ÉCOLE ÉPICURIENNE
2° Le vouloir est un mouvement mécanique de l'âme sur lequel Épicure ne s'explique pas. Toute son attention est absorbée par le problème de la liberté. Autant les stoïciens, pour qui la moralité consiste dans la soumission de l'homme aux lois cosmiques, insistent sur le déterminisme psychologique, autant les épicuriens, qui cherchent le bonheur dans l'individualisme et l'indépendance absolue de l'homme, appuient sur la liberté. C'est pour sauvegarder, dans son mécanisme outré, la possibilité d'un acte libre, qu' Épicure attribue aux atomes un pouvoir quasi-volontaire de dévier de la droite. La logique l'obligerait à reconnaître à chaque atome la liberté dont il réserve si jalousement le monopole à l'être humain.
3° La nature de Vâme. L'âme est corporelle. Les atomes qui la composent sont les plus légers et les plus mobiles : elle résulte d'un mélange d'atomes de feu, d'air, de nvtvna et d'un autre élément infiniment mobile. Elle se répand par tout le corps, mais la partie intellectuelle reste dominante. L'âme naît avec le corps ; à la mort, elle se disperse dans l'éther : pensée rassurante, car la mort est la fin de toutes les sensations douloureuses I
68. La morale épicurienne. — Tandis que le stoïcisme fait fléchir l'inclination personnelle devant la loi cosmique, l'épicurisme place le pivot de la morale dans le bien-être égoïste. Le plaisir individuel est le bien suprême, — et il faut entendre par là non seulement la somme des plaisirs et principalement des plaisirs sensibles, comme l'enseigne l'école cyrénaïque (17), mais le plaisir harmonieux de l'être. Ce plaisir réside bien plus, selon Épicure, dans la quiétude et l'absence de douleur (jouissance négative si l'on peut dire), que dans un assouvissement positif de l'âme (école cyrénaïque). Et comme les douleurs psychiques sont plus destructives du repos que les douleurs physiques, Épicure fait de l'intelligence l'arbitre suprême du plaisir. C'est par la raison que nous chassons les troublantes suggestions des préjugés. Dans le bonheur épicurien, le plaisir sensible n'est pas, comme dans le bonheur stoïcien, frappé d'ostracisme; il est le plaisir primordial, mais la raison le tempère.
Cette pondération du plaisir par le jugement est l'essence même de la vertu x).
La physique d'Épicure est un renouveau de la physique de Démocrite; sa morale, un élargissement de la morale cyrénaïque. Ensemble sa physique et sa morale constituent une philosophie spécifique, où l'on retrouve l'orientation propre aux systèmes, postaristotéliciens .
Le stoïcisme et l'épicurisme diffèrent dans leurs principes, mais aboutissent à une même définition du bonheur. Partis de doctrines opposées, Epicure et Zenon en arrivent donc à dépeindre l'ataraxie du sage, à peu près sous les mêmes couleurs. Et comme ce terme final seul importe, on ne tarda pas à conclure que le savoir spéculatif est inutile pour être heureux. Ce fut la conclusion à laquelle se rallièrent les sceptiques.
69. Écoles sceptiques. — Les sceptiques du 111e et du 11e siècle assignent comme but unique à la philosophie la recherche du bonheur, et le bonheur pour eux, comme pour les stoïciens et les épicuriens, est le repos de l'âme, Yataraxie. S'ils nient la possibilité de la connaissance certaine, c'est parce qu'à leurs yeux la certitude spéculative n'est pas indispensable au bonheur.
On connaît trois écoles sceptiques pendant cette période : i° l'école pyrrhonienne, fondée par Pyrrhon d'Elis (vers 360- 270) et qui n'eut ni durée ni influence. — 20 La secottde Académie ou Académie moyenne, instituée par Arcésilas de Pitane (315-240) qui orienta l'ancienne école platonicienne vers le scepticisme et conclut comme Pyrrhon : que la certitude étant illusoire, Yeno^ ou la suspension de l'exercice des facultés cognitives est la seule attitude légitime du sage. — 30 La troisième ou la nouvelle Académie, instituée un siècle plus tard par Carnéade de Cyrène (213-129), qui développa le scepti-
,l) Comme Zenon, Épicure donne une place d'honneur à l'amitié, mais voit dans les charges familiales et politiques une entrave à la jouissance.
l'éclectisme. 69
cisme de l'académie, et accumula les objections contre le dogmatisme en général et le stoïcisme en particulier. A la suite d'Arcésilas, Carnéade cherche dans la probabilité et la vraisemblance de certaines représentations le ressort suffisant, mais indispensable, de la conduite.
§ 3. — L'éclectisme.
(de la seconde moitié du n° s. av. J.-C, jusqu'au 111e s. ap. J.-C.)