Leur place dans cette histoire. — Dès le début
du moyen âge, l'Église eut à lutter contre de nombreuses tentatives hérésiarques. Ces controverses retentissantes appartiennent proprement à l'histoire de la théologie, mais elles nous intéressent pour autant qu'elles eurent de l'influence sur le développement de la philosophie médiévale. A les considérer dans leurs résultats généraux, on peut dire que cette influence fut heureuse. Les discussions théologiques contribuèrent, en effet, à faire naître les débats philosophiques et facilitèrent les premiers progrès de la scolastique (127). Cependant, elles furent aussi pour plus d'un théologien-philosophe la source de graves errements et l'occasion
') On pourrait ajouter que la philosophie de J. Scot contient en germe le subjectivisme, puisqu'elle admet la possibilité pour l'intelligence humaine de parvenir par le seul effort de la conscience, à constituer les étapes du divin, comme objet de représentation (gnosticus intuitus 157, i°). Mais J. Scot n'est pas allé jusque-là, et personne au moyen âge n'a poussé dans ces conséquences la logique du système.
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de théories antiscolastiques. Ainsi en advint-il de tous ceux qui prétendirent interpréter le dogme en rationalistes, sans tenir compte des données précises de la révélation. C'est à ce titre que nous en parlons ici.
161. Principales controverses théologico - philosophiques des IXe, Xe et XIe s.
i° La controverse sur la prédestination et la liberté. Un moine d'Orbais, Gottschalc, contemporain de Rhaban Maur, puisa dans l'étude de S. Augustin des doutes sur la conciliation de la liberté humaine et de la grâce divine. Admettant une prédestination absolue pour les bons comme pour les méchants, il conclut que Thomme est le jouet de Dieu et qu'il n'y a ni liberté ni responsabilité.
Si l'on songe aux soulèvements que les assertions analogues de Jansénius provoquèrent aux temps modernes, on comprendra l'émoi général des publicistes du IXe s. Rhaban Maur, et surtout Hincmar de Reims (806-882), plus secondairement le diacre Florus de Lyon, se constituèrent les défenseurs de la liberté humaine. Ratramne de Corbie, Servat Loup prirent le parti de Gottschalc : tandis qu'adversaires et partisans de Gottschalc se liguaient contre J. Scot Eriugène qui, lui aussi, était intervenu dans ce débat, mais pour formuler à l'encontre de Gottschalc une théorie non moins erronée. La doctrine de Gottschalc fut condamnée aux synodes de Mayence (848) et de Quiercy (849).
20 La controverse de la transsubstantiation. Il y a surtout deux matières où la raison demeure interdite devant les enseignements de la foi : le dogme de la transsubstantiation eucharistique mis en présence des notions de substance et d'accident ; le mystère de la Ste Trinité, rapproché des notions de nature et de personne. En discutant à perte de vue sur les catégories et les universaux, le rationalisme, dont les progrès allaient grandissant dans les écoles et inquiétaient plus d'un théologien (v. Chap. III, art. 1, § 3), défigura, au nom de la raison, l'un et l'autre de ces mystères.