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Causes de l'apparition de l'éclectisme. — i° Les

systèmes philosophiques étudiés dans le précédent paragraphe s'inspirent, en dernière analyse, d'une idée commune : la prédominance de la morale. Se développant parallèlement dans un même centre à Athènes, il était naturel qu'ils vinssent à déteindre l'un sur l'autre. — 20 L'éclectisme est, à certains égards, le résultat du scepticisme. Les sceptiques, en effet, ne s'étaient pas bornés au doute négatif ; ils avaient été conduits, par les besoins de la pratique, à une théorie de la vraisemblance qui se rapproche du dogmatisme. Mais cette vraisemblance, selon les sceptiques, appartenait indifféremment aux divers systèmes en présence, chacun d'eux suffisant à engendrer une conviction subjective, base d'élan de notre conduite. — De fait, c'est chez les successeurs de Carnéade qu'on trouve les premières manifestations de l'éclectisme caractérisé. — 30 Un événement extérieur facilita l'avènement de l'éclectisme : la conquête de la Grèce par les Romains (146). Les vaincus imposèrent aux vainqueurs leur philosophie, leur science et leur éducation ; mais ils furent obligés de respecter les tendances foncières du génie romain. Or, ce que les Romains demandaient à la philosophie, c'étaient avant tout des avantages pratiques, des préceptes sur la morale, sur l'initiation à l'art de bien dire et de bien gouverner. Les théories spéculatives, auxquelles se rattachaient ces préceptes, attiraient moins leur attention, et ils adoptaient l'une ou l'autre indifféremment.

71. Caractère général et division. — L'éclectisme de cette période subordonne le choix de ses théories à leur conver-

gence vers le but de la vie pratique ; et le critère suprême de ce rapport de convergence est la conscience immédiate, la conviction instinctive que nous en avons, indépendamment de toute autre considération, telle que l'objectivité réelle de la connaissance. Une voix intérieure se fait entendre, et ses indications sont des ordres qu'on ne discuté pas. C'est le subjectivisme : ici encore l'éclectisme rappelle le scepticisme.

L'éclectisme remplit un siècle et demi avant J.-C. et les trois premiers siècles après J.-C. On peut diviser les systèmes philosophiques de cette période apotiorit d'après les écoles auxquelles ils se rattachent le plus étroitement. Car en dépit des infiltrations réciproques des quatre doctrines postaristotéliciennes, chacune de celles-ci conserva son individualité distincte, et traça un sillon bien marqué. On vit même, sous l'Empire, les écoles platonicienne et aristotélicienne affirmer plus énergiqiiement leur spécificité initiale, par une étude approfondie des œuvres de leurs fondateurs. En outre, des cours publics de philosophie furent érigés, et Marc-Aurèle consacra officiellement la distinction des quatre écoles en leur attribuant des chaires spéciales à Athènes (176 ap. J.-C). Mais il ne s'agissait pas de remonter le passé ; d'irrésistibles impulsions inclinaient, dans le même sens, pour les mêler, des mouvements partis de points différents.

Négligeant l'éclectisme de l'école épicurienne où se perpétuent presque intactes les doctrines du maître, étudions la forme stoïcienne, platonicienne et péripatéticienne de l'éclectisme.

72. L'éclectisme stoïcien. Sénèque. — Dès le premier siècle av. J.-C, le stoïcisme fait un large accueil aux doctrines étrangères. Ses études se cantonnent de plus en plus dans la morale, mais des théories nouvelles, plus conformes aux exigences réelles de la vie, amendent l'austère et décevante doctrine des premiers disciples de Zenon. Ces tendances, qui s'étaient déjà fait jour chez Panaetius de Rhodes, le fondateur du stoïcisme romain (vers 1 85-1 11), et son disciple Posidonius, )

s'accentuent chez Sénèque, Epictète et Marc-Aurèle, les repré- 1

sentants attitrés du stoïcisme sous l'Empire romain.

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