Philosophie scolastique et théologie scolas
tique. — La philosophie scolastique, qui représente la philosophie médiévale xar* è£oy/>, consiste apparemment, comme une philosophie quelconque, dans des études rationnelles sur l'ensemble ou sur une partie des problèmes que soulève l'explication, par ses causes dernières, de la nature et de l'ordre universel. Or, on confond presque toujours la philosophie scolastique avec la théologie scolastique laquelle, dans sa partie dogmatique, est un corps de doctrines livrées par une révélation positive de Dieu.
Cette confusion fausse le sens de l'étude historique dont s'occupe ce traité, puisqu'elle fait de l'histoire de la philosophie au moyen âge un département de l'histoire des religions. Elle est condamnée expressément par les princes de la philosophie du moyen âge, qui ont tous établi la distinction de la science philosophique et de la science théologique. Leur théorie à ce sujet sera exposée quand il sera question de la synthèse scolastique (v. Deuxième Période).
C'est de la philosophie scolastique et de la philosophie scolastique seule qu'il s'agira dans cette histoire. Lorsqu'on emploiera le terme scolastique tout court, celui-ci sera donc pris comme synonyme de philosophie scolastique.
— On peut définir le nom donné à la philosophie scolastique ou la chose que le nom représente. La première définition est nominale, la seconde réelle. Définir une chose est dire ce que la chose est, et ce qui, du coup, la distingue de toute autre chose. La définition réelle sera d'autant plus parfaite qu'elle pénétrera plus avant dans la nature de la chose à connaître.
Ce critère de la perfection relative des définitions réelles permet de juger à leur valeur un double groupe de définitions réelles : les définitions intrinsèques et les définitions extrinsèques. En effet, toute chose peut être soumise à un double procédé de définition : en cherchant à pénétrer ce qu'est la chose en ellemême, quels sont ses éléments constitutifs et comment ils se caractérisent, on atteint la chose à définir telle qu'elle est, d'une manière absolue et intrinsèque. Au contraire, en observant les relations de la chose avec une autre chose, on voit surgir ses aspects relatifs et extrinsèques.
Une philosophie étant constituée par son contenu doctrinal, on appellera définitions ou notions intrinsèques ou absolues de la scolastique, celles qui se basent sur ses doctrines. Chercher de la philosophie scolastique des notions extrinsèques ou relatives, c'est tourner le dos à ce contenu doctrinal, se désintéresser de sa signification propre et de ses caractères, pour établir des relations entre des éléments étrangers à la doctrine et cette doctrine même.
Or, c'est à des rapprochements de cette nature, parfois même à l'étude étymologique des mots, que s'est bornée l'œuvre de définition de presque tous les historiens de la scolastique. De là une série de définitions fausses ou incomplètes : il importe de réfuter les unes, de déterminer la part de vérité que contiennent les autres.
On peut les ranger sous trois groupes. Le premier groupe contient les définitions verbales (108).
Le second groupe se compose de définitions réelles et extrinsèques à la doctrine scolastique. On a cherché à caractériser la
doctrine scolastique en établissant ses relations : i° avec sa langue et ses méthodes d'exposition (109) ; 20 avec le moyen âge ou le moment de son développement historique (IIO, III) ; 30 avec la théologie scolastique (112-115) î 4° avec "a philosophie ancienne (116).
Le troisième groupe se compose de définitions réelles et intrinsèques, mais insuffisantes (117).