‹ Histoire de la philosophie mediévaleChapitre 53 sur 241 · Éléments d'une définition doctrinale complète · texte numérisé non relu

Éléments d'une définition doctrinale complète

— La philosophie scolastique est une synthèse 9 où toutes les questions que se pose la philosophie sont traitées, où toutes les réponses sont harmonisées, se tiennent (<xuv r/(fr;fxi) et se commandent.

Une définition intrinsèque et doctrinale doit s'inspirer de ces réponses. Elle sera complexe comme la chose même à définir. Les questions et les réponses s'élaborant à travers l'histoire de la scolastique, il a semblé préférable de réserver cette étude jusqu'au moment où nous aurons pris connaissance de la doctrine scolastique, telle que l'a conçue le génie médiéval à la période de son apogée (v. Deuxième période).

119. Conclusion. — La définition intrinsèque et doctrinale de la scolastique n'exclut pas les notions relatives. Aussi bien, pour connaître une chose dans son entière té, il faut, après l'avoir comprise en elle-même, l'envisager dans ses rapports avec les autres choses. Voilà pourquoi l'historien, après avoir étudié la philosophie, et après avoir fixé la valeur des autres manifestations de la vie intellectuelle et leur signification autonome, est en droit d'aborder un troisième groupe de recherches, ou les influences réciproques de ces divers départements de la civilisation d'une époque. La philosophie n'a pas seulement des rapports avec la théologie et la philosophie ancienne ; mais encore avec la vie scientifique, artistique, politique, économique et sociale du moyen âge, car dans la réalité d'une vie sociale tous les phénomènes humains sont solidaires et convergents.

') MoRlN, Dictionn. de philos, et de théol. scolastique (1856), p. 23.

xao. BIBLIOGRAPHIE. — Les notions générales sont indiquées à la première page de la plupart des traités généraux (§3).

De Wulf, La notion de la scolastique (Revue philosoph., juin 1902) ; Introd. à la philos. nêo-scol.t% i-io,(Louvain, 1904) où on trouvera le développement des idées émises dans ce paragraphe et une bibliographie complète. — Picavet, v. outre les études citées en note : La valeur de lascolast. (dans Biblioth. du Congrès de Philos., t. IV, 1902); L'origine de la phil.scol. en France et en Allemagne^ Biblioth. école htes études, t.1, 1888) ;La scolastiq ue(R. intern. enseignement, avril 1893.) L'auteur développe les points de vue signalés. — Freudenthal, Zur Bcurthéilung d. SchoL (Arch. f. Gesch. Philos. III, 1890). Vague. — Dewey, Scholasticism (Dictionary of Philos, a. Psychol. de Baldwin, 1902). Faible. — Lindsay, Scholastik a. mediaeval Philosophy (Arch. f. Gesch. d. Philos., 1901). Faible. — Delacroix, La philos, médiévale latine jusqu'au XIV6 s. (Revue synth. histor., 1902). Revue bibliogr. génér. des ouvr. récents. — Blanc, Introduction à la philosophie (dans la Pensée contemporaine, février 1904), discute nos conclusions et fait consister la scolastique dans un accord de la raison et de la foi.

Talamo, L'aristotélisme de la scolastiq ve (trad. frçse, 1876). Bon, pourrait être plus méthodique. — Schneid, Aristoteles in der Scholastik (Eichstâdt, 1875). — Chollet, L'aristotélisme de la scolastique (Dictionn. de Théol. cathol. de Vacant). Vue d'ensemble mise au courant des travaux récents.

Huit, une série d'articles sur le platonisme au moyen âge, dans Ann. Philos. Chrét. Nouvelle série, t. 20-22. M. Picavet recherche aussi dans ses travaux la part d'influence qui revient à des éléments autres que l'aristotélisme.

§ 2. — Division de la philosophie médiévale.

121. Limites chronologiques du moyen âge philosophique. — Suivant une chronologie généralement reçue, le moyen âge s'étend depuis la mort de Théodose, en 3 9 5, jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453. Si Ton tient compte que l'évolution de la scolastique forme l'événement capital de la philosophie pendant cette époque, on ne peut sans une double réserve adapter ces limites chronologiques à la philosophie médiévale. D'une part, les premiers écrits où l'on pressent un mode de penser nouveau, fruits précoces et peu savoureux de la civilisation nouvelle, sont postérieurs à 395 ; ils n'apparaissent pas avant le Ve siècle, ou même plus tard x). Par contre, il y eut pour la philosophie médiévale et la philosophie

') Willmann {pp. cit., II, 342) fait commencer la scolastique à la première moitié du vmes. avec les TtYiyr, yvcooreoûç de J. Damascène (v. p. 1.), parce que les parties de cet ouvrage sont précédés de xi<fâlxix <ptXoo,o<pixà.

moderne une période assez longue de compénétration, car le moyen âge ne fut pas séparé de l'âge moderne par des faits violents comme ceux qui marquent la disparition de l'empire romain et la constitution des sociétés germaniques. Voilà pourquoi les destinées de la philosophie médiévale se prolongent bien au delà de 1453, jusqu'en plein XVIIe siècle.

L'évolution autonome de la philosophie médiévale, et principalement de la scolastique, est le critère dont doit s'inspirer une délimitation. A choisir d'autres critères, on s'expose à renverser les faits fondamentaux de la chronologie x). M. Picavet, qui fait débuter le moyen âge philosophique non seulement avec les philosophes chrétiens, mais même avec un groupe de néo-platoniciens, de platoniciens éclectiques, et de néo-pythagoriciens, parce qu'ils ont influé sur les systèmes de philosophie chrétienne, se voit obligé de « commencer le moyen âge à la fin du Ier siècle avant l'ère chrétienne » et de le prolonger jusqu'à nos jours 2).

Page 1