Division de la philosophie du moyen âge
La philosophie du moyen âge s'est développée simultanément en Occident, à Byzance, et dans divers centres orientaux ; mais de ces trois philosophies, occidentale, byzantine, orientale, c'est la première qui est la plus importante. D'autre part, la philosophie scolastique représente en Occident le courant d'idées principal. De là, on peut établir les divisions de la philosophie médiévale a potiori, en se guidant sur le développement de la scolastique.
') Brucker prend pour point de départ du moyen âge philosophique le xn° s. (Historia critica philos. III, 709). Il est vrai qu'il écrit au xviu* s., où on ne connaissait presque rien du haut moyen âge. — ') Entre Camarades, pp. 71 et 74. On peut noter, en ce qui concerne le « terminus a quo », que le point de vue de M. Picavet l'obligerait a reculer les débuts du moyen âge au delà du néoplatonisme, et notamment jusqu'à Aristote dont l'influence fut plus grande sur la pensée chrétienne que- celle des néo-platoniciens. En ce qui concerne le « terminus ad quem », M. Picavet semble dire qu'il y a encore aujourd'hui coexistence de la civilisation médiévale et de la civilisation moderne. Nous croyons plutôt qu'il y eut un moment d'arrêt dans la philosophie scolastique, quand aux xvii0, xviii* et xix* siècles, elle fut remplacée, même chez les catholiques, par d'autres philosophies. La reprise de la scolastique, ou la néo-scolastique, appartient par son esprit, non au moyen âge, mais à la philosophie contemporaine. Cf. notre Introduction à la philosophie néo-scolastique. Deuxième Partie.
A ce point de vue, les événements qui déterminent la renaissance scientifique du XIIIe s. font époque ; la période qui précède se résume dans une longue et pénible élaboration. Au xme s., la scolastique déploie toutes les richesses de son génie, mais son apogée n'est pas de longue durée. La décadence s'annonce déjà au XIVe s. et s'affirme au XVe s. A partir de la seconde moitié du XVe s. et jusqu'au XVIIe s., on peut dire que la scoljstique s'alanguit, d'autant plus qu'elle est assaillie de toutes parts par des systèmes nouveaux, précurseurs de la philosophie moderne. En vain quelques esprits distingués essaient, ail XVIe s., de relever le prestige de la suzeraine dépossédée : la réaction qu'ils provoquent est locale et éphémère, si on la compare au glorieux passé vers lequel ils s'orientent.
En conséquence, nous distinguons dans la philosophie médiévale quatre périodes :
Première période ou période de formation (du IXe jusqu'à la fin du XIIe s.).
Deuxième période ou période d'apogée (xme s.).
Troisième période ou période de décadence (XIVe s. et première moitié du XVe s.).
Quatrième période ou période de transition de la philosophie du moyen âge à la philosophie moderne (de la seconde moitié du XVe s. jusqu'au XVIIe s.).
Aux divisions de la philosophie occidentale se rattachera l'histoire de la pensée byzantine et orientale. Pendant la première période, ces trois courants intellectuels se développent parallèlement dans une entière indépendance ; Paris, Byzance, Bagdad sont trois centres d'études isolés l'un de l'autre : des sections distinctes seront consacrées à l'exposé de ces mouvements divers. Mais à partir du xme siècle, les trois courants se fusionnent : la philosophie occidentale puise dans l'infiltration des idées arabes et byzantines une vitalité nouvelle et durable ; par contre, la philosophie arabo-juive disparaît rapidement et la philosophie byzantine languit jusqu'à son extinction au XVe s. Voilà pourquoi, dans les trois dernières périodes, on traitera