de Démocrite (10) : il n'existe que des atomes matériels, homogènes, infinis en nombre. Sous l'action de leur pesanteur, ils sont mis en mouvement dans le vide infini. Tandis que pour Démocrite, les atomes s'entrechoquent dans leur chute, produisant ainsi des mouvements tourbillonnaires, pour Epicure ils tombent tous

l) Epicure admet la division, devenue habituelle, de la philosophie en logique (qu'il appelle canonigutj, physique et morale. C'est incidemment qu'il aborde les questions de logique formelle, auxquelles, contrairement aux stoïciens, il n'attache pour ainsi dire aucune importance.

avec la même vitesse suivant une droite, et sans se toucher, dans le vide qui ne peut leur opposer aucune résistance.Toutefois, mû par des considérations morales, Epicure donne aux atomes un pouvoir discrétionnaire de déclinaison (le clinamen de Lucrèce), grâce auquel ils peuvent dévier un peu de la droite : le jeu naturel de ces mouvements atomiques, indépendants de la pesanteur, engendre des chocs et des tourbillons.

L'accumulation des atomes, sous l'action de la pesanteur,donne naissance aux mondes, séparés entre eux par le vide. La configuration diverse des atomes explique l'apparition des divers éléments, notamment de la terre, d'où naissent les plantes, les animaux et les hommes.

67. Application à la psychologie. — i° La connaissance, a) Origine et nature. Toute connaissance est sensation, et celle-ci doit son origine aux émanations atomiques (10). La répétition de sensations engendre le concept ou l'image générale (TrpôXyj^i;) qui se fixe dans le souvenir. Nous allons du connu à l'inconnu par l'opinion (&>?*), <luî n'est qu'un jugement ou un raisonnement sur des sensations.

b) La certitude existe : Epicure le démontre, comme les stoïciens, en invoquant des considérations morales.

Quel est le critère de la certitude ? L'existence même de la sensation. Par le fait même qu'elle existe, une sensation est vraie, conforme à son objet. Car son objet n'est pas la chose extérieure, mais l'image que la chose produit en nous. Dans la critériologie d' Epicure, les erreurs des sens n'existent plus. L'erreur surgit quand, par le jugement, nous attribuons aux choses mêmes ce qui n'est vrai que de leurs images en nous.

Cette théorie conduit logiquement au subjectivisme de Protagoras (12). Dans la pratique cependant, Epicure admettait que nos perceptions ne s'appliquent pas seulement aux choses représentées, mais aux choses en elles-mêmes.

Le concept a la même valeur de certitude que la sensation. Quant à l'opinion, elle est vraie ou fausse, d'après qu'elle est ou non confirmée par l'expérience.

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